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UnREAL Quinn

UnREAL, la satire qui dézingue la télé-réalité

La télé-réalité expose ses candidats comme des monstres de foire. UnREAL nous montre que les vrais monstres sont dans les coulisses, à tirer les ficelles.

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Il aurait sans doute été plus simple pour UnREAL, satire acerbe sur la fabrication d’une télé-réalité inspirée du Bachelor, de s’engouffrer dans la moquerie virulente. Après tout, les télé-réalités sont des cibles tellement faciles.

Mais se moquer d’un programme comme le Bachelor, ses Princes Charmants superficiels et ses prétendantes prêtes à tout, tout le monde le fait déjà chez soi, depuis son canapé. Non, UnREAL ne se moque pas, elle dissèque, expose les vices de l’industrie et sa volonté de façonner et scénariser la "réalité".

Une fabrique des sentiments

Il y a, dans cette série, un cynisme qui crève le plafond. Elle est critique d’un système… tandis que ses personnages se vautrent dedans. Sans cesse, UnREAL pousse ses deux héroïnes, Rachel (Shiri Appleby) et Quinn (Constance Zimmer), les productrices d’Everlasting, une copie conforme du Bachelor, jusque dans leurs retranchements, comme elles le font elles-mêmes avec les candidates.

Parmi ces victimes consentantes, certaines se plient aux règles du jeu, en ont compris les codes (l’une va jouer la méchante, l’autre l’ingénue), quand d’autres voient leur rêves de princesse se briser en découvrant l’envers du décor.

Et même ici, quand les membres de la prod, médusés derrière leurs écrans, se moquent de ces pauvres petites filles naïves, la série, elle, nous montre du doigt ces horribles manipulateurs. Rachel et Quinn sont les marionnettistes. Elles ont droit de vie ou de mort sur les prétendantes.

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Mais certains drames ne sont pas de leur fait (pas directement en tout cas) et échappent à leur contrôle. Et ça, ça leur est insupportable. "Yeah… Let’s not do that again" répond Quinn à Rachel au sujet d’un événement tragique survenu sur le tournage.

Il y a, bien sûr, une certaine gravité dans cette réplique, mais aussi une forme de cynisme dans la réponse de Quinn. Rachel et elle semblent parler d’un personnage de fiction, ceux qu’elles créent jour après jour. Comme si George R. R. Martin admettait, "ouais, j’ai tué Ned Stark. Oups. Désolé, je le ferai plus".

Le drame a été géré de la même façon au moment des faits pendant cette première saison : elles étaient sincèrement partagées entre la prise de conscience d’avoir été trop loin, et le fait de savoir comment elles pouvaient limiter l’impact négatif sur le show, voire en tirer profit. Politiquement incorrect, donc parfaitement jouissif !

UnREAL confirme ce dont on se doutait déjà : Everlasting, comme toutes les émissions du même type, est une fabrique des sentiments. On provoque les disputes, on rend ses candidates vulnérables pour mieux les soumettre à la volonté de la prod, on pousse les affinités, on disloque les amitiés.

L’une d’elle devient méchante, se met à agresser ses camarades ? Parfait, le chargé de prod qui a misé sur elle aura droit à un bonus sur son salaire. Une autre passe à la vitesse supérieure et couche avec le Bachelor ? Merveilleux, les autres filles seront furax.

Et tout ça, ce n’est que pour créer plus de drama. La gagnante, elle, a un profil très différent, comme l’expliquait Sarah Gertrude Shapiro, la co-créatrice d’UnREAL au LA Times :

"La fille idéale a du succès professionnellement, doit être réservée, soumise et sexy à la fois… mais pas dévergondée."

Côté coulisses, les marionnettistes semblent dénués de toute émotion, ou plutôt, de toute empathie. En réalité, c’est surtout leur position de pouvoir, l’ascendant sur ces filles qui leur permet, à eux, de choisir, et donc de compartimenter leurs émotions.

