Comment The Bold Type encourage les millennials à s’emparer du monde du travail

Parmi ses nombreuses qualités, The Bold Type aborde la question du monde du travail chez les jeunes femmes.

Les filles de The Bold Type. (©️Freeform)

Alors oui, la série de Sarah Watson, chargée en pop music et en bons sentiments, ne séduira pas tout le monde. Mais passée la dose de glaçage, The Bold Type (à traduire par "du genre audacieux") possède quelque chose qu’aucune autre série centrée sur de jeunes femmes n’a proposé jusqu’ici : une incroyable richesse dans les sujets de société abordés. On vous parlait récemment de la façon dont la série encourageait les femmes à prendre en main leur sexualité. Il en va de même pour un autre aspect de leur vie : le travail. Kat, Jane et Sutton font leurs premiers pas post-études. Elles travaillent toutes dans différents départements du magazine Scarlet, sorte de Cosmopolitan idéalisé qui aurait pris un tournant féministe. Si elles se trouvent à différents niveaux de responsabilité, les trois amies vont chacune faire face à différents challenges, et les surmonter parce que, oui, The Bold Type est une incorrigible optimiste.

Savoir s’imposer

Excellente assistante, Sutton (Meghann Fahy) s’ennuie ferme à son poste, qu’elle tient depuis quelques années déjà. Encouragée par ses ami·e·s, elle envisage d’abord, alléchée par le salaire, de quitter la rédaction de Scarlet pour être commerciale. Sauf qu’en réalité, elle n’ose pas, par manque de confiance en elle, s’avouer que c’est la mode sa vraie passion. Sans aucune qualification, Sutton décide de tout faire pour convaincre le styliste de la boîte de l’embaucher en tant qu’assistante, mais de mode cette fois-ci, ce qui change tout. La série en profite pour aborder avec crédibilité un sujet assez tabou : celui de la négociation salariale. Ayant finalement obtenu le job de rêve, la jeune femme déchante quand elle comprend que sa paie va diminuer. Ne bénéficiant d’aucune aide extérieure – elle le fait d’ailleurs savoir à ses copines un peu plus aisées qui ne comprennent pas son hésitation – Sutton va tenter de négocier son salaire, avant de se rabattre sur une autre solution : assurer ses avantages (les tickets restau, les heures supp, etc.) et la garantie de refaire le point dans trois mois, une fois qu’elle aura fait ses preuves.

Jane et Sutton ont découvert du lourd. (©️Freeform)

On peut reprocher à The Bold Type de suivre le parfait petit manuel du politiquement correct, mais en abordant avec bon sens ce genre de sujets, la série donne des clés aux jeunes femmes qui vivent ce genre de situations. Car dans la vie, vous ne pourrez compter que sur les bons ou mauvais conseils de vos ami·e·s. On ne nous apprend pas à demander une augmentation ou à gérer une équipe. Kat (Aisha Dee), la community manager de la troupe, va ainsi devoir apprendre à remercier une stagiaire qui n’est pas à la hauteur de la tâche. Un moment compliqué à gérer pour elle, qui venait juste de voir son équipe s’étoffer. Engagée dans les causes féministes, la tête brûlée de la troupe va aussi devoir faire face au cyber-harcèlement, son compte Twitter se retrouvant inondé d’insultes sexistes. Encore un moment dur à vivre, et face au stress d’une présentation importante à assurer face à une flopée d’hommes, Kat craquera. Mais pas longtemps. On relève toujours la tête, et bien haut, dans The Bold Type.

Best boss ever

Il faut dire qu’à la tête de ce magazine dans lequel on a très envie de travailler, on retrouve une femme forte et rarement prise en défaut, Jacqueline Carlyle (Melora Hardin). Face aux différents soucis rencontrés par ses jeunes collaborateurs, la rédactrice en chef de Scarlet adopte toujours la bonne attitude : écoute, compréhension, encouragements. Ce qui ne l’empêche pas d’être exigeante et très speed, et, au détour d’un couloir, d’expliquer à Jane (Katie Stevens) qu’il faut qu’elle améliore la visibilité de ses articles, peu partagés.

Jacqueline soutient Kat, qui fait alors face à un déferlement de haine sur Twitter. (©️Freeform)

Les clics, les shares, ce sont une réalité pour les journalistes 2.0, dont la plateforme d’expression est Internet. Jacqueline garde toujours la tête froide : quand sa journaliste, Jane, dépasse publiquement les limites, car elle gère mal ses émotions, sa boss se contente de lui dire de rentrer chez elle, maintenant, pour se calmer. Un peu plus tard, elle retrouvera la jeune femme pour une explication à tête reposée.

Jacqueline navigue entre volonté d’aborder des sujets importants pour les lectrices de Scarlet et exigence des chiffres : un état de fait de nombreuses rédactions Web dans la vraie vie. Plusieurs fois, la viabilité du média est mise en cause au cours de cette première saison. Les rumeurs de licenciement vont bon train et les filles doivent y faire face. Je ne sais pas vous, mais la première boîte dans laquelle j’ai travaillé est aussi celle où j’ai connu mon premier plan social (auquel j’ai échappé à l’époque, mais c’est une autre histoire). Encore une fois, la série tape dans le mille en évoquant une réalité de notre société : nous avons des jobs précaires. Mais c’est aussi une raison pour ne pas s’encroûter dans un quotidien plan-plan.

Notre autrice en herbe, Jane, va ainsi devoir prendre de grandes décisions, auxquelles on a été confrontées à un moment ou à un autre dans notre vie. Se sentant ronronner dans son travail, et se voyant offrir une belle perspective d’évolution dans un autre magazine, plus sensible à ses envies d’articles politiques, Jane prend finalement la décision de quitter le cocon de Scarlet, son premier poste (et accessoirement dream job), pour une nouvelle rédaction, Incite. "Je sais que je prends la bonne décision quand je choisis l’option qui me fout la trouille de ma vie", lui dit en substance Jacqueline, ce puits de science.

Savoir quand partir, c’est toujours compliqué quand la seule boîte que vous avez connue vous satisfait encore, mais ne vous challenge plus. Pour peu que l’ambiance soit bonne, vous aurez du mal à prendre la bonne décision pour votre carrière. Vous aurez peur de sauter dans l’inconnu. Dans ces moments-là, franchement, pensez à The Bold Type et à Jacqueline Carlyle.