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Et si les vrais amants maudits d’Outlander, c’était Claire et Frank ?

La saison 3 d’Outlander vient de reprendre et plus que jamais, le triangle amoureux formé par Jamie, Claire et Frank laisse transparaître une dure réalité : la véritable tragédie se joue entre ces deux derniers.

Les destins extraordinaires de Jamie et Claire sont certes tragiques mais leur romance s’inscrit dans une fiction totalement fantasmée. Claire et Frank, eux, sont empêtrés dans une réalité bien plus ordinaire : celle de la vie de couple. Et c’est déchirant. Si Outlander sait nous raconter des histoires passionnelles, les batailles épiques de l’Histoire et des amours qui traversent les siècles, la série trouve tout son sel dans l’exploration du quotidien de son héroïne. Claire, tiraillée entre deux hommes et deux époques, reste, où qu’elle soit, un poisson hors de l’eau et une femme à qui il manquera toujours quelque chose. Si ce season premiere choisit de se consacrer à son "retour à la normale" auprès de son mari, et sur le sort de Jamie après la bataille de Culloden, il montre aussi, en filigrane, la douleur de Frank.

Il est facile de ne pas aimer ce personnage qui se place en travers de l’amour indéfectible de Claire et Jamie. Pourtant, Frank est la victime collatérale de la passion obsessionnelle que ces deux-là se vouent l’un à l’autre. Personne n’est gagnant dans cette histoire. Lorsqu’elle revient à son époque, Claire accepte de tirer un trait sur le passé. Ou plutôt, de le taire. Faire semblant, pour préserver l’équilibre fragile de son couple quitte à enfouir tout ce qu’elle ressent. Mais on connaît notre héroïne intrépide, le beau vernis commence vite à se fissurer.

Tabula rasa

Elle tente, avec l’aide de Frank, de repartir à zéro. Une reconstruction vouée à l’échec. Claire croit que Jamie n’a pas survécu à la bataille de Culloden. Une certitude qui pèse lourd sur le cœur de la jeune maman, qui vient de donner naissance à une petite fille. L’épisode s’achève d’ailleurs sur une note douce-amère. Douce, parce que cette enfant est le symbole d’un nouveau départ que les deux époux appellent de leurs vœux, mais aussi terriblement amère car toutes les meilleures intentions du monde ne pourront effacer le fait que la petite Brianna est le fruit de la trahison aux yeux de Frank. Un rappel incessant, pour lui, de l’adultère de sa femme.

Leur histoire, si l’on excepte les voyages temporels évidemment, est celle de millions de couples. Et si la série nous a appris que Claire et Jamie se retrouveraient toujours, malgré les siècles qui les séparent et un océan depuis que celle-ci a émigré à Boston, la trajectoire de Claire et Frank est profondément touchante et ancrée dans la réalité. Aucun des deux n’est véritablement fautif, mais chacun porte ses torts. C’est compliqué, c’est éprouvant, on passe de la tendresse d’une routine (le petit-déjeuner) à la révulsion (elle refuse que Frank la touche) en un clin d’œil.

La série pourrait insister sur le fait que ce sentiment de rejet émane aussi du fait que Claire a été confrontée au monstre qu’est l’ancêtre de son cher mari, l’affreux Jack Randall, son portrait craché. Mais ici, l’aspect fantastique d’Outlander s’efface un instant, pour ne garder que ce couple qui ne se comprend plus mais essaye, encore et toujours, de maintenir sa relation à flot. Une carcasse, voilà ce qu’il reste de leur mariage.

Pour Claire, chaque parcelle de son esprit est occupée par ses années passées auprès de Jamie. Pour Frank, chaque nouveau souvenir agréable qu’ils se créent tous les deux est aussitôt entaché par son infidélité, mais aussi par toutes ces choses qu’elle s’est abstenue de lui raconter (comme la perte de son premier bébé). Chaque révélation est un cruel rappel qu’il sera toujours le deuxième, après Jamie, dans le cœur de Claire.

Claire, l’insoumise

Cet épisode est aussi une représentation fidèle et édifiante de la misogynie de deux milieux en particulier : les intellectuels, comme les nouveaux collègues de Frank, d’éminents professeurs de Harvard, et les médecins auxquels Claire est également confrontée. Si les premiers lui refusent le droit de penser par elle-même, d’avoir une opinion, les seconds vont jusqu’à la priver de son libre arbitre. Avant, elle faisait front avec Frank, il était son île, celui avec qui elle pouvait être elle-même, la femme indépendante et en avance sur son temps qu’elle a toujours été. Mais ça, c’était avant. Elle a désormais quelque chose à se faire pardonner (du moins, à ses yeux), et tend à s’autocensurer pour ne pas nuire à la réputation ou à la carrière de son mari.

À l’hôpital, l’affront se poursuit. L’obstétricien qui doit l’accoucher ne s’adresse à elle qu’en des termes condescendants et paternalistes, et réserve à son mari les informations importantes. Au bloc, c’est pire encore, puisque son consentement n’est même pas pris en compte. Pour une procédure sans complication apparente (si ce n’est une fausse couche dans le passé), elle est pourtant droguée (elle deviendrait hystérique, voyez-vous…) et anesthésiée. Bref, on lui vole son accouchement.

Une odieuse expérience qui réveille, là encore, les traumatismes passés et ravive la douleur d’avoir perdu un premier enfant. On la soupçonne alors de regretter les Highlands où, parmi le clan de Jamie, elle avait réussi à imposer sa personnalité insoumise et parvenait à se faire entendre. Pourtant, là-bas aussi elle a appris à courber l’échine et à tenir sa langue. La seule différence, c’est qu’au XVIIIe siècle, sa survie en dépendait.

Claire et Jamie étant le couple que même quelques centaines d’années ne sauraient séparer, on n’a évidemment qu’une envie : qu’ils se retrouvent enfin. Mais puisque c’est inévitable, prenons aussi le temps d’apprécier la finesse d’Outlander dans le traitement de l’ordinaire, de la vie de couple, ses bleus au cœur et ses petits tracas quotidiens qui asphyxient la complicité, pourtant si belle en saison 1, de Claire et Frank. Les véritables amants maudits de la série, c’est bien eux.

La saison 3 d’Outlander est diffusée en France sur Netflix, au rythme d’un épisode par semaine.