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Dans Avenue 5, Hugh Laurie est perdu dans l’espace (et nous aussi)

Ohé ohé capitaine abandonné...

Armando Iannucci est un scénariste qui aime par-dessus tout nous raconter l’incompétence des employés et de leurs dirigeants, à tous les rangs de la bureaucratie et des positions de pouvoir. Il ne déroge pas à la règle ici avec Avenue 5, lancée sur HBO ce 19 janvier (et le lendemain sur OCS chez nous) où le capitaine d’un navire de croisière spatiale, Ryan Clark (Hugh Laurie) doit gérer une crise majeure. Ce dernier se rend compte, au moment où il en a le plus besoin, que son équipage est constitué d’une bande de bras cassés. Idem pour la base de commandement, sur Terre, complètement dépassée par les événements. Et on ne vous parle même pas d’Herman Judd (Josh Gad), le milliardaire propriétaire du vaisseau qui est à bord, aussi ignorant qu’arrogant, et totalement materné par son associée Iris Kimura (Suzy Nakamura).

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Si luxueux soit le service à bord de l’Avenue 5, tout le fragile et clinquant vernis va se mettre à craquer quand un problème technique va condamner l’équipage et les passagers à errer dans l’espace jusqu’à un retour sur Terre prévu pas avant 3 ans. Voire 5 ans, ça dépend des pronostics. Les clients commencent à se rebeller et à demander des explications, et le capitaine est en première ligne pour recevoir, sans trop broncher, les doléances de chacun. Il trouve une alliée de taille en la personne de Billie (Lenora Crichlow, vue dans Being Human, version UK), brillante ingénieure mécanicienne. Mais il ne prendra vraiment la mesure de la mouise dans laquelle il se trouve qu’après une révélation pour le moins choquante sur son équipage. Tout ce qu’on peut dire, c’est que le reste du voyage va être mouvementé.

Après quatre épisodes, Avenue 5 n’a hélas pas encore trouvé son rythme de croisière. Pour sa défense, elle arrive, dans la filmographie d’Armando Iannucci, juste après la fin de Veep, soit l’une des meilleures comédies satiriques de la décennie. Avant cela, il avait aussi pondu, en Grande-Bretagne, The Thick of It, autre bijou d’humour noir sur l’inaptitude des gens qui nous gouvernent, avec Peter Capaldi dans le rôle du témoin pas franchement privilégié du marasme administratif. Les points communs entre les personnages principaux de ces deux séries : Malcolm Tucker et Selina Meyer ont tous deux des responsabilités qui les dépassent, sont misanthropes, entourés d’incompétents, et piquent régulièrement, de facto, des crises de rage à en faire trembler les murs. 

Dans Avenue 5, le motif qui a pourtant fait éclater le génie de Iannucci au grand jour, ne se répète pas. Ce qui expliquerait que la magie soit, pour l’instant en tout cas, absente de sa nouvelle série. Certes, le Capitaine est une figure d’autorité, et ne peut visiblement pas se fier à son équipage, mais Hugh Laurie campe ici un héros loin d’être aussi acerbe que ses prédécesseurs. Où sont les répliques assassines qui ont fait la gloire de Veep ? Et on attend toujours notre bonne grosse crise de nerfs… Loin de nous l’idée de vouloir limiter le showrunner à ces gimmicks, mais force est de reconnaître que ce qui fonctionnait avant, c’était sa capacité à nous faire aimer des héros ou héroïnes humainement détestables juste parce qu’ils étaient cernés par des idiots. La morale a de quoi faire grincer des dents : on préférera toujours un connard qui en bave à des imbéciles qui essaient de bien faire.

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Pour ce qui est d’Avenue 5, les personnalités ont pour l’instant plus de mal à se dessiner. Le capitaine a un syndrome de l’imposteur assez prononcé, et très vite expliqué dans la série ; Billie est vaillante et très qualifiée (dans les limites de ses compétences bien sûr) ; les passagers qu’on croise sont hyper irritants ; Matt Spencer (Zach Woods, vu dans Silicon Valley), chargé des relations clients est aussi "cringe" qu’inutile ; et enfin, Herman Judd, le gros bébé milliardaire, a l’air d’exister dans une autre série tant il est cartoonesque. Si l’ensemble peut nous arracher quelques sourires, et que certains gags font mouche, Avenue 5 reste bien tiède, comme si le showrunner, au lieu d’appuyer à fond sur l’accélérateur, préférait retenir son engin.

Si la curiosité l’emporte heureusement sur l’ennui, c’est d’abord grâce à son cast exemplaire. Hugh Laurie, qui s’était précédemment illustré dans le registre de l’humour avec Veep, s’est d’abord fait connaître dans son pays natal, l’Angleterre, avec le duo comique qu’il formait avec son ami Stephen Fry, Fry and Laurie, dans les années 80/90. Les archives vidéos de leurs performances qui traînent sur YouTube valent leur pesant d’or. Qu’il adopte l’accent américain ou conserve le sien, c’est de toute façon toujours un plaisir de revoir l’acteur, tellement à l’aise dans le genre de la comédie. Et bien sûr, même si on espère une écriture bien plus vive et percutante de la part d’Armando Iannucci, on se surprend à être magnanime : il peut encore sauver le capitaine Ryan et Avenue 5.

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La saison 1 d’Avenue 5 est diffusée, à raison d’un épisode par semaine, sur OCS.

Par Delphine Rivet, publié le 23/01/2020