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Émeutes à Baltimore : l'équipe de "The Wire" appelle au calme

Le portrait de Baltimore dépeint par la série The Wire est si fort que lorsque le créateur et le casting de la série s'expriment sur les émeutes qui secouent la ville en ce moment, on les écoute.

Sous-jacente, la question du dialogue entre les communautés affleurait toujours sous l'enquête policière dans the Wire (Crédits image : HBO)

Sous-jacente, la question du dialogue entre les communautés affleurait toujours sous l'enquête policière dans The Wire (Crédits image : HBO)

Michael Brown à Ferguson, Tamir Rice (12 ans !) à Cleveland, Eric Harris à Tulsa, Walter Scott à North Charleston... et maintenant Freddie Gray à Baltimore : trop, c'est trop. Lundi 27 avril au soir, de violentes émeutes ont éclaté suite aux obsèques d'un jeune homme noir de 25 ans, Freddie Gray, mort d'une fracture des vertèbres cervicales après une arrestation par la police aux circonstances encore mystérieuses.

Après une nuit de chaos entre lundi et mardi qui a vu les quartiers ouest de Baltimore s'embraser (outre les pillages, on dénombre plusieurs bâtiments et des véhicules incendiés, des journalistes agressés et une quinzaine de policiers blessés), des voix emblématiques de la cité de l'État de Maryland se sont fait entendre : celles de la série The Wire, qui braquait pendant cinq saisons un objectif cru et sincère sur la réalité des quartiers – produite par la prodigieuse chaîne HBO, cette série est encore révérée par certains aujourd'hui comme l'une des meilleures jamais diffusées.

Un "gâchis" pour le showrunner

On a d'abord entendu la colère sourde de David Simon, le créateur de The Wire himself. Dans un post sur son blog, il appelle les émeutiers à poser les armes. Plus encore, il condamne les violences : "Ce qui se passe en ce moment dans la rue est un affront à la mémoire de cet homme et diminue la leçon morale sous-tendue par sa mort inutile". Il poursuit :

Si vous ne pouvez pas demander réparation, ni des réformes sans porter une brique à la main, vous risquez de gâcher ce moment qui nous appartient à tous à Baltimore. Partez. Rentrez chez vous. S'il vous plaît.

David Simon photographié en 2010 (Crédits image : American Library Association/Flickr)

David Simon photographié en 2010 (Crédits image : American Library Association/Flickr)

Evidemment, l'homme qui a fait entrer Baltimore dans la culture populaire comprend bien les raisons de la rage des émeutiers. Mais il voit surtout dans ce nouveau drame du décès d'un jeune Noir sous les coups de la police une raison d'appeler à de véritables réformes. Même si la violence est absolument contre-productive selon lui :

Beaucoup de choses sont encore à discuter, à débattre, à régler. Ce moment inévitable pourrait conduire, si ce n'est à une rédemption, au moins à une transformation positive de notre ville. Le changement est nécessaire et des voix doivent être entendues. Tout cela est vrai et les changements sont possibles, malgré le chaos dans les rues.

Mais à présent – en ce moment-même –, la colère, l'égoïsme et la brutalité de ceux qui s'autorisent à être violents au nom de Freddie Gray doivent cesser. Il y avait une vraie force, un vrai potentiel dans les premières manifestations pacifiques en son nom, et il y avait une grande unité lors de ses obsèques aujourd'hui.

Bunk veut interpeller la nouvelle ministre de la Justice

Mais il n'y a pas que David Simon pour s'exprimer de la sorte sur l'embrasement de Baltimore. Wendell Pierce, qui incarnait le détective "Bunk" Moreland et a également joué dans Treme (une autre série de David Simon), a inondé son compte Twitter d'appels au calme, s'adressant à de nombreux Twittos différents. Il dénonce la "brutalité"  commise par des "criminels" et rappelle que "la violence ne résout JAMAIS rien".

S'il regrette ces violences qui ne font du mal qu'aux citoyens de Baltimore, son crédo à lui, c'est de porter cette énième bavure devant la toute nouvelle ministre de la Justice américaine, qui faisait l'actualité dans la même journée pour devenir la toute première Noire à ce poste. "C'est révolutionnaire", commente-t-il.

Aujourd'hui, c'est une opportunité historique de prendre cette colère et de la porter jusqu'au bureau de Loretta Lynch. C'est révolutionnaire.

Il tente également un parallèle assez osé avec le film The Purge (sorti sous le nom d'American Nightmare chez nous), une dystopie dans laquelle un gouvernement américain fictif autorise une fois par an et pendant 12 heures toute activité criminelle.

Il n'y avait rien contre les brutalités policières aujourd'hui. La violence d'aujourd'hui, c'était The Purge, un film à propos de l'anarchie. Et les anarchistes veulent qu'on perde.

On note que la comparaison avec ce film, très polémique, a été dénoncée par Justin Fenton, le journaliste qui avait photographié les lieux de la série (et dont nous vous parlions juste là).

Mais d'autres personnages se sont exprimés. Deirdre Lovejoy, procureur adjoint Rhonda Pearlman dans The Wire, a surtout témoigné sa tristesse sur le même réseau à l'oiseau bleu, grâce au hashtag dédié #BaltimoreRiots. On note également le hashtag #systemicdecay, qui pourrait se traduire en "décadence du système".

J'aurais souhaité pouvoir faire quelque chose. Baltimore.

Bubbles demande "de la discipline"

Andre Royo, qui incarnait le junkie philosophe "Bubbles" dans la série, s'est lui beaucoup exprimé sur Twitter. On remarque encore une fois que l'équipe de la série qui abordait les problèmes de drogues et les tensions raciales aux États-Unis est soudée sur un point : les violences ne mènent à rien.

À ma bien-aimée cité de Baltimore... Je ressens votre douleur. Levez vous ! Elevez vous sans vous abaisser à détruire ! Discipline, pas de destruction.

Sonja Sohn, aka détective Shakima Greggs dans The Wire, a retweeté de nombreuses déclarations qui pointent le problème majeur selon elle : les origines du racisme, jamais éradiqué. L'un de ses seuls tweets personnels à propos des émeutes accuse la mauvaise gestion de la ville.

SMDH ["Shaking my damn head", ou encore "je n'en crois pas mes yeux", ndlr], l'embrasement de la ville est le résultat du management de la ville, qui a encouragé les intérêts financiers avant ceux des citoyens.

D'autres, comme Domenick Lombardozzi ou Jamie Hector, se sont contentés de soutiens moins marqués, comme le retweet de photos (impressionnantes) des événements, ou bien du post de blog de David Simon. D'autres figures bien plus locales ont appelé au calme. Selon le Baltimore Sun, plus tôt ce lundi 27 avril, la famille du défunt, des élus locaux et des leaders religieux avaient appelé au calme.

Jamal Bryant, le pasteur qui célébrait les obsèques, a lui aussi déclaré que ces violences "ne représentent pas la famille Gray, ni les sept derniers jours de manifestations pacifiques, et c'est pour ça qu'on demande à tous ceux qui y participent de rentrer chez eux". Peine perdue.

Affreux vilain metalhead incurable, aussi rédac' chef du webzine Hear Me Lucifer.