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Pour la première fois depuis dix ans, le nombre de séries diffusées a baissé en 2020

Publié le

par Marion Olité

© Netflix

La pandémie mondiale a eu raison du Peak TV.

Depuis 2010, John Landgraf, le CEO de la chaîne câblée FX, produit une analyse annuelle du volume total des séries originales scriptées, diffusées aux États-Unis sur les chaînes de broadcast (classiques, équivalent chez nous des chaînes hertziennes et TNT), les chaînes câblées (similaires à Canal+ ou OCS) et les plateformes (Netflix, Amazon Prime, Disney+…). Cela lui a permis de prévoir une forte tendance, celle de la production exponentielle de séries entraînée par la révolution du streaming, et de créer ce fameux concept de "Peak TV", ce moment où la production sérielle aura atteint un pic et ne pourra que redescendre.

S’il était prophétisé dans quelques années, suite à une stabilisation de la concurrence féroce entre les plateformes (2019 et 2020 ont vu arriver dans le game Disney+ au niveau mondial, HBO Max ou Peacock aux States, pour ne citer qu’elles), ce pic a finalement été atteint en 2020.

C’est que John Landgraf n’avait pas vraiment prédit l’arrivée du Covid-19. Le rapport annuel de FX-Disney (la firme qui détient la chaîne câblée) observe ainsi, pour la première fois depuis le début du comptage en 2010, une baisse de 7 % du volume total des séries télévisées originales scriptées, passant de 532 en 2019 (record absolu pour le moment) à 493 en 2020.

© Variety Insight/Variety Intelligence Platform Analysis

© Variety Insight/Variety Intelligence Platform Analysis

© Variety Insight/Variety Intelligence Platform Analysis

© Variety Insight/Variety Intelligence Platform Analysis

 

Voici un autre graphique affichant le volume total de production sérielle et son évolution en dix ans :

© FXResearch

Cette baisse s’explique évidemment par la pandémie mondiale qui a ralenti, stoppé ou annulé certaines productions. Entre les coûts de production qui ont augmenté pour offrir un plateau de tournage respectant les nouvelles mesures sanitaires, les bouleversements du côté des plannings de diffusion et la disponibilité des talents (dont les tests positifs au Covid ont aussi pu stopper ou ralentir un tournage), plusieurs séries dont les saisons étaient attendues – comme GLOW, The Order ou I Am Not Okay with This, chez Netflix – se sont vues annulées définitivement, tandis que d’autres ont été renouvelées pour une ultime saison raccourcie (Les Nouvelles Aventures de Sabrina a fait ses adieux avec une partie 4, The Bold Type va suivre…).

Ce Peak TV atteint serait donc plutôt un leurre, une erreur de parcours. Les prévisions des spécialistes annoncent le retour d’une courbe ascendante en 2021 ou 2022, le monde du divertissement faisant encore face cette année aux ravages du Covid-19. En 2018, les plateformes ont pris le pas sur les chaînes classiques, devenant les premières fournisseuses de séries. Pandémie oblige, ce mode de diffusion – ainsi que le mode de consommation désormais dominant du binge-watching – est plus que jamais celui des années 2020. Chaque plateforme continue donc à acheter et à développer de façon agressive des séries originales (le terme est un peu ironique, la production comptant actuellement plus de reboots ou d’adaptations de livres et jeux vidéo que de scripts purement originaux, mais c’est un autre débat) pour les années à venir. Avec à l’horizon 2022-2023, l’arrivée de gros blockbusters, comme le prequel de Game of Thrones, House of the Dragon, des séries dérivées du Seigneur des anneaux ou de Harry Potter.

La course au streaming est devenue la priorité numéro 1 pour les titans des médias, qui imaginent de nouvelles cohésions entre leurs plateformes et leurs chaînes télé (ou entre leurs plateformes et les salles de cinéma pour les films avec, par exemple, la mise en ligne de Wonder Woman 1984 sur HBO Max en même temps que sa sortie en salles). Netflix reste à des années-lumière de ses concurrentes. Son volume total de séries proposées en 2020 est d’ailleurs en augmentation et culmine à 325 (contre 314, en 2019). La plateforme pionnière représente, à elle seule, plus de la moitié de la production sérielle actuelle. Une telle concentration interroge aussi d’un point de vue artistique : la firme est en train de modeler les séries et le goût de son public à son image. Pour le meilleur et pour le pire.

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