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Vinyl : si le rock était conté par Martin Scorsese

Dimanche, HBO a diffusé le pilote de Vinyl (ce soir sur OCS City), réalisé par Martin Scorsese. Le cinéaste s'est associé à Mick Jagger et Terence Winter pour lancer cette série sur l'industrie du rock dans les seventies. Vous avez dit rockgasm ?

New York, 1973. Terré au fond de sa caisse, défoncé, Richie Finestra se prend un nouveau rail de coke, séparé avec la carte de visite d'un détective de police. Au loin, un son de concert résonne, qui attire tous les gamins du coin.

Les New York Dolls jouent un morceau de rock fiévreux, "Personality Crisis". Richie est en transe, comme le reste de la salle. Il peut commencer à nous raconter son histoire, celle d'un wannabe qui a hérité d'un don précieux pour vivre à fond les 70's : une bonne oreille. Grimpant un à un les échelons de l'industrie musicale, il finit par posséder son propre label, American Century. Mais après avoir raté le deal du siècle avec Led Zeppelin, Richie se trouve dos au mur, obligé de vendre son bébé insolvable au conglomérat allemand Polygram.

Et comme Scorsese est aux manettes, la mafia, qui mettait de toute façon son nez dans n'importe quel business rapportant un peu de dollars, s'invite à la fête.

La dernière fois que le cinéaste s'était encanaillé du côté des séries, c'était pour tourner le pilote de Boardwalk Empire, en 2010, somptueuse série de gangsters au temps de la prohibition, showrunnée par Terrence Winter. On prend les mêmes et on recommence, en y ajoutant Mick Jagger.

Cette légende du rock a apporté bien plus que son propre fils (James Jagger incarne un jeune musicien junkie, précurseur du punk-rock) dans Vinyl, ce supplément d'âme qui donne toute sa crédibilité au show. On aurait donné cher pour se retrouver dans la writer's room, à écouter les anecdotes du leader des Stones.

100 % Scorsese

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Scorsese fait du Scorsese : les fans hardcores du cinéaste s'amuseront à retrouver des plans de ses précédents films, de sa façon de filmer les concerts (dans le docu sur les Rolling Stones, Shine a Light), au narrateur ironique (coucou Les Affranchis et Casino) en passant par les plans de New York by night (Taxi Driver, A tombeau ouvert) ou le passage à tabac d'un pauvre bougre à la batte de base-ball par la mafia (un grand classique).

Les motifs scorsesiens sont ici appliqués à un sujet, la diversité musicale des 70's (blues, soul, disco, garage, punk, glam rock...), que le cinéaste n'avait pas encore pu mettre en scène en fiction. On aurait pu craindre une démonstration de beaux effets cachant une coquille vide, mais toute la technicité de cet artisan hors pair a été mise au service de sa passion pour la musique.

Pour redonner vie à la folie des seventies, il fallait une caméra vibrante et pleine d'idées de mise en scène, mais aussi des interprètes à la hauteur de la tâche.

Bobby the great

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Révélé en gangster sadomaso dans Boardwalk Empire, le génial Bobby Cannavale est de tous les plans. On le suit dans ses hallucinations, ses multiples prises de coke, ses soirées délirantes et ses révélations métaphysiques ou auditives.

Si ce pilote de Scorsese se définit comme un hybride entre série et film (les puristes des deux formats risquent de s'écharper un moment), Richie Finestra est un vrai personnage d'antihéros de série. On a envie de le suivre, lui, sa femme incarnée par Olivia Wilde (trop peu de temps de jeu dans le pilote mais un potentiel certain en ex-girl de la Factory de Warhol), son label et ses employés cocaïnés.

Car Vinyl, c'est aussi une galerie de personnages secondaires hauts en couleur et un second degré très "sale gosse" qui parlera à tous les rebelles qui sommeillent en nous.

Seventies, mon amour

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La série a pris le parti intéressant de mixer réalité (séquence clin d'œil aux fans de Led Zep, vrais groupes évoqués comme Abba, lieux d'époque reconstitués...) et fiction (le label American Century, le groupe The Nasty Bits, etc.). On attend aussi des David Bowie et Buddy Holly fictifs dans les prochains épisodes.

Ce mélange fonctionne car Scorsese et Winter n'ont pas lésiné sur la reconstitution historique du New York de ces années-là. Leur volonté est de dépeindre les mutations de l'industrie musicale à cette époque. Mais pour continuer à nous passionner, le showrunner ne devra pas perdre de vue ses personnages : Richie, Jamie (Juno Temple), la jeune assistante ambitieuse d'American Century, Kip (James Jagger), qui représente l'avenir du rock, et tous les autres.

Vinyl transpire le rock par tous les pores, de ses artisans à ses interprètes en passant par ses hallucinantes scènes de concert. On quitte d'ailleurs le show sur un final incroyable, qui voit les murs se craqueler jusqu'à effondrement total des lieux, métaphore d'un orgasme.

Ce pilote, d'une durée exceptionnelle de deux heures (Scorsese s'est clairement fait plaisir), peut constituer un objet à part entière, une sorte de téléfilm ovni qu'il faudrait regarder en salles pour une immersion optimale. Mais on espère surtout qu'il constitue le prologue d'une série au long cours, sur rien de moins que l'histoire du rock et de la musique américaine.

Note : 5/5