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Le revival de Twin Peaks est à l’image de David Lynch, imprévisible et fascinant

Si vous pensiez que David Lynch s’était assagi avec le temps, vous vous plantez complètement.

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©️ Showtime

"I’ll see you again in 25 years." C’est sur cette scène de la Black Lodge entre Laura Palmer et Dale Cooper, restée culte, que s’ouvre le nouveau chapitre de Twin Peaks. Ce coquin de David Lynch donne à ce moment aux fans exactement ce qu’ils veulent, ou pensent vouloir. On assiste ainsi à une succession de plans clins d’œil à la grandeur de sa série originale, un court aperçu de notre agent spécial préféré, toujours québlo dans la Loge Noire (courage !) et au retour de quelques personnages secondaires : ah le Deputy Chief Hawk ! La secrétaire à l’ouest Lucy ! Sans oublier une Dame à la bûche touchante, incarnée par la regrettée Catherine E. Coulson, reprenant ici le rôle de sa vie avant de s’éteindre.

Puis Lynch revient à ce qu’il fait de mieux : nous emmener vers l’inconnu. Au début, on est déroutés. L’action est aussi lente qu’un épisode de NCIS est épileptique. De nouveau personnages et de nouveaux mystères font leur apparition. Voilà même, audace suprême, que l’action est délocalisée ! La nouvelle affaire se déroule dans la petite ville de Buckhorn dans le Dakota du Sud, où une femme nommée Ruth Davenport est retrouvée atrocement assassinée. L’image est cauchemardesque. L’enquête se met en mouvement et un homme respecté de la communauté est vite suspecté. Voilà la storyline la plus classique et compréhensible de ce revival. Un polar peuplé de personnages décalés, comme la voisine qui découvre le corps et irrite les deux policiers par son babillage intempestif, ou les histoires soapesques de coucherie du suspect. À ce moment, vous savez que vous regardez du Lynch. Et en même temps, s’il s’était arrêté là, la déception aurait été grande. C’est mal connaître le cinéaste, qui a lâché le grand écran en 2006 après le radical Inland Empire.

De l’audace

Vient se superposer la suite des aventures lynchiennes de l’agent Dale Cooper. Alors que son double maléfique, qui arbore fièrement un look de vieux rocker ayant trop pris le soleil, bricole des affaires louches et tue des gens tranquilou, le vrai Cooper galère à sortir de sa Loge Noire. Il n’est pas au bout de ses surprises, et nous non plus. Après des retrouvailles attendues avec Laura Palmer, qui a tenu promesse et revient 25 ans lui redonner espoir (en lui roulant une pelle), il va tenter une percée, aidé par The Arm, une entité so lynchienne (en fait le bras manquant de Mike, sorte de guide bienveillant, vous suivez j’espère ?) qui semble à peu près maîtriser les lois de la Loge Noire. Le deuxième épisode est en bonne partie consacré à ce lieu mystique imaginé dans la série originale, et dont le mystère a obsédé les fans bien avant Lost et son île-monstre. À l’époque, ils n’avaient pas Reddit.

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©️ Showtime

David Lynch est-il capable de donner à nouveau aux fans de Twin Peaks de quoi se rendre fous ? L’un des nouveaux lieux de ce revival, on l’appellera "le cube vitré", niché au fond d’un entrepôt sponsorisé par un "milliardaire anonyme", nous laisse à penser que oui. La première scène qui nous le présente est longue, et disons-le, un peu chiante. Sauf que non. Le cube est une sorte de portail spatio-temporel ultrachelou qui donne sur les gratte-ciel new-yorkais et fait donc apparaître des gens ou des trucs pas cool. Dans sa fuite de la Loge Noire, Cooper se retrouve un temps dans le fameux cube avant de repartir on ne sait où. Une autre entité, maléfique, a elle fait exploser l’engin avant de s’en prendre sauvagement à deux jeunes gens qui montaient la garde.

Les scènes du cube, comme d’autres plans qui essaiment ces deux épisodes (la forêt by night, l’évaporation de Laura Palmer…), témoignent de la vivacité de l’imaginaire horrifique de David Lynch et de sa vision sans concession d’une œuvre artistique. Peu de réalisateurs de sa trempe, à son âge (71 ans) se permettent des gestes aussi punk. Réinventer Twin Peaks, tenter de nouvelles expériences esthétiques, quitte à frôler le ridicule (faire voler Dale Cooper, était-ce vraiment une bonne idée ? Il s’en fout, il l’a fait !). Alors pourquoi ose-t-il autant ? Parce que Lynch n’est pas un réalisateur ou un showrunner, c’est un artiste touche-à-tout (beaucoup de films, mais aussi de la peinture, du dessin, de l’expérimentation visuelle et sonore). Ses nouvelles visions entêtantes que l’on découvre dans ce Twin Peaks 2017 s’accompagnent d’un remarquable travail sur le son. Lynch est un ambianceur de génie. Mais saura-t-il gérer ses storylines (et en a-t-il seulement envie) ?

Is it future or is it past ?

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©️ Showtime

"Est-ce le futur ou le passé ?", demande Mike à Cooper dans la Loge Noire. Les deux se mélangent dans ce double season premiere, qui laisse place par intermittence au retour des personnages de la série originale. Ce qui donne cette impression bizarre d’avoir une superposition de deux séries en une : d’un côté ce qu’aurait pu être un Twin Peaks attendu, centré de nouveau sur la petite ville et les atermoiements de ses habitants, et de l’autre ce Twin Peaks contemporain, surprenant, déroutant, concocté avec des moyens techniques modernes qui permettent à Lynch de partir très loin dans le délire onirique. Excepté Cooper (bouleversant Kyle MacLachlan), au cœur des débats, les "anciens" ne sont-ils qu’un cheval de Troie ou tiendront-ils une place importante par la suite ?

Reste donc à savoir si cet ovni sériel saura tenir la longueur de ses 18 épisodes, et s’accompagner d’une structure narrative qui tienne la route. On peut espérer que Mark Frost, scénariste d’expérience à la télévision américaine et cocréateur du show, soit là pour recentrer les intrigues. Quoiqu’il advienne de la suite de Twin Peaks, on a évité le pire : un retour fade. Twin Peaks n’est plus tout à fait la même. Elle a fait sa mue. Elle est plus moderne, plus sombre, plus radicale. Et en même temps, elle reste cette série rebelle, inclassable, imprévisible et entêtante.

En France, le season premiere de Twin Peaks sera diffusé sur Canal+ le 25 mai, puis la suite sur Canal+ Séries.