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C’est toujours quand The Walking Dead dépose les armes qu’elle se bonifie

Il aura fallu attendre cinq épisodes avant de retrouver le meilleur de la série zombiesque dans cette saison 8. Attention, spoilers.

© Gene Page/AMC

Depuis sa création, The Walking Dead se démarque des autres œuvres zombiesques par sa plongée viscérale dans les relations entre les survivants. C’est d’autant plus vrai pour le comics de Robert Kirkman, Tony Moore et Charlie Adlard, ponctué de dialogues intelligents et de réflexions passionnantes sur la nature de l’être humain et le rapport à autrui. La série de AMC a prouvé à de multiples reprises qu’elle était capable d’exploiter à merveille cette vision (au hasard, les épisodes "Hounded", "The Grove" et "Here’s Not Here" en sont la preuve), quand elle ne s’égare pas en chemin.

Avec "The Big Scary U", The Walking Dead réitère sa capacité à explorer les tréfonds de l’humain à travers le personnage de Negan, absent depuis quatre épisodes. Après un enchaînement de fusillades toutes plus soporifiques les unes que les autres (et pas franchement bien réalisées, ni jouées), le show se pose le temps d’explorer le passé de l’homme à la batte et de philosopher sur les notions de rédemption et de pitié. Et c’est un coup gagnant pour les scénaristes qui nous font espérer le meilleur pour la suite, confirmant que la série a encore des choses à nous dire sur son contexte post-apocalyptique.

Negan et le complexe de la divinité

Le passage le plus important de l’épisode est bien entendu le huis clos entre Negan et Gabriel. Au lieu de s’entre-tuer, les deux hommes décident de discuter, et même de se confesser l’un à l’autre : les plans resserrés sur les deux personnages qui alternent entre les deux pièces, séparées par un mur, renvoient l’image d’un confessionnal.

Ainsi, c’est l’occasion pour les spectateurs d’en apprendre plus sur les origines du leader des Sauveurs. On découvre notamment qu’avant de massacrer des innocents, de devenir un tyran et de gérer un harem, Negan était amoureux d’une femme qu’il n’a pas eu le courage d’abattre lorsqu’elle s’est transformée en rôdeur.

Sa "Lucille" IRL représente une forme de faiblesse pour cet homme au cœur de pierre. Et qui dit faiblesse, dit humanité. Car c’est à travers son discours fataliste et particulièrement noir que l’épisode humanise Negan. Même si notre colère à l’encontre du tyran ne tarit pas (R.I.P. Glenn et Abraham), Jeffrey Dean Morgan transcende complètement son rôle dans ce huis clos et rend son personnage fragile. Au-delà de ses vannes vulgaires et de ses punchlines acérées, Negan n’a jamais cessé d’avoir la foi, quitte à pervertir ses croyances pour s’imposer comme une forme de divinité à l’égard de son peuple.

Le monde de The Walking Dead est empli de désespoir et de désolation. Pour avancer dans le noir, les survivants ont besoin d’un guide. Certains ont trouvé cette flamme en Rick, d’autres en Ezekiel ou en Maggie. D’une certaine manière, Negan remplit ce rôle pour ses Sauveurs. Il les protège et les nourrit en échange d’un dur labeur, voué à une quête essentielle pour l’humanité : reconstruire la civilisation. C’est bien pour cette raison qu’il considère les hommes comme "une ressource".

Comme un monarque du temps des Francs, Negan a la sensation d’être l’élu, brandissant sa batte comme un sceptre royal personnifiant ses pouvoirs divins. Sa méthode d’exécution n’est pas non plus innocente : il supprime les menaces à son régime à l’aide de Lucille, symbolisant une forme de châtiment divin. La comparaison avec l’époque de Clovis Ier n’est pas non plus hasardeuse : rebâtir une civilisation, c’est repartir de zéro. Derrière sa mégalomanie et sa cruauté, Negan poursuit un but au demeurant assez noble, même si la dureté de ce monde zombiesque a perverti sa nature.

Le complexe du messie incarné par Negan est à la fois une destinée qu’il a embrassée et qu’on l’a forcé à accepter. S’il n’a jamais refusé le pouvoir et unifié des centaines de gens sous son seul nom, comme une doctrine collectiviste, qui nous dit que ce n’est pas le peuple qui a plié le genou en premier avant de le faire à sa demande ? Sur ce plan, Negan est comparable à Rick, tous deux animés par cette dualité qui font d’eux des leaders désignés.

