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Vidéo : comment The Big Bang Theory perpétue l’adorable misogynie du geek

Des clichés, des clichés et toujours des clichés.

Dans une vidéo édifiante, Pop Culture Detective s’attaque à la comédie la plus regardée actuellement aux États-Unis : The Big Bang Theory. Pour bien comprendre le souci, les détectives de la pop culture remontent aux premiers films qui ont mis en scène des personnages de geek, comme Revenge of the Nerds ou Sixteen Candles, sortis tous deux en 1984. Brutalisé dans la jungle du lycée par les sportifs populaires, le nerd est constamment rabaissé pour son look, son physique peu sportif et ses passions manquant de testostérone. Sa masculinité en prend un coup. Il est donc immanquablement drôle et attachant.

Dans ce contexte, sa quête de l’amour (hétéro, bien sûr) prend une tournure comique. Alors on lui pardonne tout et notamment des comportements de harcèlement sexuel. Ils espionnent les femmes dans leur intimité, inventent mille mensonges pour être dans leur vie… Parce que vous comprenez, le pauvre bougre n’a jamais vu une paire de boobs dans sa vie. Et tout ce qu’il veut, c’est de l’amour (enfin, du sexe) !

The Big Bang Theory perpétue ce trope pernicieux à sa façon. Nos quatre geeks ont parfois des comportements touchants vis-à-vis des femmes, explique la vidéo. Malheureusement, ils sont destinés à nous faire oublier toutes les autres séquences qui posent résolument problème. Chacun d’eux présente une facette de cette "adorable misogynie". Ainsi Howard est "le pervers flippant avec un cœur en or". Il harcèle les femmes et les objectifient, se voit comme un prédateur à la recherche constante d’une nouvelle proie. Puis quand il se met en couple avec Berdanette (qui passe du coup le plus clair de son temps à le réprimander, ce qui en fait un personnage assez hystéro), c’est pour devenir le mâle alpha qui refuse toute tâche ménagère.

L’excuse à tout : l’ironie

Passons à Rajesh, "le mec sensible au comportement inapproprié quand il a bu". Moqué pour être le plus efféminé de la bande, Rajesh ne peut pas parler à une femme sans avoir bu ou pris de la drogue dans les premières saisons. Quand il boit un verre, son comportement devient hors de contrôle et extrêmement misogyne. Il se met nu devant une femme qui n’a rien demandé par exemple, ou parle à Penny comme à une servante. Leonard est décrit de son côté comme le "mec gentil et complice". Son personnage est le plus "normal" de la bande, mais cela ne l’empêche pas de se montrer régulièrement complice du comportement de ses potes, les excusant, les encourageant ou se contentant au mieux de lever les yeux au ciel face à leurs réflexions idiotes. C’est le mec pathétique qui n’accepte pas qu’on lui dise non, et finit par avoir la fille à l’usure (Penny le dit elle-même dans une scène).

Enfin, last but not least, Sheldon est "le bigot innocent". S’il est celui qui ne fera pas de blagues salaces sur les femmes et comment coucher avec elle, sa misogynie prend une autre forme toute aussi gênante, beaucoup plus ordinaire. Si le personnage est construit comme étant trop intelligent pour se soucier des sentiments des autres et des comportements sociaux admis, ses piques envers les femmes sont très spécifiques et concernent par exemple les menstruations. La seule femme qui trouve grâce à ses yeux : Marie Curie, qu’il décrit comme "un pénis fait de science".

Alors pourquoi cette série ne fait pas l’objet de critiques récurrentes pour son sexisme me direz-vous ? Parce qu’elle se cache derrière le sceau de l’ironie. C’est-à-dire que les scénaristes, conscients du comportement de leurs personnages, vont souvent (mais pas tout le temps) en faire parler un autre qui pointe mollement du doigt leurs remarques "creepy", avant d’enchaîner sur une autre blague. Ce n’est pas grave, on se moque de ces mecs ! Sauf que cette technique, utilisée depuis la nuit des temps, notamment dans les sitcoms américaines bien puritaines, perpétue les clichés sexistes, homophobes et racistes à peu de frais, et touche une très large audience. L’Américain moyen qui va regarder Big Bang Theory et prendre ces blagues au premier degré comme celui comprend l’ironie. Et au final, la série valide ces clichés sous le prisme de l’humour, au lieu de les remettre en cause. Elle ne prend jamais au sérieux des sujets comme la sécurité des femmes ou le harcèlement sexuel, et excuse constamment l’adorable misogynie de ses quatre héros.

La vidéo se termine par un petit rappel dans la vraie vie à vous faire froid dans le dos : de nombreuses femmes qui travaillent dans l’univers de la tech, notamment à la Silicon Valley, ont été victimes d’agressions sexuelles.