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Il faut que The Walking Dead arrête de rendre ses personnages stupides

Cette saison, la série zombiesque trouve même le moyen de rendre Daryl détestable. Attention, spoilers.

© AMC

Que l’on aime avec dévotion ou non The Walking Dead, il faut reconnaître à la saison 8 de gros défauts en termes de narration et de progression de ses personnages. Même en omettant les trois premiers épisodes, pas franchement folichons avec leurs fusillades filmées à l’arrache dans le but de rythmer l’aventure de Rick et compagnie, la saison 8 alterne entre le meilleur et le pire de The Walking Dead. Elle est capable de nous émouvoir et transcender ses personnages pour ensuite les rendre complètement stupides et incohérents, quitte à salir la réputation de certains d’entre eux.

L’épisode "Time for After" mettait particulièrement bien en lumière ce paradoxe à travers le quotidien d’Eugene chez les Sauveurs et le plan d’attaque monté par Daryl et Tara. À des années-lumière du comics de Robert Kirkman et Charlie Adlard qui, outre le passage à vide post-Negan, continue de proposer des dialogues réflexifs sur la survie et des situations tendues pour nos survivants, la série s’essouffle sur ces deux éléments majeurs.

C’est comme si de manière méta, elle commençait à se décomposer au fur et à mesure que ses héros avancent dans cet univers post-apocalyptique. C’est triste à reconnaître pour les fans de la première heure, mais les audiences en chute constante sont clairement liées à ce manque de prise de risque de la part des scénaristes, pour une série qui a trop voulu jouer la carte du fan service.

Eugene, catalyseur de haine

The Walking Dead est excellente quand il s’agit de creuser la nature humaine et faire prendre conscience à ses personnages de la situation macabre dans laquelle ils sont plongés. Quand elle explore les tréfonds de l’humanité, oscille entre compassion et folie meurtrière, la série nous offre des épisodes brillants tels que "The Grove", "Here’s Not Here" voire, avec quelques retenues, le récent "The Big Scary U". Mais parfois, elle se prend les pieds dans son propre tapis en faisant stagner ses protagonistes, quand ils ne les font pas tout bonnement régresser de manière affligeante. Un échec symbolisé par les prises de tête d’Eugene dans l’épisode 7 de la saison 8.

"Time for After" est un épisode particulièrement lent au milieu de ce chapitre qui multiplie les scènes d’action. Ça ne signifie en aucun cas qu’il est mauvais, puisqu’un rythme posé permet paradoxalement de faire avancer la situation du Sanctuaire, cerné par les zombies depuis le début de la saison. De l’intérieur, on suit la communauté à travers les yeux d’Eugene, aka le traître, pris au piège dans un tourbillon infernal qu’il ne contrôle pas. Tout au long de l’épisode, le scientifique subit en effet l’influence de différents personnages, qu’il ne parvient pas à rationaliser ou à démêler malgré son QI supérieur à la moyenne.

© AMC

Dwight souhaite évidemment que son double jeu reste secret pour éliminer Negan, Gabriel essaie de faire appel à la foi d’Eugene et sa nostalgie afin de libérer le docteur Carson et venir en aide à Maggie tandis que Negan alterne entre la carte du gentil et du méchant flic pour obtenir le nom de la taupe. Perdu entre ces nombreuses manipulations, Eugene noie son chagrin dans l’alcool, tente d’éloigner les rôdeurs du Sanctuaire avant de finalement préserver la double identité de Dwight.

Au final, Eugene ne tranche sur rien et c’est bien là le problème : le personnage ne bouge pas d’un pouce. Pire, les scénaristes le désignent comme l’homme à abattre, une haine gratuite faite pour agacer le spectateur – et nous manipuler une nouvelle fois sans employer les cliffhangers mortels.

Depuis son arrivée dans la série, Eugene enchaîne les bourdes. Il y a d’abord l’histoire du faux remède de Washington, qui lui a valu un passage à tabac. Certains s’énerveront également de sa capacité incroyable à supporter la mort d’Abraham, son meilleur ami. Le mec n’a quand même jamais fait savoir son envie de se recueillir sur sa tombe avant de trahir les siens. Enfin, sa nature lâche, certes représentative de son personnage, ne l’aide pas vraiment à être apprécié. C’est encore pire dans "Time for After", où le scientifique reste au point mort et ne parvient pas à dépasser sa condition pour évoluer malgré les encouragements de Gabriel et la clémence de Dwight.

J’entends par là qu’Eugene pourrait cafter Dwight auprès de Negan, la jouer solo au vu de son égoïsme absolu qui le pousse à agir pour sa propre survie. La narration s’emballerait, profitant du sombre twist pour nous montrer la facette la plus écœurante d’Eugene. Quitte à employer la carte du côté obscur, autant la jouer à fond et ne pas mettre Eugene sur tous les fronts en même temps. C’est assez décevant quand, en tant que spectateur, on s’est autant investi émotionnellement dans des personnages qui sonnent finalement creux et s’avèrent unilatéraux.

La fin de Daryl ?

Le second point décevant voire complètement rageant de "Time for After" est le plan mis en place par Daryl et Tara. Incapables d’attendre un jour de plus et l’arrivée des "Scavengers" (enrôlés par Rick, les deux rebelles ont préféré en finir avec les Sauveurs par leurs propres moyens). Une décision débile qui a foutu en l’air leurs efforts et le sacrifice du Royaume pour mettre un terme à la dictature de Negan, sans parler des Sauveurs innocents qui sont morts au cours de leur opération suicide.

Daryl a toujours eu un comportement de tête brûlée. Il fonctionne à l’instinct, conséquence de la sauvagerie animale qui le caractérise et le rend si badass. Mais sur ce coup, les scénaristes ont démystifié le personnage. À la manière d’Eugene, son comportement n’évolue pas malgré les épreuves difficiles qu’il a traversées. Tout le monde se souvient encore de sa rage lors de l’exécution d’Abraham, qui a entraîné la mort de Glenn. Pétri de regrets, torturé par les Sauveurs puis confronté au chagrin de Maggie, Daryl n’a pourtant toujours pas décidé de réfléchir avant d’agir.

© AMC

Ainsi, sa décision d’attaquer le Sanctuaire avec l’aide de Tara est idiote et inconséquente, n’obéissant à aucune raison sensée. Si d’un côté ce comportement instinctif opère un effet de miroir inversé par rapport à la logique imparable d’Eugene, elle souligne l’incapacité flagrante de The Walking Dead à se renouveler. Une pilule toujours plus difficile à avaler pour les spectateurs suivant depuis huit ans ces personnages ; un ras-le-bol représenté dans l’épisode par la lassitude de Rosita puis la prise de conscience de Michonne, toutes deux réfractaires au plan de Daryl et Tara.

Ces mauvaises décisions scénaristiques posent finalement un dilemme pour l’équipe de la série. L’arbalétrier arrive peut-être à bout de souffle et il serait temps de l’éliminer pour relancer une certaine dynamique dans le show. Même si les fans risquent de se révolter, ce choix aurait l’audace de nous surprendre enfin et de stopper cet éternel cycle prévisible qui hante autant The Walking Dead que ses morts-vivants.

En France, la saison 8 de The Walking Dead est diffusée en US+24 sur OCS Choc.