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Archive 81 : terreur sur les bandes magnétiques dans la nouvelle pépite horrifique de Netflix

Publié le

par Adrien Delage

La nouvelle série d’horreur de Netflix, inspirée d’un podcast de légendes urbaines, réveille avec brio les arcanes de The Ring.

Archive 81 : terreur sur les bandes magnétiques dans la nouvelle pépite horrifique de Netflix

Ⓒ Netflix

À chaque mois sa nouvelle série d’horreur sur Netflix. Pour inaugurer l’année 2022, la plateforme de streaming a mis en ligne un sérieux candidat avec Archive 81, basé sur un podcast éponyme américain. Les animateurs Daniel Powell, Marc Sollinger et Amelia Kidd y racontent une histoire d’horreur fictive, dans laquelle un jeune archiviste met la main sur des cassettes au contenu étrange et mystérieux. L’adaptation du podcast a été confiée à la showrunneuse Rebecca Sonnenshine (The Boys, Outcast), tandis que le réalisateur James Wan (la saga Conjuring) est présent à la production.

La série reprend le pitch original d’Archive 81. Dan est un archiviste spécialisé dans la reconstitution de vieilles cassettes et VHS pour le compte d’un musée. Un jour, il est engagé par un énigmatique homme d’affaires qui cherche à en apprendre plus sur le Visser, un immeuble résidentiel au sombre passé. Pour comprendre les événements qui s’y sont déroulés, Dan doit retaper des cassettes brûlées au cours d’un incendie, qui ont servi de reportage pour la thèse d’une étudiante dans les années 1990. À travers ces témoins magnétiques, Dan fait ainsi la rencontre de Melody Pendras et son enquête au sein du bâtiment, qui a filmé des images terrifiantes qui pourraient bien mettre la vie de l’archiviste en danger.

À la croisée de The Ring et Videodrome

Ⓒ Netflix

En quelques années, Netflix s’est imposée comme l’une des plateformes les plus généreuses en termes d’horreur. Le géant américain multiplie les projets de genre à l’étranger et en France, de Marianne à Ghoul en passant par la virtuose The Haunting of Hill House. Avec Archive 81, elle explore une forme d’horreur plus contemporaine (et surtout tendance), inspirée de légendes urbaines et autres creepy pasta nées sur la Toile. La mise en scène, qui associe mouvements de caméra contemplatifs et found footage grésillant est le témoin de cette union entre passé et présent du cinéma d’horreur mais aussi d’une volonté de rendre hommage au podcast original.

La série se découpe dans l’ensemble en deux parties : l’observation de la vie de Dan, qui découvre le reportage de Melody et inversement, comme les deux faces d’une pièce. Car en réalité, plus l’archiviste se plonge dans le récit de la jeune femme, plus une forme d’interaction semble naître entre les deux malgré les années qui les séparent. Archive 81 joue principalement sur cette tension fantastique finalement très méta, qui fonctionne à merveille dès les premiers épisodes grâce à une ambiance franchement pesante et angoissante, digne héritière des productions made in James Wan.

L’adaptation pioche dans des références emblématiques du genre, notamment le cinéma d’horreur japonais et de David Cronenberg. On pense d’entrée à The Ring, qui a traumatisé les Millenials au début des années 2000, avec ses images d’archives dérangeantes et subliminales. Comme dans le film d’Hideo Nakata, Dan assiste terrifié à des formes cauchemardesques qui tentent de s’échapper des cassettes. Dans le même genre, Archive 81 évoque également le cultissime Videodrome de Cronenberg, où le personnage incarné par James Woods assistait impuissant à une série de meurtres filmés.

Ⓒ Netflix

Déjà très fidèle dans sa narration, l’adaptation s’appuie aussi sur le podcast d’origine avec des influences du soft horror tirées des années 1990. Les créateurs d’Archive 81 citent régulièrement Twin Peaks et X-Files comme références, avec une idée de mondes parallèles et d’enquête antéchronologique qu’on retrouve dans la série. L’immersion est franchement réussie, si bien que la paranoïa grandissante de Dan nous gagne à mesure qu’il visionne les cassettes. On peut d’ailleurs saluer la performance de Mamoudou Athie (Sorry for Your Loss) et Dina Shihabi (Altered Carbon), les deux interprètes principaux, qui nous font vibrer et frissonner tout au long de la saison.

En sous-texte, la série explore notre rapport aux images et à la surconsommation de ces dernières, qui pousse parfois l’inconscient à y voir ce qu’on désire y voir, justement, et à jouer avec notre imaginaire. Difficile de dire dans les premiers épisodes si la dépression et la solitude de Dan ne sont pas à l’origine de son angoisse, où s’il survient vraiment des événements paranormaux dans et en dehors de la caméra de Melody. Un mystère à élucider tout au long de la saison plutôt basique mais très efficace, qui vous vaudra quelques sursauts tant le suspense est bien dosé dans la série.

On retiendra enfin d’Archive 81 son travail très convaincant sur le son, et notamment la bande originale de la série composée par Geoff Barrow et Ben Salisbury. Parasite, glaçante et dissonante, elle symbolise la perte de contrôle de Dan sur son investigation et sa santé mentale. Les deux compositeurs ont vraisemblablement associé des sons de bandes magnétiques pour former la plupart de leurs tracks, pour une sensation d’immersion galvanisée. Archive 81 est en définitive une belle surprise horrifique, qu'on a hâte de retrouver dans une potentielle saison 2, en attendant le retour du messie de l’horreur sur Netflix, Mike Flanagan.

La première saison d’Archive 81 est disponible en intégralité sur Netflix.

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