Le shérif s’est réveillé de son coma pour guider une communauté d’inconnus d’Atlanta jusqu’à Alexandria, sacrifiant des vies et une partie de son identité au profit de leur survie. L’homme à la batte est le reflet de cette quête vouée à l’échec, qu’il a gérée par ses propres moyens – et avec ses propres abus, comme pour s’évader de cette mission quasi absurde tant l’humain n’est pas préparé pour une situation apocalyptique, qui le dépasse et dont on ignore toujours (et à jamais ?) les origines.

Miséricorde et pénitence

Deux regards, deux chemins, deux idéologies qui divergent. (© AMC)

L’autre grande thématique de "The Big Scary U", palpable depuis quelques épisodes de la saison 8, c’est l’opposition idéologique entre la miséricorde et la pénitence, symbolisée par le conflit entre Rick et Daryl. Au départ, sous le coup du chagrin, de la colère et de la vengeance, le shérif et son groupe avaient décidé de massacrer tous les Sauveurs sans exception. Les morts de Glenn, Abraham, Denise et tous les autres habitants de la "Sainte Trinité" (Alexandria, le Royaume et la Colline) justifiaient à leurs yeux le lancement de l’extermination de Negan et ses hommes.

Mais des batailles sanglantes, une hécatombe (R.I.P. Shiva) et des meurtres d’innocents plus tard, certains remettent leurs actes en question. Rick (et Jesus dans une moindre mesure) refuse désormais de céder à la tuerie gratuite. Depuis sa rencontre avec Morales et Gracie, le bébé dont il venait de tuer le père pour une illusoire cargaison d’armes, le shérif a eu une nouvelle (énième, oserais-je dire en 105 épisodes) prise de conscience : des innocents périssent au milieu de cette barbarie et ce jeu du chat et de la souris avec Negan.

Pour explorer cette discordance au sein du groupe, les scénaristes ont eu l’idée intéressante de mettre en conflit Rick et Daryl. Deux frères d’armes, symbole d’une bromance sincère et touchante pour les spectateurs, soit le topo parfait pour étayer la thématique. Quand Rick décide d’épargner un Sauveur après des aveux capitaux pour leur victoire, Daryl presse la détente sans aucune hésitation. Il avait déjà fait le coup dans le dos de Morales malgré les objections de son ami. Cette divergence entre les deux amis a fini par exploser dans "The Big Scary U", quand les deux hommes ont réglé la question avec leurs poings.

Pas très subtile et pas très sérieuse (on dirait deux gamins qui se chamaillent), cette séquence vaut au moins pour l’évolution qu’elle souligne chez les personnages. La vision de Daryl, à défaut d’être raisonnable, est compréhensible. L’expert à l’arbalète a été torturé, sali et a surtout causé la mort de Glenn par son emportement lors du season premiere de la saison 7. Impitoyable et intraitable sur le sujet des Sauveurs, Daryl poursuit une quête de rédemption qui l’aveugle tant sa haine est profonde envers ses bourreaux.

© AMC

Au fond, c’est véritablement la recherche du pardon qui caractérise tous les protagonistes de cette saison. Gabriel veut se rattraper de sa lâcheté, Negan de sa faiblesse face au sacrifice ultime tandis que Rick endosse toute la responsabilité des pertes de sa communauté. Quand elle dépose les armes le temps d’une trêve, hiatus permettant de creuser en profondeur les états d’âme de ses survivants, The Walking Dead est sublimée.

La série décortique avec profondeur ses personnages pour en tirer toute la substance humaine et les sentiments (indulgence, compassion, amour) qui leur restent. Leur esprit torturé ne devient qu’une énième représentation de cet univers en totale putréfaction, un anéantissement invisible contrairement aux corps décomposés des zombies, mais tout aussi prenant et effrayant à observer.

Cette ligne conductrice, qui traverse l’œuvre depuis ses débuts, est matérialisée par le plan macabre de Negan, vu et revu même dans le spin-off de The Walking Dead, qui s’extirpe avec Gabriel de leur "église" improvisée : ils deviennent littéralement "les marcheurs morts" du titre, ne valant rien de plus, rien de moins que les morts-vivants. Jubilatoire, mais malheureusement de plus en plus rare pour une série qui continue de creuser le fossé avec ses fans de la première heure.

En France, The Walking Dead est diffusée en US+24 sur OCS Choc.