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De True Detective à American Crime Story, le nouvel âge d'or de l'anthologie

La nouvelle anthologie criminelle de FX, American Crime Story : The People vs. O.J. Simpson, offre l'occasion de revenir sur les mutations de ce format sériel qui a le vent en poupe.

 

Après Fargo et American Horror Story, FX lance cette semaine sa nouvelle série anthologique, American Crime Story : The People vs. O.J. Simpson. Chaque saison traitera d’une affaire judiciaire différente, ayant réellement existé. La première suit le procès américain le plus médiatisé des années 1990 : l’affaire O.J. Simpson.  

S'il est vrai que l’anthologie connaît un véritable revival depuis les années 2010, notamment avec les excellentes American Horror Story, True Detective et Fargo, le genre n’a pas attendu Matthew McConaughey ou Lady Gaga pour se faire connaître. Pour rappel, la série anthologique raconte une histoire bouclée et différente à chaque saison (ou à chaque épisode). D’une saison à l’autre, le temps, le lieu et les personnages ne sont donc pas les mêmes. C’est davantage l’atmosphère et l’univers de la série qui font le lien d'une année à une autre.

Un format qui ne date pas d'hier

Il y a plus de soixante ans, les premières séries télévisées américaines revêtaient déjà la forme anthologique, mais à l’échelle d'un épisode.

Dans Alfred Hitchcock présente (1955-1962), succession de petites histoires indépendantes les unes des autres, chacun des épisodes débutait par le fameux "Bonsoir" d’Alfred Hitchcock, suivi d’une brève introduction de l’intrigue à suivre. On retrouvait ensuite le maître du suspense dans l’épilogue, pour la morale de l’histoire, souvent teintée d’humour noir.

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En 1959, l'anthologie s’exporte vers le genre de la science-fiction. Dans La Quatrième Dimension (The Twilight Zone), satire subtile de la société américaine de l'époque, chaque épisode est bouclé et aucun personnage n’est récurrent, à l’exception du narrateur Rod Serling (égelement showrunner), qui présente chaque épisode à partir de la deuxième saison.

Quatre ans plus tard, une autre série de SF voit le jour, Au-delà du réel (1963-1965). Depuis ces succès, seule l’anthologie d’horreur à travers Les contes de la crypte (1989-1996) est réellement parvenue à s’imposer.

Les autres tentatives se sont soldées par des échecs. C’est notamment le cas des récentes Fear Itself (2008) ou Masters of Horror (2005), deux anthologies horrifiques qui n’ont pas pu rivaliser face aux productions aux longues trames narratives et aux personnages récurrents.

Retour en grâce

À partir des années 2010, l’anthologie effectue un vrai retour en grâce, qui s'accompagne de quelques mutations. La forme anthologique s’applique désormais à l’échelle de la saison entière. Autrement dit, l’intrigue et les personnages changent, non plus d'un épisode à l'autre, mais d'une saison à l'autre. C’est le cas pour American Horror Story, Fargo et True Detective. Elle ne se cantonne plus au genre horrifique ou SF, et s’installe désormais dans le drama d’affaires criminelles.

À l’heure où les séries feuilletonesques sont de plus en plus courtes (le format network en 22 épisodes perd du terrain) et où les mini-séries ont la cote, le succès de l'anthologie 2.0 s'inscrit dans ce mouvement. Excepté quelques rares shows (au hasard, The Good Wife) qui parviennent à se démarquer, les séries qualitatives comportent moins de saisons et ces dernières comptent moins d’épisodes.

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La quantité importe désormais moins que la qualité. Aujourd’hui, notre préférence va vers des shows assez longs pour raconter une histoire entière, mais assez courts pour donner de l'importance à chacun des épisodes. Antithèse du style procedural médical ou policier, c’est en toute logique que la série anthologique parvient à s’imposer.

