Unbreakable Kimmy Schmidt revient en force avec une saison 3 maîtrisée

Son diplôme en poche, la rouquine pétillante d’Unbreakable Kimmy Schmidt s’envole vers l’université et n’oublie pas son humour décapant.

© Netflix

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Succédant à une deuxième saison à la tonalité incontestablement plus dark, la saison 3 d’Unbreakable Kimmy Schmidt continue sur cette lancée, tout en revenant vers ses racines humoristiques. Jusqu’alors indécrottable optimiste, l’héroïne de la comédie estampillée Netflix révèle désormais une facette plus nuancée de sa personnalité. Car oui, la vie post-bunker est loin d’être aussi radieuse que ce que Kimmy veut bien nous faire croire, en dépit de ses gilets flashy et de ses sourires à toute épreuve.

Dans le cerveau de Kimmy

Ce n’est un secret pour personne, le personnage central d’Unbreakable Kimmy Schmidt souffre de stress post-traumatique (PTSD pour les férus de VO) après son séjour forcé dans l’antre du révérend Richard Wayne Gary Wayne. Malgré l’aspect comique des scènes qui se déroulent sous terre, ces années passées sans voir le jour représentent un calvaire inhumain dont il est difficile de guérir. La saison 2 du show n’avait pas hésité à plonger tête la première dans la psychologie tourmentée de Kimmy, notamment grâce aux séances chez sa thérapeute (jouée par Tina Fey, également showrunneuse de la série).

Dans ce troisième tour de piste, les scénaristes parsèment des indices plus ou moins subtils quant à son traumatisme. Dans la première partie de saison, la rouquine laisse indirectement entendre que son bourreau d’un temps, interprété par l’excellent Jon Hamm (Mad Men), l’a violée. Grande habituée des non-dits, Unbreakable Kimmy Schmidt change désormais la donne et n’hésite pas à employer le terme "viol". Plus la tragique histoire de Kimmy nous est contée, plus l’écriture de la série se permet d’être honnête.

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Dans le même épisode ("Kimmy Can’t Help You!"), l’héroïne troque son implacable joie de vivre contre un sentiment de rage, tout simplement. Confrontée à la nouvelle conquête ultra-naïve du révérend, Kimmy s’insurge contre cette femme (très justement incarnée par Laura Dern) qui prend un malin plaisir à minimiser la gravité de sa séquestration. Si cette storyline se fond tout de même dans la série grâce à son humour indéfectible, elle n’en demeure pas moins importante et confère à Unbreakable Kimmy Schmidt une profondeur appréciable.

Entre "cartoonisation" et absurde maîtrisé

Au-delà des mésaventures pas toujours feel good de Kimmy, son entourage hérite d’intrigues aussi WTF qu’inégales. En lutte permanente contre la gentrification de son quartier, Lillian finit par devenir un disque rayé. Le personnage est embourbé dans un schéma narratif bien trop redondant. Et son idylle naissante avec Artie, gérant d’une grande chaîne de supermarchés, achève l’évolution de Lillian, bien trop classique au bout du compte.

Qu’on se le dise, pour rire aux éclats, c’est donc vers Titus Andromedon (alias Flouncy Magoo pour les intimes) qu’il faut se tourner. Chacun de ses passages à l’écran est une mine d’or et permet aux scénaristes de montrer qu’ils savent maîtriser l’absurde, une forme d’humour faussement simpliste. Après l’entêtant (et hilarant) "Pinot Noir", Queen Titus revient nous hanter avec "Boobs in California", que l’on écouterait presque sur la route des plages cet été.

Fidèle à elle-même, Unbreakable Kimmy Schmidt accentue encore davantage la carte de la "cartoonisation" de ses personnages périphériques. Des propriétaires des Redskins aux colocataires de Xanthippe à l’université, en passant par le milieu artistique bobo, personne n’échappe au traitement over the top et abusément caricatural de la série. Cette dernière a bien conscience des clichés sociétaux et s’éclate à les tourner en dérision. Et ça, c’est clairement ce que le show sait faire de mieux, en plus de maîtriser l’art des running gags ("Run, Lillian!").

Pour l’anecdote, la série devait initialement être diffusée sur NBC, grand network américain aux nombreuses restrictions. Plus que jamais, on prend conscience que son passage du côté de Netflix lui a permis de prendre des libertés créatives qu’elle n’aurait pu se permettre autrement. Dans cette troisième saison, Unbreakable Kimmy Schmidt cultive son côté "too much" et trouve un juste équilibre entre cet humour atypique et la profondeur apportée aux personnages. Le hic ? On en vient à regretter d’avoir binge-watcher un petit peu trop vite cette troisième fournée. Si saison 4 il y a, l’attente risque d’être longue.

L’intégrale d’Unbreakable Kimmy Schmidt est disponible dès maintenant sur Netflix.