Les impressionnants décors rétrofuturistes de Trepalium commentés par son créateur

Arte se lance dans le genre de l'anticipation avec la série Trepalium. On a discuté avec les artisans de la création de cet univers rétrofuturiste.

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Il y a quelques mois, Biiinge était sur le tournage de Trepalium, pari audacieux de la chaîne franco-allemande. Cette nouvelle série, à mi-chemin entre Hunger Games et Bienvenue à Gattaca, se situe dans un futur proche où la valeur travail a pris toute la place. Le monde est divisé entre actifs (20% de la population) et chômeurs (80%). Un gigantesque mur les sépare. Ce statut-quo malsain va être bouleversé quand la Première Ministre Nadia Passeron (Ronit Elkabetz) décide de créer des Emplois Solidaires permettant à des gens sans emploi de venir travailler à Aquaville.

Projet de longue haleine, écrit par Sophie Hiet et Antarès Bassis, et réalisé par Vincent Lannoo, Trepalium a nécessité un temps de préparation de plus de six mois côté décors et costumes, respectivement supervisés par François Gila Girard et Karine Charpentier. Le tout dans une économie de budget.

Le premier commente pour Biiinge son travail réalisé à partir de la note d'intention de Vincent Lannoo. Le cinéaste ne voulait pas d'un imaginaire technoïde rappelant les années 80. L'idée était de faire appel au passé, aux références pop art et ciné, de Kubrick à Hitchcock.

De la BNF au siège du Parti Communiste

"Il y a eu une grosse phase de repérages, d’allers et retours. La décision des lieux de tournage a été prise de manière collégiale, avec le réalisateur Vincent Lannoo et la productrice Katia Raïs.", explique François Gila Girard.

A Aquaville, où réside la partie privilégiée, les actifs ainsi que les membres du gouvernements, des scènes ont été tournées à la Bibliothèque Nationale de France, au Centre National de la Danse ainsi qu'au siège du Parti Communiste.

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"On a fait appel à un vrai graphiste d'agence, Adam David, pour créer les différents logos : ceux d'Aquaville, du gouvernement, des Solidaires ou encore de Trepalium."

"Le bâtiment d'Oscar Niemeyer a servi pour tourner les séquences dans les lieux de pouvoir : les bureaux du gouvernement, le palais ou encore les appartements des politiques. On avait comme source d'inspiration les bâtiments d’Auguste Perret et son rétrofuturisme des années 40/50. Il est d’une modernité absolue."

Après réflexion, l'équipe est partie sur le béton : "L’architecture béton, qui traverse les décennies des années 60 à 90, s’est finalement imposée à nous. Le Gouvernement et Aquaville n'ont pas le même type de béton, mais la cohésion passe par l’utilisation de cette même matière. On a aussi récupéré des motifs dans le béton, présents au CND, qui nous ont tapé dans l’oeil. Ce module de dessins a été décliné."

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"Le sol orange existait tel quel au dernier étage de la BNF. On a choisi d’y tourner en ajoutant des faux murs reprenant les motifs de béton."

Pour que chaque lieu d'Aquaville garde une cohésion, de fausses cloisons et murs ont aussi été fabriqués. Le bois, considéré comme une matière luxueuse, est très peu présent dans la série, seulement chez les hauts membres décisionnaires, comme le personnage de Lars Passeron (Thierry Bosq) ou sur les portes de la direction.

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"J’aime beaucoup l’appartement de Ruben, car on l’a construit de A à Z. On y retrouve une synthèse de toute la grammaire de décoration de la Ville. On avait en tête le modèle du "studio cabine" qui existe au Japon."

High-tech minimaliste

Pour ce qui est de la présence d'objets high-tech, l'idée était de donner dans le minimaliste, de ne pas pouvoir dater les technologies utilisées. "Pour les téléphones, on est arrivé à l’idée d'une plaque de verre. La tablette de Maël (l'enfant, ndlr) a été glissée dans un livre comme une espèce de représentation du savoir qui n’est plus."

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"J’ai pris beaucoup de plaisir à installer ce décor de supermarché. Il fallait vraiment l’inventer et il dit beaucoup de choses sur la série. C’était un challenge amusant. Quel est vraiment le choix des gens dans ce monde ?"

"Il y a toute une grammaire des écrans. J’ai suggéré que l’on travaille sur des écrans carrés et pas du 16/9e, le format d’aujourd’hui. Cela créait un ailleurs, et pas un futurisme. Le carré est aussi porteur de stabilité et d’autorité, ce qui correspondait bien avec la Ville."

"Chez Ruben (Pierre Deladonchamps), l'écran mural sert d’interface pour les caméras de surveillance, les échanges téléphoniques ou encore le journal télévisé. Dans la Zone en revanche, on fonctionne avec différents types d’écran, dont du 4/3."

La Zone

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"La Zone est un mélange de bidonvilles, de récup, d’usines abandonnées et de squats."

"Concernant les meubles et les accessoires, on s’est donné comme règle de prendre tout ce qui existait jusqu’à aujourd’hui, un peu comme à Cuba, où le temps s’est arrêté après le blocus. Dans Trepalium, notre blocus se situe en 2015. La Zone est une grande décharge, un reliquat du passé où les gens vivent en recyclant."

"Les notions d’amour, d’affection et de chaleur humaine existent encore dans la Zone. Cela se reflète par des décors comme la bibliothèque de Robinson. Alors que dans la chambre de Ruben, il y a deux lits, un pour lui un pour Thaïs."

Si la série peut sembler mininaliste en terme d'effets spéciaux, il n'en est rien, comme le confirme la productrice Katia Raïs : "On ne voulait pas être dans l’hyper-technologie, donc les gens pensent qu’on a pas eu recours à des effets spéciaux, mais tous les écrans, les projections sont des effets. Les décors ont été grandis, allongés. Décors, costumes et effets spéciaux sont les trois postes les plus importants sur Trepalium."

Le Mur de la honte

Le dernier gros morceau à gérer côté décor est le fameux Mur, qui crée tant de tension et résonne avec l'actualité passée (le Mur de Berlin) et présente (Israël, le Mexique/USA).

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"On a construit un morceau de 54 mètres de long sur 6 mètres de haut, ce qui est tout petit par rapport à l’histoire, où il fait 40 mètres !"

Si François Gila Girard s'est inspiré de plusieurs murs construits dans le monde, c'est celui d'Israël qui lui a le plus servi. "C’est un préfabriqué très beau, très fin, composé de monolithes de béton. Et justement, notre Mur avait la contrainte scénaristique d’avoir été construit très rapidement."

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"Le nôtre devait être plus haut et massif, pour qu'on ne puisse pas se dire qu'il est démolissable facilement. La chef peintre a fait en sorte qu’on ait encore la perception sur le mur d’un dessin à peine fini, comme si on n’avait pas eu le temps de l’enduire. Les portes des chek-point sont aussi inspirées de celles d’Israël."

Composée de six épisodes, Trepalium débute ce soir sur Arte.

 Crédits photos : © Kelija/Jean-Claude Lother