L’anthologie a notamment été remise au goût du jour en 2011 avec l'arrivée d'American Horror Story, série horrifique signée Ryan Murphy et Brad Falchuk. Elle a pour spécificité de reprendre les mêmes acteurs pour jouer des rôles différents. La première prend place dans une maison hantée, la seconde dans un asile des années 1960, la troisième suit un groupe de sorcières à la Nouvelle-Orléans, la quatrième se déroule dans un "freak show" et la dernière dans un hôtel hanté.

Si chaque saison se situe dans une temporalité et des espaces différents, des connections ont été établies ici et là, mais elle relèvent surtout du clin d'œil aux fans de la saga.

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De son côté, la britannique Black Mirror a marqué le retour à l’anthologie épisodique, avec deux saisons de trois épisodes, tous indépendants et traitant des dérives liées aux nouvelles technologies. Netflix a d'ailleurs sauvé Black Mirror de l'annulation, lui offrant une troisième saison en cours de production.

En 2014, HBO lance la mode de l’anthologie criminelle avec True Detective, l’une des séries qui a le plus fait parler d’elle (en bien ou en mal) ces dernières années. Quelques mois plus tard, Fargo, adaptation du film éponyme des frères Coen, allie faits divers et humour noir sur fond d'Amérique profonde.

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Noah Hawley, son créateur, explique bien la nature anthologique de sa série : "Pourquoi l’ont-ils [les frères Coen] appelée Fargo ? C’est parce que l’univers est suffisamment évocateur. C’est vraiment un état d’esprit. Pour nous, Fargo est un genre de vraie affaire criminelle, où la vérité est plus étrange que la fiction."

En effet, chaque série anthologique possède sa propre atmosphère, qui perdure au fil des saisons. L’année dernière, ABC a diffusé American Crime, qui s’attache à suivre, chaque saison, un fait divers et son impact sur la communauté. Les acteurs, tels que Felicity Huffman (Desperate Housewives) et Timothy Hutton, y campent des rôles différents d’une saison à l’autre.

Plus récemment, la Fox a proposé une nouvelle série d'anthologie, Scream Queens, créée par l’indéfectible duo d’AHS, Ryan Murphy et Brad Falchuk. Elle suit un groupe d’ados sur un campus universitaire où plusieurs crimes sont perpétrés.

Bien que la série ait été présentée comme une anthologie, son créateur a pourtant annoncé que certains des personnages ayant survécu à la saison 1 devraient reprendre leur rôle dans la prochaine saison. Peut-être la promesse de futures formes hybrides, entre anthologie et feuilletonnant ?

De nouvelles possibilités de création

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Si les créateurs d’anthologies doivent conserver l’univers de leur série d’une saison sur l’autre, les possibilités de renouvellement sont quasi illimitées. Nouveaux acteurs, intrigues, personnages, relations… Cette forme permet de repartir de zéro et de se réinventer plus facilement que dans les séries traditionnelles, obligées de suivre les mêmes protagonistes et de rester sur la même trame narrative.

Ryan Murphy le dit lui-même : "C'est toujours très amusant pour tout le monde de faire le contraire de ce que l'on a fait l'année d'avant. Et le projet sur lequel on travaille maintenant est l'opposé de ce que l'on avait fait l'année dernière. C'est tellement innovant et rafraîchissant de redémarrer chaque année."

En effet, on ne boude pas notre plaisir à retrouver Jessica Lange tantôt en sorcière, tantôt en bonne sœur ou en voisine complètement folle.

John Landgraf, le PDG de FX, appelle la série anthologique un "game changer" car elle offre la possibilité de raconter de nouvelles histoires : "Ce qui me passionne à propos de ce format, c’est que j’ai le sentiment qu’il y a toutes ces potentielles histoires géniales, qui peuvent durer entre 6 et 13 heures, et qui n’ont pas encore été racontées."

Par ailleurs, la série n’a pas besoin de multiplier les cliffhangers improbables pour tenir en haleine le téléspectateur. On sait que les héros sont là pour une dizaine d’épisodes seulement et qu’ils ne reviendront pas la saison suivante. Tout devient possible. On peut penser que cela crée un désintérêt du téléspectateur pour les personnages. D’autres répondront qu’il faut profiter de ces protagonistes éphémères tels que Lorne Malvo (Billy Bob Thornton) dans Fargo, suffisamment intenses pour nous séduire en quelques apparitions.

