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The Path : un nouveau chemin de croix pour Aaron Paul

La plateforme Hulu a lancé cette semaine une des séries les plus attendues de 2016, The Path, qui réunit un casting trois étoiles : Aaron Paul y donne la réplique à Michelle Monaghan et Hugh Dancy. 

De son sujet, les rouages d'une secte, à son casting, ce nouveau drama avait de quoi allécher le sériphile amateur de dramas. The Path suit la trajectoire d'un couple, Eddie et Sarah Lane (Aaron Paul et Michelle Monaghan), vivant au sein d'un culte mené par un gourou charismatique, Cal Robertson (Hugh Dancy). A la suite d'une retraite au Pérou, Eddie commencer à mettre en doute sa foi.

Ce n'est pas à travers leurs regards que l'on découvre le Meyerisme, mais par celui de Mary, jeune addict sous le choc après qu'une tornade ait ravagé son quartier. Elle assiste, fascinée, à l'arrivée des Meyeristes et de Cal, venus telle une ONG à la rescousse des victimes de cette catastrophe naturelle. Il incarne à la perfection le sauveur désintéressé.

On découvre par la suite le quotidien conjugal d'Eddie et Sarah, couple à priori heureux et équilibré, dont la vie est régie par le Meyerisme. Elle est née au sein du mouvement, il l'a rejoint à la suite d'un traumatisme familial. L'apparente sérénité du foyer se craquelle quand Eddie commence à remettre les fondements du Meyerisme à la suite d'une hallucination. Tombée dans la marmite toute petite, sa femme n'est visiblement pas prête à remettre en cause ses croyances. Avec ces scènes intimes, Jason Katim (Friday Night Light, Parenthood) démontre une fois de plus sa maîtrise dans l'art de disséquer le noyau familial et plus largement une communauté, dans ses moments de grâce comme de doutes.

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On regrettera seulement de voir une nouvelle fois Michelle Monaghan réduite à un rôle secondaires de femme au foyer. Son triangle amoureux avec Cal et Eddie, même s'il est plus intéressant, n'est pas sans rappeler celui qu'elle formait dans True Detective avec Hart et Cohle. Il serait temps que cette excellente comédienne ait autre à jouer que les troubles-fêtes entre deux hommes qui, eux, peuvent briller grâce à de riches partitions.

Dans le rôle d'Eddie, Aaron Paul frise parfois avec le cabotinage et nous rappelle les moments les plus désespérés de Jesse Pinkman dans Breaking Bad, mais il reste intense et émouvant en homme au passé lourd, en proie à un doute destructeur. Les deux personnages partagent d'ailleurs une trajectoire de souffrance. Si l'histoire de Jesse se termine bien, qu'en sera-t-il de celui d'Eddie ? Dans un registre moins show-off que son complice (ce qui est paradoxal vu son rôle), Hugh Dancy retient toute notre attention en leader ambivalent, faisant à la fois preuve d'une grande empathie envers autrui, et d'une violence dérangeante.

La Scientologie en ligne de mire

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L'une des réussites de ce pilote tient au fait que, comme toute bonne secte, le Meyerisme apparait au premier abord assez séduisant. Un culte qui repose sur la recherche du bonheur, sur le partage et la transparence, ne peut pas vraiment être mauvais, si ?

Mis à part son symbole un peu flippant (un oeil) gravé partout, des prières abondantes et un amour immodéré pour les rayons du soleil (rien de bien nouveau si l'on compare leurs pratiques à celles des trois grandes religions monothéistes), ce culte fictif évite les clichés attendus. Le gourou n'est pas un obsédé sexuel, les croyants ne vivent pas reclus, n'excluent pas la technologie, et ne suivent pas (encore) de préceptes obscurantistes comme ceux prônés par la Scientologie (accoucher en silence, rejeter la médecine moderne, l'homosexualité considérée comme une perversion...), clairement l'inspiration ici.

Les préceptes et le discours du leader (Hugh Dancy brille dans une séquence de monologue, très Steve Jobs de la religion) pourront paraître bien naïfs et simplistes. Et pourtant, ils s'inscrivent dans la même veine que la doctrine scientologiste qui souhaite : "Une civilisation sans folie, sans criminel et sans guerre, dans laquelle les gens capables puissent prospérer et les gens honnêtes puissent avoir des droits, et dans laquelle l’homme soit libre d’atteindre des sommets plus élevés." 

L'introduction du Meyerisme, toute en ambiguïté, est donc plutôt bien vue. Impossible de se prononcer clairement sur son statut : culte, secte, mouvement, religion ? Côté réalisation, rien à redire à ce pilote filmé par Mike Cahill, qui capture avec inspiration les scènes intimistes (notamment la vie nocturne en clair obscur du couple Lane), la vie de la communauté ou encore les discours enflammés de Cal.

The Path brasse des thématiques aussi complexes que fascinantes. Si le pilote n'est pas exempt de défauts, il n'en reste pas moins assez prometteur pour nous donner envie de suivre le chemin de croix d'Eddie vers sa vérité.

Note du pilote : 3,5/5