© Arte / France TV Slash / Milgram

Amours solitaires est la rom-com épistolaire 2.0 qu'on mérite

Malgré son format court, cette web-série hexagonale parvient à dire beaucoup de choses sur les rouages de l'amour au XXIe siècle.

L’amour, de nos jours, c’est souvent une affaire de pixels. Si les rendez-vous galants "à l’ancienne" existent encore bel et bien, les élans sentimentaux se font de plus en plus virtuels, à travers les textos, les messages privés, les réseaux sociaux. La romance n’est pas morte, non, elle a simplement mué. C’est exactement ce que veut nous faire comprendre Amours solitaires, la web-série adaptée du livre éponyme de Morgane Ortin, lui-même inspiré du compte Instagram à succès de cette dernière.

Composée d’une vingtaine de micro-épisodes (chaque volet ne dépasse pas 3 minutes), cette coproduction française narre l’idylle florissante entre Maud et Simon, deux vingtenaires qui flirtent et jouent de leurs charmes par écrans interposés.

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La web-série jouit d’un dispositif de diffusion atypique puisque chaque épisode comporte deux versions : la première, filmée de manière traditionnelle en 16/9, est disponible aussi bien sur la plateforme France TV Slash que sur le site d’Arte. Pour la seconde, plus immersive dans le sens où l’action nous est montrée à la verticale grâce à la caméra des smartphones de nos deux tourtereaux, il faut se rendre sur le compte @arte_asuivre.

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"On s’est fixé un dogme dès le début, nous explique Joris Goulenok, scénariste d’Amours solitaires. C’est qu’on ne touche pas aux messages du livre. Ce sont des témoignages de vrais gens, on ne les modifie pas." Car oui, le moindre texto qu’envoie Maud à Simon, et vice-versa, fait partie des nombreuses captures d’écran reçues par Morgane Ortin depuis la création de son compte en 2017, qui cumule près de 783 000 abonné·e·s.

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"Dans le livre de Morgane, il y avait une histoire déjà dedans qui se dégageait, mais les possibilités en termes de psychologie des personnages étaient énormes", atteste le scénariste. En effet, les personnages principaux ont été pensés à travers des messages collectés. C’est ainsi que sont donc nés Maud et Simon, porte-étendards d’une modernité rafraîchissante et bienvenue. 

D’une part, le personnage de Simon est aux antipodes de ce qu’on pourrait attendre. Si, lors de leurs premiers échanges, Maud est plus que partante pour l’inviter dans ses draps, le jeune homme se montre plus réticent et préfère ralentir la cadence. On est loin du cliché du coureur de jupons, prêt à sauter sur la moindre occasion pour tirer son coup. "C’est une volonté d’auteur, nous avoue Joris Goulenok. Je trouvais plus intéressant de dire qu’un homme de cet âge-là est plein de doutes alors qu’on peut s’imaginer qu’il collectionne les conquêtes. Il y a plein de jeunes hommes qui n’ont pas tout à fait confiance en eux, notamment sexuellement. Je trouvais que c’était un personnage plus contemporain, c’était un propos que j’assumais plus."

De son côté, Maud, elle, semble être victime d’une modernité contrainte. Au gré de leurs premières discussions, elle fait mine de se ficher des étiquettes et fait preuve d’ouverture d’esprit lorsqu’ils parlent polyamour et relations ouvertes. Puis, quand elle voit Simon flirter innocemment avec une autre fille à une soirée, Maud se ravise, attestant que, malgré ses efforts pour être plus open, elle reste attachée à une certaine idée exclusive du couple. C’est bien là l’un des paradoxes de notre jeune génération, tiraillée entre deux époques distinctes et, de fait, entre deux façons de séduire et d’appréhender l’amour.

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© Arte/France TV Slash/Milgram

Dans son ensemble, Amours solitaires dépeint une façon de se courtiser qui appartiendrait à un autre temps. C’est "une version moderne de la relation épistolaire, de la lettre d’amour", comme le reconnaît son scénariste. De par les mots doux qu’ils se font parvenir épisode après épisode, Maud et Simon jouent avec la langue française, celle de l’amour pour beaucoup, et font preuve d’inventivité pour se séduire. Mais si nos amoureux transis ont troqué le papier à lettres pour les interfaces de leurs portables, la web-série n’omet pas de souligner les travers de la technologie.

Être constamment dans l’expectative lorsqu’un SMS peine à arriver, la difficulté de faire le deuil d’une relation quand on voit ses posts inonder notre flux Instagram… Les inconvénients sont pluriels. "Montrer les mauvais côtés, ce n’était pas vraiment une volonté, concède Joris Goulenok, mais on s’est dit qu’il fallait exploiter toutes ces choses-là qu’on a tous connues."

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Résultat des courses, Amours solitaires est ce qu’une série comme Plan cœur aurait pu être dans le sens où elle véhicule un propos solide et authentique sur l’amour, sur les exaltations qu’il procure et les doutes qu’il fait émerger. Aussi innovante sur le fond que la forme, cette œuvre singulière réussit à dire beaucoup de choses en un court laps de temps. C’est une de ces séries qu’on a envie de mettre dans le petit coin à part – les vrai·e·s saisiront la référence.

Réalisée par Xavier Reim et produite par Milgram, Amours solitaires est diffusée depuis le 6 avril sur Arte et France TV Slash.

Par Florian Ques, publié le 17/04/2020