Be my guest

True Detective

Grâce à son format limité, la série anthologique a aussi l’avantage de pouvoir attirer de grands acteurs du cinéma américain, qui ne seraient pas forcément partants pour un engagement sur plusieurs saisons.

Difficile d’imaginer un Matthew McConaughey ou un Colin Farrell s'embarquer sur une série de 7 saisons de 24 épisodes. L'acteur David Duchovny, qui vient de rejouer dans la dixième saison de X-Files, a même plaisanté sur le fait qu'il était "trop vieux" pour tourner une série traditionnelle de 22 épisodes. Comme beaucoup d'acteurs, il préfère être libre de travailler sur d'autres projets, plutôt que de se cantonner à un seul.

La présence de stars de Hollywood peut permettre aux décideurs de se lancer dans des projets plus originaux et audacieux, qu’ils n’auraient pas assumés sans eux. Si le PDG de HBO a choisi de diffuser la série True Detective, c’est en grande partie parce qu’il a entendu les noms de Matthew McConaughey et Woody Harrelson. Dans la deuxième saison, Vince Vaughn, Colin Farrell et Rachel McAdams ont repris le flambeau.

Ainsi, on a pu voir Billy Bob Thornton (Sling Blade, Armageddon) et Martin Freeman (Le Hobbit, Sherlock) dans la première saison de Fargo puis Kirsten Dunst (Spiderman, Marie-Antoinette) dans la deuxième.

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De son côté, American Horror Story voit revenir l’oscarisée Jessica Lange (meilleure actrice pour Blue Sky) pendant ses quatre premières saisons. Elle a même accueilli la "pop star" Lady Gaga.

Dans American Crime Story, qui débute ce mardi 2 février sur FX, on retrouvera Cuba Gooding Jr. (Oscar du meilleur second rôle dans Jerry Maguire), David Schwimmer (Friends) ou encore John Travolta, rien que ça. Ne cherchez plus, il n’y a que dans les anthologies qu’on peut voir un tel casting !

Si l’on parle autant de ces séries, c’est également parce qu’elles séduisent énormément, autant le public que la critique. American Horror Story a déjà reçu deux Golden Globes, dont celui de meilleur second rôle cette année pour Lady Gaga et treize Emmy Awards. Pour leurs premières saisons, True Detective et Fargo ont raflé respectivement cinq Emmy pour la première, et deux Golden Globes (meilleure mini-série et meilleur acteur pour Billy Bob Thornton) et trois Emmys pour la deuxième.

Un avenir prometteur 

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Avec American Crime Story, American Crime (dont la saison 2 a débuté) et les prochaines saisons annoncées d'American Horror Story, True Detective, Fargo et Scream Queens, le genre de l'anthologie a de belles heures devant lui. D’autant que d'autres projets sont en cours de développement.

Un reboot de l’anthologie eighties de George A. Romero, Histoires de l'autre monde (Tales from the Darkside) par Joe Hill, le fils de Stephen King, a été annoncé sur The CW, avant que la chaîne n’abandonne le projet. Que les fans se rassurent, d’autres chaînes (MTV, Syfy) se sont déjà dites intéressées, même s’il n’y a rien d’officiel pour le moment. Cette série signerait un retour aux sources de l’anthologie, puisque la nouvelle intrigue et les nouveaux personnages prendraient place à chaque épisode.

HBO a, elle, pour projet une comédie familiale anthologique, intitulée Family Drama. Comme son nom l’indique, la série se penchera sur les non-dits et les conflits au sein d'un foyer, qui changera à chaque saison. Imaginée par Lynn Shelton (réalisatrice sur New girl, The Mindy Project), l’intrigue prendra place dans la même ville, Seattle.

Tous ces projets tendent à prouver que le format de l'anthologie n'a pas fini de muter dans les prochaines années, et de s'aventurer vers de nouveaux genres (la comédie ?).