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American Horror Stories effectue un retour aux sources divertissant à la Murder House

Publié le

par Marion Olité

©FX

Alors, que vaut ce spin-off de la série horrifique que l’on ne présente plus ?

Il est conseillé d’avoir visionné les deux premiers épisodes d’American Horror Stories avant de lire cet article, qui contient des spoilers.

Après un long hiatus suite à la pandémie mondiale, la série horrifique culte est de nouveau prête à nous faire frissonner, et plutôt deux fois qu’une ! En attendant la diffusion de la saison 10 d’American Horror Story, programmée pour la rentrée sur FX, Ryan Murphy et Brad Falchuk nous ont concocté un spin-off, sobrement baptisé American Horror Stories. Lancé le 15 juillet dernier sur la plateforme FX de Hulu, la nouvelle anthologie d’horreur revisitera l’univers de la série mère, en proposant un format bouclé par épisode. Et pour son pilote, elle transgresse déjà son propre format puisque les scénaristes prennent deux épisodes pour nous ramener dans la fameuse Murder House – lieu mémorable des atrocités de la saison 1 de AHS.

Dans "Rubber(wo)Man – Parts One and Two", on suit les péripéties d’une nouvelle famille, composée d’un couple gay, Michael et Troy Winslow (Matt Bomer et Gavin Creel, si parfaits qu’on aimerait les avoir en papas !), et de leur fille adolescente, Scarlett, alors qu’ils emménagent dans la maison des horreurs. Mais cette fois, la tribu ne débarque pas ignorante des histoires glauques qui ont émaillé les lieux. "Les gens adorent avoir peur", expliquent les deux époux à leur fille, pas franchement ravie à l’idée de vivre dans ces murs (on la comprend !). Hermétiques à tout mysticisme, ils ont un business plan à toute épreuve : faire de la bâtisse une attraction horrifique, puisque les gens sont assez bêtes pour croire aux fantômes. Évidemment, rien ne va se passer comme prévu. Un postulat méta, qui tient compte des événements qui se sont déroulés voilà une décennie.

© FX

Le récit adopte le point de vue de l’adolescente, Scarlett, incarnée par la charismatique Sierra McCormick. Plutôt isolée au lycée et prise pour cible par une clique de mean girls qui la pense (à raison) lesbienne, la jeune femme semble donc être la victime de cette histoire. Mais comme souvent dans les séries de Ryan Murphy, les victimes d’hier peuvent rapidement devenir les bourreaux de demain. Et les monstres sont partout, chez l’autre mais aussi à l’intérieur de nous. C’est ce que nous raconte ce premier épisode bien rythmé, divertissant et qui devrait satisfaire les amateurs et amatrices du genre horrifique postmoderne (les références fusent, de Scooby-Do à Amityville). Et puis comme attendu, AHStories effectue plusieurs références à sa grande sœur, à commencer par le retour de ce fameux costume noir en latex, inspiré de l’imaginaire SM et qui renvoie au grand méchant de Murder House, le "rubber man". Mais cette fois, les scénaristes ont misé sur l’inversion des genres en mettant en scène une femme tueuse qui possède quelques points communs avec une certaine Ratched, autre production du Murphyverse dans laquelle l’héroïne est une tueuse lesbienne, dont les actes sont justifiés par une injustice initiale.

Il plane aussi sur ce "Rubber Woman" un air de Scream 4 dans la façon de mettre en scène une génération Z biberonnée aux réseaux sociaux et obsédée par son image. Filmer une personne à son insu devient si facile que le harcèlement, qui se limitait aux murs du lycée il y a 15 ans, poursuit désormais les victimes sur internet, en prenant la forme du cyberharcèlement. Cela étant dit, ce discours sur la superficialité d’une génération qui dispose de beaucoup trop d’outils pour se mettre en scène pour son propre bien commence à dater et trahit un peu l’âge des scénaristes. Reste que ce spin-off, comme son modèle, pose des questions dérangeantes sur la sexualité : que doit faire Scarlett de ses désirs sexuels, qui impliquent la souffrance de l’autre ? La présence d’une psy (incarnée par Merrin Dungey) – figure récurrente de l’univers de American Horror Story – apporte aussi un peu de profondeur dans la réflexion, sur ce que les endroits dark comme la Murder House, font à notre psyché. Sans trop en dévoiler, la fin de l’épisode, assez glaçante, aurait pu (dû ?) constituer la conclusion de ce récit. Mais non.

©FX

On aurait franchement pu se passer du deuxième épisode, qui nous embarque du côté camp de la force, façon Scream Queens. Non pas qu’on soit contre un peu d’over the top, mais le décalage devient trop important avec le premier segment. Scarlett s’est en effet entichée d’une adolescente fantôme et psychopathe, Ruby (incarnée par Kaia Gerber), qui "veille" sur elle à sa façon dans la Murder House. On vous passe les innombrables twists et quelques jumpscares toujours appréciables (on est venu·e·s pour ça, après tout !) L’histoire prend une tournure davantage parodique que purement horrifique, là où le premier épisode maintenait une tension dramatique bien plus forte. Si on se marre devant le décalage entre les problèmes des adolescentes (dans le rôle de la nice girl qui peut virer peste, Paris Jackson remplace Emma Roberts avec un certain talent) et le fait qu’elles sont tout de même des tueuses sanguinaires, et qu’une bonne partie de ce beau monde est queer (ça fait toujours plaisir !) le récit n’a bientôt plus ni queue, ni tête. Alors, quelles leçons retenir de ce grand n’importe quoi ? Que les femmes queers aussi peuvent être violentes ? Les psys fantômes sont aussi efficaces que les psys vivants ? Une tueuse psychopathe a bien le droit de vouloir un avenir ?

Non, vraiment, difficile de discerner dans cette deuxième partie autre chose qu’un exercice de style, celui de superposer au genre horrifique une romance queer entre deux ados. Le sérieux avec lequel est traitée cette relation entre en collision avec le grotesque de la situation (Ruby tue les deux papas de Scarlett pour qu’elle reste dans la Murder House, cette dernière finit par l’apprendre et lui… pardonne ?!) pour un résultat absurde, qui donne certes quelques scènes camp savoureuses, mais nous rappelle aussi la vacuité de AHS: 1984, perdant en intérêt à mesure que les tueur·se·s se multipliaient – pour être à la fin plus nombreux·ses que les victimes ! Vous l’aurez compris, ce deuxième épisode était de trop. Espérons que la suite d’American Horror Stories gagne à avoir un récit plus ramassé, avec une histoire, comme promis, bouclée sur un épisode. Et qu’elle ne soit pas non plus constituée de recyclage de vieux scripts de AHS non exploités. Ce qu’on soupçonne tout de même ici fortement !

 En France, la première saison d’American Horror Stories est disponible sur Star, accessible via le service Disney+. 

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