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The Long Road Home : une plongée intimiste dans le traumatisant "Black Sunday" de la guerre d’Irak

Avis aux amateurs de thrillers militaires et de patriotisme américain. Attention, spoilers.

En cette rentrée sérielle 2017 plutôt chargée, les networks américains ont retrouvé une certaine passion pour les séries militaires. The Brave chez NBC, SEAL Team chez CBS et Valor chez the CW traitent des conflits contemporains et de la bataille contre le terrorisme. Des créations sans réel intérêt, ce qui se reflète dans des audiences en berne. En novembre, c’est la petite chaîne National Geographic (déjà à l’œuvre cette année sur la fascinante Genius) qui tente à son tour sa chance en nous replongeant dans une journée très précise de la guerre d’Irak avec la mini-série The Long Road Home.

En avril 2004, la coalition composée des forces irakiennes et américaines travaillait à préserver la paix dans un pays désorganisé par la perte de son leader tyrannique, Saddam Hussein. À Bagdad, l’Armée du Mahdi, une milice islamiste, tente de prendre le pouvoir par les armes. Pour contrer leur mouvement, le gouvernement américain dépêche sur place une unité pour aider et protéger la population. Mais dès le début de leur opération, ils sont attaqués et pris en embuscade par un groupe d’insurgés dans le quartier de Sadr City.

Cet événement tragique pour l’armée américaine, qui a depuis été surnommé le "Black Sunday" ("dimanche noir"), a vu huit soldats tomber au combat. C’est cette histoire, ou plus précisément celle des hommes de la patrouille de la 1re division de cavalerie US, que nous raconte The Long Road Home.

Un récit documentaire prenant

© National Geographic

Contrairement à ses petits camarades sériels évoqués plus haut, la particularité de The Long Road Home tient dans la mise en scène de son récit à caractère didactique. La mini-série est basée sur la biographie The Long Road Home: A Story of War and Family écrite par la journaliste Martha Raddatz, où elle raconte le cauchemar vécu par les familles des soldats coincés au front pendant le siège de Sadr City. Ainsi, le show créé par Mikko Alanne (The 33) peut s’apparenter à un documentaire scénarisé de huit heures, où le point de vue oscille entre l’armée américaine et les épouses laissées à l’arrière.

Cette recherche de réalisme – les acteurs sont allés jusqu’à rencontrer les vétérans de la guerre d’Irak tandis que d’anciens soldats étaient présents sur le tournage en tant que conseillers – prend aux tripes dès le pilote. On s’immerge très vite dans le quotidien sous tension de ces militaires, eux-mêmes perdus dans le sens de cette guerre (ils ne sont pas vraiment là pour combattre, plutôt pour aider à reconstruire, et pourtant ils risquent la mort à chaque coin de rue).

Les scènes d’action sont maîtrisées et bien reconstituées, les réalisateurs de la mini-série préférant une vitesse d’exécution encore une fois réaliste à un trop-plein de ralentis héroïques. Les soldats de la patrouille sont en majorité incarnés par de jeunes acteurs talentueux, qui contrastent justement avec le reste du casting aux têtes reconnaissables pour les sériephiles. En effet, les personnages de Sarah Wayne Callies, Kate Bosworth et Michael Kelly sont archétypaux, peu creusés et leurs intrigues tombent facilement dans le pathos naïf et assez irritable au final.

Les femmes n’ont malheureusement pas un grand rôle à jouer dans cette histoire (après tout, ce sont les militaires qui sont coincés dans le conflit à Bagdad) et ne sont pas mises en avant par leur partition. Leurs émois mélodramatiques ne sont pas construits autour d’enjeux assez forts pour nous émouvoir, contrairement aux soldats qui suent sang et eau, tapis dans le sable, à chaque balle qui les frôlent. En résumé, cette partie drame intimiste, certes nécessaire à la reconstitution, méritait un travail en profondeur et une meilleure direction d’acteurs. Au final, elle casse surtout le rythme de l’intrigue et ne permet même pas d’approfondir le background des hommes au front.

Le symbole d’un échec

© National Geographic

Dans The Long Road Home, la guerre en Irak retentit finalement comme un cinglant échec. Il faut dire qu’entre la violence des affrontements et donc le nombre de pertes humaines, les prétextes illusoires (la présence d’armes de destruction massive) utilisés par le gouvernement Bush pour envahir le pays et les bavures de certains soldats américains, ce conflit n’a jamais rien eu de glorieux. La 1re division retenue prisonnière est d’ailleurs le symbole de ces dommages collatéraux qui découlent à l’origine d’une application pure et simple de la loi du Talion entre deux pays.

Ce revers de la médaille et l’injustice ressentie par ces familles détruites par la guerre sont parfaitement représentés par le lieutenant Aguero (E.J. Bonilla). En vingt ans de carrière, ce brillant militaire n’avait jamais perdu un seul homme sur le front. Jusqu’à cette embuscade malheureuse où ses camarades se font abattre un par un alors qu’ironie du sort, ils étaient présents pour construire la vie plutôt que la prendre. La réalité crue de The Long Road Home sert à merveille son propos, avec un déchaînement de violence lors des scènes de fusillades parfois absurdes mais jamais racoleuses.

Comme souvent avec le genre militaire, la faiblesse de cette mini-série tient dans son message patriotique. À travers les actes héroïques de ses personnages et les discussions inquiètes des femmes à propos du front, The Long Road Home nous abreuve de discours nationalistes déjà entendus des millions de fois et franchement désuets.

À l’inverse, elle aurait pu jouer la carte de la noirceur à fond et nous plonger corps et âme dans la détresse de ses héros déchus, dont la foi ne tient souvent plus qu’à un pendentif de croix autour de leur cou. Quoi qu’il en soit, la série événement de National Geographic mérite qu’on fasse un détour sur la route captivante, tragique et réelle de ces hommes sacrifiés pour l’ego surdimensionné de deux puissances étatiques fragilisées.

En France, la mini-série The Long Road Home est à découvrir sur National Geographic tous les jeudis à 20 h 40 depuis le 9 novembre.