Rachel et Quinn reviennent plus en forme que jamais dans la saison 3 d’UnREAL

La saison de la rédemption ?

© Lifetime

Précédemment dans UnREAL… Surprise de l’été 2015, la série de Marti Noxon et Sarah Gertrude Shapiro explorait de façon incisive les dessous sales du petit monde de la téléréalité, en racontant les coulisses d’une émission de dating fictive, Everlasting (ersatz du Bachelor), à travers le regard de deux de ses productrices, la boss Quinn (Constance Zimmer) et son bras droit, Rachel (Shiri Appleby). L’une est un requin à la repartie dévastatrice, l’autre est capable de manipuler n’importe qui derrière ses airs d’oiseau perdu. On a adoré leurs punchlines pas piquées des vers ("Money, Dick, Power"), la relation aussi malsaine que fascinante qu’elles entretenaient, ou encore la critique au vitriol d’un univers sexiste, où règnent les faux-semblants et les pires vices de la nature humaine.

Malheureusement, la saison 2 s’est perdue au milieu d’intrigues plus soapesques les unes que les autres, comme si, inexorablement, UnREAL s’était fait bouffer toute crue par l’univers qu’elle comptait dénoncer. On finissait cette laborieuse livraison d’épisodes par un meurtre, commis par Jeremy pour protéger (selon lui) Rachel, et par un pacte avec Quinn et Chet, également au courant. L’échec artistique de cette saison a laissé des traces : un changement de showrunneuse (Stacy Rukeyser a pris les commandes de la saison 3) et une production repoussée.

Nous voilà donc un an et demi plus tard, curieuses (et inquiètes) de découvrir ce début de saison 3, qui reprend six mois après les événements de la deuxième saison. Quinn va chercher une Rachel épanouie on ne sait où, mais on parierait qu’elle est partie élever des chèvres dans le Larzac, en emmenant son appli méditation. Une nouvelle fois, Rachel essaie donc de se sauver elle-même : la maîtresse de la manipulation est toute dévouée à une nouvelle pratique, l'"essential honesty" (ne riez pas). Il ne faut pas longtemps à Quinn pour la convaincre de revenir une nouvelle fois salir son âme sur le plateau d’Everlasting. Il faut dire que la fibre féministe et révolutionnaire de Rachel est forcément titillée par la nouvelle star du programme de dating : une femme, belle, accomplie, riche… célibataire.

Woman seeking man

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Et oui, 2018 oblige, le show a misé sur une "Bachelorette", ce qui change un peu la donne et les enjeux. Elle est incarnée par l’excellente Caitlin Fitzgerald, que vous avez pu voir en épouse peu épanouie dans Masters of Sex. Le premier épisode nous présente donc le but de cette nouvelle venue : trouver un homme, vraiment. Elle n’a pas de problème d’image à redorer ou de carrière à rebooster, comme les "Bachelors" Adam ou Darius. Elle espère sincèrement tomber amoureuse et entrer enfin dans le club des cadres sup' casé·e·s qu’elle fréquente (et qu’elle envie) chaque jour. Notre petit doigt nous dit que sa perception du bonheur changera au fil des épisodes.

On accueille dans la foulée plusieurs nouveaux personnages masculins, qui s’avéreront intéressants ou soporifiques, et on retrouve des protagonistes dont on se serait bien passés pour le coup. À commencer par Madison (Genevieve Buechner), prototype de la cruche devenue garce, qui couche pour réussir (OK, il y en a sûrement, mais son personnage est dramatiquement binaire). Il y a pire : à l’image de cette pauvre Rachel, qui un jour a brisé le cœur d’un mec avec lequel elle devait se fiancer, on n’en peut plus de ce psychopathe de Jeremy qui ne veut plus la lâcher.

Pourquoi le ramener une nouvelle fois ? Pourquoi, chères scénaristes ?! On a compris qu’il matérialise la mauvaise conscience de Rachel et les conséquences de ses actes passés, mais franchement, j’aurais préféré revoir le fantôme de Mary (une mère célibataire instable psychologiquement, qui commet un suicide sur le plateau d’Everlasting en saison 1, en partie à cause de Rachel et ses dons de manipulation) que supporter ce balourd de Jeremy. Voilà deux personnages insipides, que les scénaristes ont tenté de rendre diaboliques, sauf qu’on n’y croit pas une minute.

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Heureusement que le duo de tête, Rachel et Quinn, revient, lui, plus en forme que jamais. Les répliques fusent comme à la belle époque de la saison 1, et Chet en prend une fois de plus plein la gueule (cherchez pas, c’est mérité) pour notre plus grand plaisir. Rien que cette scène, dans laquelle l’ex de Quinn demande à Rachel, amusé par son nouveau mode de vie, de pratiquer sur lui son "honnêteté essentielle", vaut le visionnage de ce season premiere. La jeune femme est loin d’être une sainte pour autant : malgré son nouveau mantra, elle finit par manipuler Serena, qui va faire une grosse bêtise à la fin de l’épisode, sous l’effet de l’alcool.

Quant à Quinn, elle semble plus déterminée que jamais à refonder son empire, et à nous faire comprendre qu’elle aussi a souffert de cette fameuse saison 2 (les fans reconnaîtront les clins d’œil méta disséminés tout au long de l’épisode). Quand elle dit qu’elle est sur le point d’être virée ou que cette saison doit être de la bombe, comprenez en sous-texte que ce sont les scénaristes d’UnREAL qui parlent à leurs spectateurs·rices. Par son concept – les coulisses d’un show dans une série –, elle a de toute façon toujours eu une tendance à la référence méta.

Ce premier épisode place cette troisième saison sous de bons auspices, alors qu’on ne voyait pas trop comment nos deux fortes têtes allaient se remettre d’une saison 2 calamiteuse. Ne reste plus à Stacy Rukeyser qu’à se débarrasser de certains boulets narratifs (du genre Jeremy et la mère insupportable de Rachel, pitié, ne la faites pas revenir) pour repartir de plus belle sur Serena et la flopée de nouveaux personnages qui nous sont présentés. Les filles, on croit en vous. Money, Pussy, Power.

La saison 3 d’UnREAL est actuellement diffusée sur Lifetime. En France, c’est NRJ12 qui a diffusé les deux premières saisons.