Rachel, par exemple, a plus de mal que Quinn à faire la part des choses, mais la série nous laisse entendre que c’est aussi l’expérience qui veut ça. L’insensibilisation prend racine à mesure qu’elles forcent leurs candidates à ressentir des choses et à créer ou exacerber le moindre sentiment.

La féministe et ses Bachelors

UnREAL est un paradoxe. Elle s’engouffre dans ce fossé qui sépare l’image que renvoient les télé-réalités de dating, de la véritable machine qui se met en branle en coulisses. La seule chose qui s’approche de la réalité, elle est là.

D’un côté, l’usine à rêves qu’est cette recherche du Prince Charmant en accéléré et devant les caméras, de l’autre, des personnages féminins forts, complexes, indépendants et en position de pouvoir comme Rachel et Quinn.

Cette contradiction, UnREAL en a tellement conscience qu’elle l’exprime dès sa première scène : les prétendantes sont dans une limousine, toutes pomponnées, prêtes à séduire l’aristo anglais qui les attend, certaines ont envie de pisser…

On découvre alors Rachel, allongée sur le fond de la limousine pour rester hors champ, qui souffle aux candidates les dernières recommandations. Elle arbore un t-shirt sur lequel est écrit "This is what a feminist looks like".

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Le personnage de Rachel est d’ailleurs très inspiré de l’une des co-créatrices de la série, Sarah Gertrude Shapiro, qui fut productrice sur The Bachelor pendant 9 saisons. Cette féministe convaincue s’est retrouvée là un peu par hasard. Malgré sa défiance, une fois le contrat signé, elle a senti le piège se refermer.

"Oh mon dieu, je suis une féministe. Je ne peux pas ! C’était comme l’apocalypse pour moi. C’est comme demander à un activiste vegan de travailler dans un abattoir."

Elle détestait tellement son job, qu’elle est allée jusqu’à dire à son boss qu’elle envisageait de se suicider pour se libérer de ses engagements.

"Alors en 2015, j’ai dit à mon boss que j’allais me foutre en l’air si je ne partais pas."

Mais toujours sous contrat, sa hiérarchie ne voulait pas la laisser démissionner de peur qu’elle aille chez la concurrence. Elle jura alors de quitter la Californie, de ne plus y remettre les pieds (ce qui l’empêcherait de travailler dans le milieu), prit ses cliques et ses claques et partit pour l’Oregon.

Il aura fallu dix ans pour que Sarah Gertrude Shapiro reprenne le chemin des plateaux de tournage d’une télé-réalité… une fausse, cette fois-ci. En 2013, elle crée UnREAL avec la scénariste Marti Nixon.

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Lifetime achète le pilote cette même année et la série est lancée officiellement le 30 juin 2015, prenant tout le monde par surprise. Celle que personne n’avait vue venir, sur une chaîne dont tout le monde se foutait, allait devenir la chouchoute des critiques.

"Si vous aimez The Bachelor, vous adorerez UnREAL. Si vous détestez The Bachelor, vous adorerez UnREAL" résume Dalene Rovenstine, critique séries pour Entertainment Weekly.

L’animateur du vrai Bachelor, Chris Harrison, l’a, en revanche, un peu en travers de la gorge : "C’est de la pure fiction. C’est mauvais, c’est très mauvais" déclarait-il en 2015 à Variety.

Ironie de l’histoire, le personnage de l’animateur dans UnREAL est dépeint comme un pantin ridicule et vaniteux, qui n’a aucune prise sur les événements. Forcément, les premiers concernés n’ont pas dû apprécier, et c’est sans doute là la preuve ultime qu’UnREAL tape dans le mille.

La saison 2 d’UnREAL débutera le 6 juin prochain, avec un nouveau Bachelor, noir de surcroît. Un choix d'autant plus significatif que, dans la réalité, l'émission n'a jamais mis en avant que des hommes blancs. De notre côté de l’Atlantique, c’est NRJ12 (suprême ironie pour une chaîne très connotée télé-réalité) qui vient de lancer la saison 1 depuis le mardi 24 mai.