En tournage : au cœur de Marseille, la première série de Netflix en France

Depuis le 31 août, Netflix a posé ses valises dans la cité phocéenne pour suivre la production de Marseille, sa toute première série française. À l'occasion du lancement de Biiinge, Netflix nous a ouvert les portes du tournage de l'un des événements sériels incontournables de 2016.

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La première scène de la série Marseille se déroulera au Stade Vélodrome

9h30. Stade Vélodrome. L'équipe de Marseille s'active dans une partie des gradins pour travailler sur la scène d'ouverture de la série. Réalisateur des premiers épisodes, Florent Emilio Siri (Cloclo, L'Ennemi intime) détaille la scène qui va se jouer sous nos yeux :

Marseille met en scène l'arène politique. Le football a remplacé les jeux du cirque avec les gladiateurs, d'où le choix du Vélodrome. Pour cette première séquence, j'avais l'idée de suivre deux personnages dans les couloirs, comme deux boxeurs qui se préparent à aller au combat.

Ils marchent au ralenti. Depardieu et Magimel arrivent dans l'arène au moment où l'OM marque un but. Les gens se lèvent, le stade explose. Pour moi, c'est l'arrivée de César et Brutus dans cette arène. Les jeux de pouvoir se tissent après cette scène.

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Le showrunner de la série, Dan Franck, a écrit le scénario de Marseille avec Gérard Depardieu en tête pour incarner le maire.

Déboulant sur les gradins, les deux acteurs sont assaillis par de faux journalistes. Gérard Depardieu incarne Robert Taro, le maire de Marseille qui veut passer la main à un jeune loup (Benoît Magimel) après 25 ans à la tête de la cité phocéenne. Dan Franck, créateur et showrunner, revient sur ce casting trois étoiles qui vaut tous les coups de pub :

Le maire de Marseille est un personnage puissant, qui a une faconde et une forte intériorité. Il a tout de Gérard Depardieu. En général, on doit reprendre quelques dialogues pour les adapter au comédien choisi. Là, je n'ai rien eu à faire. Le rôle était quasiment écrit pour lui.

Retour à la fameuse scène. Les cris de joie de Depardieu au moment du but fictif de l'OM surpassent tous les autres. Entre deux prises, le comédien fait le show, plaisante des gesticulations d'un assistant réalisateur, le tout sous les yeux des figurants marseillais, visiblement fascinés. "C'est bien qu'il hurle, ça donnera l'impulsion de la scène", glisse Florent Emilio Siri à ses techniciens.

"Je n'aurais pas pu écrire Marseille ailleurs" – Dan Franck

Venu sur le projet avec son acteur fétiche, l'intense Benoît Magimel, le réalisateur en dit plus sur l'identité visuelle de Marseille : "J'ai choisi de faire de cette ville un personnage. Elle rentre par les fenêtres, au milieu des scènes entre les personnages. Elle est toujours là, comme si elle veillait et écoutait tous les protagonistes."

Pour souligner visuellement ce thriller politique et psychologique, Florent Emilio Siri a opté pour des contre-jours, et des partis pris forts en termes de lumière et de découpage.

J'ai regardé beaucoup de photos de Marseille prises en longue focale, où l'on voit les silhouettes se découper sur les fonds de décor. Je voulais des personnages assez "silhouettés" qui se parlent de dos, se disent des secrets, et derrière cette ville chaude toujours présente.

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Le Vieux Port sera un des lieux phares de la série Marseille.

Le Vélodrome s'invitera dans plusieurs épisodes de Marseille, mais la série se concentre aussi sur le Vieux Port, la Mairie de Taro ou encore sur la cité Félix Pyat, une des plus pauvres de la ville.

C'est un lieu très pauvre mais assez magnifique, témoigne Dan Franck. Cette ville a une personnalité inouïe, qui n'est pas faite que de violence. La façon dont les Marseillais aiment leur ville m'a beaucoup frappé. Je n'aurais pas pu écrire Marseille ailleurs. C'est le personnage principal. Tous les protagonistes se définissent par rapport à la ville.

Thriller psychologique

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Benoît Magimel incarne à la fois le poulain et le rival politique de Gérard Depardieu dans la série.

La politique tiendra évidemment une place prépondérante dans la série, l'intrigue débutant la veille d'une nouvelle élection municipale. Dan Franck espère bien que les Marseillais se retrouveront à travers la série, qu'il a voulu la plus réaliste possible. Mais il insiste aussi sur un autre aspect du show : "Marseille est une vraie guerre psychologique." 

Le showrunner, qui cite Shakespeare, a vu dans ce sujet du pain béni pour une dramaturgie forte, au service des personnages, qui sont aussi féminins. Nadia Farès en dit un peu plus sur son rôle : "J'incarne la présidente du Conseil Général. Une femme de pouvoir, très ambitieuse et un peu prête à tout pour obtenir ce qu'elle veut. C'est un personnage à multiples facettes qui va se révéler au fil des épisodes." .

A ses côtés, Géraldine Pailhas. Née à Marseille, la comédienne se réjouit de retrouver ses racines et de devenir pour la deuxième fois de sa carrière la femme de Gérard Depardieu  (elle a tourné avec lui dans Le Garçu de Maurice Pialat en 1995). "On a une intimité et une connivence toujours présentes. Et puis voilà 20 ans que j'ai tourné avec lui. J'ai hâte de tenter des choses avec l'expérience d'actrice que j'ai aujourd'hui."

Il est maintenant 15 heures. Le tournage reprend après une pause et une mise en place. La scène d'introduction a été tournée une bonne dizaine de fois, sous des angles différents, avec ou sans fond vert, avec ou sans le fameux accent marseillais pour Benoît Magimel. Visiblement, le déjeuner a fait du bien à Gérard Depardieu, qui demande de sa voix si reconnaissable : "Elle est où la caméra ? "

Marseille, en 2016 sur Netflix