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The Marvelous Mrs. Maisel, ou l’émancipation d’une femme au foyer désespérément drôle

Après un pilote soumis, en mars dernier, au jugement de ses abonnés, Amazon a lancé, ce mercredi 29 novembre, la première saison de The Marvelous Mrs. Maisel.

© Amazon

Miriam Maisel, ou Midge pour les intimes, a une vie parfaite. Un mari aimant, un appartement immense dans l’Upper East Side qui trouverait amplement sa place dans un magazine de déco, deux beaux enfants (même si le garçon est hyper creepy, et le bébé aurait un front trop prononcé qui le ferait "ressembler à Winston Churchill") et des parents qui habitent juste à côté (pratique pour le baby-sitting). Midge est ravissante, illumine une pièce de sa simple présence, a l’esprit vif et, surtout, a un humour pour le moins désarmant.

Mais sous le vernis, il y a comme un défaut de fabrication. Et c’est cette dernière qualité qui va la sortir de ce marasme quand, contre toute attente, elle décide d’aller s’épancher sur les planches d’un comedy cellar. Affront ultime, elle est bien meilleure que son mari, comique amateur. C’est d’ailleurs ce qui provoquera leur séparation. Elle est la femme de l’ombre, écrivant les vannes de son cher époux sur un carnet (quand il ne pompe pas tout simplement ses vannes sur d’autres comédiens), qui veut entrer dans la lumière…

Parce qu’il se rétame un soir, devant un public imbibé mais pas franchement conquis, il reporte sa frustration sur celle qui, jusqu’ici, portait à bout de bras l’illusion de leur parfait petit mariage. Il avoue qu’il la trompe avec sa secrétaire. Plus cliché, tu meurs. Se sentant émasculé, le mari fragile la blesse là où ça fait mal.

S’ensuivent huit épisodes d’une série aux décors élégants (la reconstitution du New York de la fin des années 1950 est une merveille), dont les dialogues, débités façon mitraillette comme seule Amy Sherman-Palladino (la créatrice de Gilmore Girls) sait les écrire, sont un délice dont on ne se lasse pas, et qui repose presque essentiellement sur les épaules d’une quasi-inconnue. Rachel Brosnahan est une star en devenir. Son interprétation pétillante, intelligente et effrontée de Midge arrive à point nommé pour qu’elle intègre les tops de fin d’année des critiques séries.

The Marvelous Mrs. Maisel, c’est donc l’histoire d’une femme au foyer désespérément drôle. Et même si l’on ne regrette pas la moindre minute passée à l’écran en compagnie de Tony Shalhoub (le père de l’héroïne), les scènes "domestiques" sont un peu plus faibles que celles se déroulant dans les salles sombres et enfumées des comedy cellars, parce que c’est là que la métamorphose de l’héroïne se produit. La série n’est pas parfaite, mais la perfection, c’est très surfait. Midge peut en témoigner.

Être une femme des fifties, tu sais c’est pas si facile

Quand son mari la quitte, Midge fait un choix de vie pas très conventionnel : se mettre au stand-up. L’exutoire d’un soir devient un plan de carrière et un rêve : être ovationnée, sous les éclats de rire et les applaudissements. Féministe Mrs. Maisel ? Plutôt un paradoxe. C’est ce qui donne une dimension particulière à son personnage. Elle n’est pas une héroïne en avance sur son temps qui veut détruire le patriarcat un rire après l’autre. Toutes les barrières qu’elle franchit, tous les plafonds de verre qu’elle essaye de faire sauter, elle ne le fait pas pour la cause des femmes, mais pour elle-même (et c’est déjà pas mal).

Ce qui nous empêche d’idéaliser cette jeune New-Yorkaise déterminée, c’est qu’elle cède volontiers aux injonctions qui pèsent sur elle depuis sa naissance. Elle est la parfaite petite femme d’intérieur et va jusqu’à se lever avant son mari tous les matins pour se maquiller, se remettre aussitôt au lit et présenter à son cher et tendre un visage pimpant. Dans un rituel immuable qui fera s’étouffer les femmes de notre génération, elle se mesure les chevilles, les mollets, les cuisses… et note ces mensurations dans un carnet, toujours dans l’idée de rester, pour son mari, la femme dont il est tombé amoureux, comme un instant figé sur pellicule.

Midge n’est pas malheureuse, mais est-elle heureuse pour autant ? La série adopte un parti pris étonnant en nous montrant son héroïne dépenser bien plus d’énergie à être la parfaite épouse, qu’à être la parfaite mère. Bien sûr, elle donne le change. Midge est appliquée, les apparences comptent tellement. Mais comme elle le confesse, peut-être n’était-elle pas faite pour être mère. La série choisit d’ailleurs, subtilement, de nous le faire comprendre puisqu’on ne la voit que très rarement s’occuper de ses deux enfants (dont un bébé) : "Et si je n’étais pas censée être mère ?"

Voilà une déclaration pour le moins controversée, surtout dans les années 1950. On mesure aussi l’ironie d’un tel positionnement quand on réalise qu’aujourd’hui encore, une femme clamant qu’elle n’a pas de désir de maternité, ou qu’elle regrette d’être mère, reste un tabou. Plus que l’histoire d’une épouse et mère au foyer qui décide de faire carrière, The Marvelous Mrs. Maisel est le récit d’une femme en pleine découverte d’elle-même et qui trouve dans le stand-up une plateforme pour tomber le masque. C’est là qu’elle déverse, alcoolisée ou non, toutes ces frustrations. Un processus intime qui se déroule devant un public plus ou moins réceptif. De l’autre côté de l’écran en tout cas, on n’en loupe pas une miette.

La saison 1 de The Marvelous Mrs. Maisel est disponible sur Amazon Prime Videos. Une saison 2 de la série a déjà été commandée, en même temps que la première.