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©️Hulu

Dans The Handmaid’s Tale, les femmes sont les pires ennemies des femmes

Dans un nouvel épisode dévastateur, The Handmaid’s Tale se penche sur les origines de la fondation de la république de Gilead. Attention, spoilers. 

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L’épisode 6 de The Handmaid’s Tale prend le spectateur par surprise. Depuis le début de la série, on suit le martyre de June (renommée Offred, c’est-à-dire une possession "de Fred", le maître de sa nouvelle demeure), à travers son ressenti, ses flash-back. Quelquefois, le point de vue d’Emily (Alexis Bledel), une autre survivante victime de l’intolérance et de la cruauté du régime, a été mis en avant. Mais jamais encore on n’avait pu savoir ce qui se passait dans la tête de Serena, l’une des grandes méchantes de la série, incarnée par la surprenante Yvonne Strahovski.

L’épisode "A Woman’s Place", référence à un livre pseudo-féministe écrit par Serena avant l’installation du régime de Gilead, nous donne à voir pour la première fois des flash-back de son passé et celui de son mari. Premier choc : découvrir ce personnage glaçant et terrifiant, qui maltraite psychologiquement et physiquement une autre femme, June / Offred (Elisabeth Moss), dans un contexte où elle se comporte normalement. L’écriture subtile alliée à l’interprétation de Strahovski nous dévoile le parcours de Serena de si près qu’elle en devient l'(anti)héroïne de l’épisode. Et comme toujours avec The Handmaid’s Tale, c’est à la fois extrêmement malaisant et passionnant.

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Elles existent dans la vraie vie, ces femmes qui sont les meilleures ennemies des femmes et arrivent à se frayer un chemin vers une position de pouvoir en prônant des valeurs ultraconservatrices et violemment antiféministes. Elles s’appellent Sarah Palin, Christine Boutin, Marine Le Pen… Aux États-Unis notamment, les blogs et les livres bien packagés de joyeuses mères au foyer se gargarisant de s’occuper de leurs enfants, leurs maris et leurs foyers ont fourmillé ces dernières années. Le personnage de Serena s’inscrit dans cette lignée. Femme intelligente et fine stratège, elle a rédigé un premier livre, A Woman’s Place, qualifié de pensée du "féminisme domestique", avant de s’intéresser à l’infertilité de son pays, imaginant la fertilité comme une ressource nationale et la reproduction comme un impératif moral. Ouep. Merci bien, meuf.

"Never mistaken a woman’s meekness for weakness"*

On ne sait pas vraiment jusqu’à quel point la pensée de Serena a influencé la construction de Gilead, mais clairement, elle a soutenu son mari et ses idées ont été la base d'un nouveau régime brutal, qui a conduit à la suppression des droits fondamentaux des femmes et, au final, à la mise en place d’un nouvel esclavage moderne, qu’il soit d’ordre domestique (les Martha) ou sexuel (les Handmaids). Ironie du sort : après lui avoir piqué sa pensée, le futur corps dirigeant, composé de mâles évidemment, refuse d’écouter l’exposé de Serena et de l’inclure dans les discussions. Dans l’ombre, elle continuera à avoir une influence déterminante.

Dernier coup de poignard, et pas des moindres : c’est elle qui réussit à convaincre des ambassadeurs venus du Mexique, qui fait face au même problème d’infertilité que les anciens États-Unis, de mettre en place un trafic de Handmaids (autrement dit de légaliser la traite d’êtres humains). D’abord réticents, ils sont finalement séduits devant l’arrivée dans la salle à manger des bébés de la république de Gilead. Une idée de Serena. Il s’agit de bébés volés à leurs mères et nés d’un viol, ce qui se traduit par des gros plans saisissants sur les Handmaids dévastées.

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Les femmes sont les pires ennemies des femmes dans The Handmaid’s Tale. Deux autres moments édifiants viennent nous le confirmer : une scène entre Aunt Lydia (Ann Dowd) et Janine (Madeline Brewer), mentalement vulnérable depuis les tortures qu’elle a subies, nous montre une femme en oppressant une autre, au point qu’un syndrome de Stockholm ait été développé. Le plus troublant reste la dose d’intimité que l’effrayante Lydia a réussi à instaurer avec sa victime. Elle est le bourreau, mais aussi la seule figure maternelle à laquelle la jeune femme puisse se raccrocher.

Un peu plus tard, June a l’occasion de parler seule avec les représentants mexicains. Ayant compris la nature de l’échange entre les deux pays, elle leur dit tout : les tortures, les meurtres, les viols… La femme en face d’elle semble choquée, puis désolée, puis résignée. "Je ne peux pas vous aider", dit-elle à une June désemparée. Voyez-vous, son pays n’a pas eu de bébés depuis 6 ans. Il se meurt aussi. Donc cela justifie l’asservissement des femmes fertiles. L’épisode ne nous laisse pas sans une pointe d’espoir – ironiquement donné par un homme –, mais, en creux, on retiendra que l’absence de solidarité entre les femmes est une des raisons qui permettent à la dictature de Gilead de perdurer.

The Handmaid’s Tale est diffusée sur Hulu, et à partir du 27 juin sur OCS Max. 

* "Il ne faut jamais prendre la douceur d’une femme pour de la faiblesse"

Crédits photo : ©️ Hulu