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Dans Dollface, la route vers la sororité est pavée de bonnes intentions (et de gaffes)

Y a-t-il une vie après le couple ?

Si la météo de novembre invite bien à quelque chose, c’est à se recroqueviller sous un plaid devant une série. Et en ces temps compliqués où la voix des femmes rugit autant qu’elle est étouffée, on ne va pas rechigner à décrocher de la grisaille devant Dollface, petite bulle d’humour pop un brin surréaliste. Créée pour Hulu par Jordan Weiss, dont c’est le premier projet en tant que showrunneuse, elle suit Jules, interprétée par la formidable Kat Dennings, une trentenaire complètement paumée et en quête d’épanouissement.

Après une relation de cinq ans avec Jeremy, elle se fait larguer en plein brunch en terrasse. Livrée à elle-même et encore sonnée par la nouvelle, elle emprunte le bus des meufs à la dérive. À sa grande surprise, celui-ci est conduit par une femme à tête de chat (ou de chatte, plutôt). "You’ve never seen an old cat lady before ?" Le jeu de mots est un peu tordu à traduire, mais disons qu’il relève de l’ambiguïté en anglais des termes "vieille femme à chat" et "vieille femme-chat". Est-ce là ce qui attend Jules sans son mec ? Dans le véhicule, des filles en larmes. L’une s’arrête au premier arrêt, destination "rebound guy" (soit un mec random avec lequel on couche pour se remettre d’une rupture). Une deuxième, qui craque, se fait déposer à un autre stop où l’attend celui qui l’a fait pleurer : tout est pardonné.

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Cette séquence fantasmée, et il y en plein d’autres tout aussi savoureuses dans la série, va faire réaliser à Jules une chose essentielle : elle a sacrifié sa bande de copines de la fac au profit (croyait-elle) de son couple. Maintenant qu’elle est seule, littéralement, elle décide donc de renouer avec ses anciennes BFF et de se consacrer davantage à l’amitié entre filles. Une activité bien plus épanouissante, comme on le sait toutes.

Car sous ses airs frivoles, et les adorables grimaces de Kat Dennings, Dollface milite pour un retour à la sororité. Les hommes se font rares dans la série (et ils sont presque tous présentés comme des connards ordinaires), mais c’est parce qu’ils ne sont pas le sujet. Ils sont les saboteurs, et Dollface a décidé de se pencher sur les pots cassés et comment on recrée du lien entre femmes dans l’adversité. Regarder ces quatre filles se serrer les coudes, même si le ton reste très léger, ça fait du bien.

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Mais de là à qualifier Dollface d’hymne au féminisme moderne, c’est un pas que nous ne franchirons pas. Un hymne à la sororité, oui. Mais l’épanouissement de Jules, s’il passe par un réapprentissage des fondamentaux de la camaraderie entre meufs, est aussi un peu gêné aux entournures par la naïveté de la série. Dollface a par exemple choisi de se moquer de l’empowerment au féminin en posant, en guise de figure de proue, une cible facile : Celeste, incarnée par Malin Akerman, est un ersatz de Gwyneth Paltrow et la patronne d’une start-up qui n’est pas sans rappeler Goop. Elle est moquée pour ses fausses convictions, présentée comme une rivale et antagonisée parce qu’elle a du pouvoir et de l’ambition.

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Jules veut devenir une meilleure amie et une meilleure féministe. Mais pour ce dernier point, la série se heurte à une vision passéiste du mouvement. C’est comme si, ces dix dernières années, on n’avait pas produit des tonnes de littératures sociologiques et de gender studies pour dépasser le stade "suis-je une bonne féministe si certaines femmes me sortent par les yeux ?". Sa vision du féminisme est discutable et un peu bas du front, donc on retiendra surtout de la série le cheminement de son héroïne vers l’épanouissement personnel.

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Et celui-ci est essentiellement pavé de brunch entre copines, de solidarité féminine, et de remise en question. Jules va apprendre à moins juger les autres et à sortir un peu de sa zone de confort, ce qu’elle tentera de faire à maintes reprises lors de cette saison 1. On échappe au poncif "mieux vaut être seule que mal accompagnée" et on se focalise vraiment sur les liens qui unissent les femmes entre elles.

Même si elle reste très hétéro-centrée, Dollface dissèque avec beaucoup d’humour et de fantaisie les relations amicales féminines. Petit bonus : on retrouve, dans son petit cercle, deux anciennes actrices de Crazy Ex-Girlfriend, Vella Lovell et Esther Povitsky, ainsi que Shay Mitchell, de Pretty Little Liars. Cette série, c’est un peu comme la boisson préférée de ces bruncheuses endimanchées, le mimosa : le féminisme, comme le champagne, est vraiment là pour faire joli plus que pour le goût, mais l’ensemble est suffisamment pétillant, frais et fruité pour qu’on en redemande.

Par Delphine Rivet, publié le 22/11/2019

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