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Il faut qu’on parle du traitement de Scully et de sa liberté à disposer de son corps dans X-Files

Si le retour de X-Files pour sa saison 11 ne fait pas trop de vagues, c’est parce que cet épisode inaugural n’est ni excellent, ni affreux, non… le problème est ailleurs.

© Fox

"Meh", voilà tout ce que ça nous inspire : une onomatopée un peu lasse. On ne doute pas, toutefois, que ce premier épisode soit la porte d’entrée vers une saison excitante. C’est en tout cas ce que laisse espérer la révélation finale, qui en a laissé certain·e·s perplexes. Si vous n’avez pas vu le season premiere en question, il est encore temps de rebrousser chemin : spoilers !

Un utérus sur pattes

Car, en dépit des promesses d’un complot toujours plus dingue et d’une mythologie plus dense que jamais, il y a une petite chose – oh trois fois rien – qui nous a chiffonnés… Ces dernières minutes confirment que X-Files a toujours pris Scully pour un utérus sur pattes et n’a que faire de son consentement. La série semble obsédée par son appareil reproductif et sa capacité à enfanter, ou plutôt, son absence totale de choix quant à la maternité.

Un acharnement qui la place dans une drôle de position. Héroïne d’avant-garde, Scully a été un modèle pour bien des jeunes filles qui se projetaient dans l’image de cette femme scientifique prenant autant part à l’action que son partenaire masculin, à une époque où les représentations des femmes étaient encore très limitées.

Comprenons-nous bien : scénaristiquement, ce positionnement a plusieurs fois porté ses fruits et a donné lieu à des intrigues intéressantes. Surtout quand on sait que le premier enlèvement de Scully était à l’origine prévu pour "dissimuler" la grossesse de Gillian Anderson, donnant lieu à l’une des meilleures storylines de la série. Mais ce que ces choix révèlent sur "l’esprit X-Files" et sa vision des femmes est assez accablant.

© Fox

Ils cantonnent Scully à son statut de matrice, dont le corps n’a cessé d’être profané à coups d’implants et d’inséminations successives. Un non-consentement qui sert l’histoire et ses ambitions SF, mais un choix discutable à l’heure où les questions autour du consentement sont dans tous les esprits. Rien d’étonnant, toutefois, quand on sait que Chris Carter, son showrunner, n’a souhaité s’entourer que de scénaristes masculins.

L’époque a (heureusement) changé depuis les débuts de X-Files en 1993, et on n’écrit plus des héroïnes de séries comme on le faisait avant. Scully était en avance sur son époque, mais aujourd’hui, son personnage met en exergue les failles d’une salle d’écriture 100 % masculine qui pense encore que créer une "femme forte" est le summum du progrès. Désolée messieurs, mais ça ne suffit plus.

Pour couronner le tout, Scully, qui a été enlevée, dont on a prélevé les ovules, qui a été inséminée à son insu, et en dépit du fait qu’elle a été diagnostiquée stérile, est une mère… sans enfant. Sa première fille, produit de ces expérimentations, est morte, et avec William, dont on pense au départ qu’il est le fils de Mulder, elle n’a d’autre choix que de se séparer de son bébé. Car dans le cruel monde de X-Files, Dana Scully est, par association, le plus grand péril qui pèse sur son enfant. On lui interdit donc le contrôle de son propre utérus, et on lui retire la jouissance de cette maternité forcée.

Une vision 100 % masculine de l’absence de consentement

© Fox

Le premier épisode de cette saison 11 continue de jouer sur ce ressort. Jusque-là, on nous laissait au moins penser que William était le fils de Mulder et né de l’affection que les deux agents se portent. Un échange consenti, bien sûr. Sauf que tout ça n’était qu’un écran de fumée. Le season premiere, après une reprise plutôt pataude, s’achève sur une révélation de taille (et qui couvait depuis 18 ans) : William est le fils… de L’Homme à la cigarette.

Passée la nausée, on réalise qu’une fois de plus, on est passé outre le libre arbitre de Scully, et on a profané son utérus, en y faisant entrer, qui plus est, le Mal absolu, incarné depuis si longtemps par l’ennemi juré des deux agents. Pour Chris Carter, il ne s’agit pourtant pas d’un "viol médical". Dans une interview à Entertainment Weekly, le créateur de X-Files s’en défend, et opte pour un parti pris pour le moins problématique :

"Il est le père figuratif, pas le véritable père. Il n’a pas violé Scully. Il l’a inséminée avec l’aide de la science".

Bah voyons… On comprend mieux pourquoi le traitement de l’intrigue autour de Scully est aussi hasardeux. On est en 2017 et Chris Carter et ses scénaristes n’ont toujours pas intégré la notion de consentement. On se rappelle pourtant que l’insémination en question s’est déroulée en saison 7, dans l’épisode 15, intitulé "En Ami". Pour arriver à ses fins, l’homme à la cigarette avait drogué Scully. Le "roofing", c’est une technique de prédateur sexuel. Sauf qu’ici, la "proie", ce n’est pas Scully, ni son corps tout entier, mais son utérus et sa capacité à porter un embryon à terme.

Là où une série comme Jessica Jones parvenait à verbaliser le traumatisme subi – "Non seulement tu m’as violée physiquement, mais tu as aussi violé chaque cellule de mon corps et chaque pensée dans ma foutue tête" –, on imagine assez aisément que X-Files ne fera jamais cet examen de conscience. Les scénaristes ont prouvé qu’ils étaient incapables de se mettre dans la peau d’une femme (et comment le pourraient-ils, d’ailleurs ?). Scully se rebellera, ne perdra jamais de vue sa mission et remuera ciel et terre pour son fils. Mais il y a peu de chance que l’on entende un jour le mot "viol" sortir de sa bouche.