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Barbares sur Netflix, un péplum sanglant et allemand à l'époque romaine

Publié le

par Adrien Delage

Ⓒ Netflix

La nouvelle série allemande de Netflix revisite un événement phare de la Rome antique avec une bonne dose de drama.

Devenue terre d’expression hétéroclite pour les scénaristes européens, Netflix nous réserve désormais chaque mois des séries étrangères ô combien intrigantes. Parmi les plus plébiscitées par ses abonnés, les créations allemandes n’ont plus rien à prouver, tant leur aura est grande sur la plateforme. On pense bien évidemment à Dark, prouesse de narration et d’esthétisme SF, à l’absurde et irrésistible How to Sell Drugs Online (Fast) ou encore à Biohackers, étrange ode d’anticipation à la jeunesse scientifique. Dans cette offre éclectique, Netflix revient ce mois d’octobre avec Barbares, un péplum sanglant se déroulant à l’époque de la Rome antique.

La série débute précisément en l’an 9, alors que César et ses légions occupent une grande partie de l’Europe, dont la Germanie. Les tribus locales vivent sous l’autorité de l’Empire romain, toujours plus gourmand avec ses lourds tributs en vivres demandés à chaque village. Les Chérusques, une puissante nation germanique, s’opposent régulièrement à l’hégémonie romaine, jusqu’au jour où le jeune Flavus prend le risque de voler une enseigne légionnaire dans un camp ennemi.

Le général Varus et ses troupes vont alors le pourchasser dans tout le pays, quitte à massacrer des innocents en cours de route pour laver leur honneur. Barbares retrace notamment la bataille de la forêt de Teutobourg, l’un des plus cinglants échecs de Rome dans sa conquête européenne.

Un drame historique à la croisée de Vikings et GoT

Ⓒ Katalin Vermes/Netflix

S’il a connu un renouveau au cours des années 2000, le péplum est loin d’être un genre populaire à la télévision ces dernières années. Starz avait proposé sa version pulp avec Spartacus, et HBO son naufrage prestigieux et exorbitant avec Rome. Barbares se situe plus ou moins à la frontière entre les deux : les batailles sont sanglantes mais pas ouvertement gores, les scènes de sexe ne sont pas aussi sulfureuses que dans la série de Bruno Heller et le show de Netflix mise davantage sur le soap, avec une bonne dose de drama et de coups bas politiques, qui ne sont pas sans rappeler une certaine Game of Thrones.

Barbares ne s’attarde pas trop sur le contexte historique de l’époque romaine et préfère tirer de son récit une narration dynamique. Bien produite, la série enchaîne les séquences d’action et de suspense pour favoriser le visionnage boulimique avec efficacité, en se concentrant sur une poignée de personnages au destin tragique. On se prend rapidement d’affection pour Arminius, légionnaire romain né chérusque mais vendu par son père pour former une alliance de paix avec les Romains. Notre héros se retrouve tiraillé entre deux mondes violents, rejeté par les siens et moqué par sa nouvelle famille belliqueuse et autoritaire.

Le show évoque également les premières (et meilleures saisons) de Vikings, avec une mise en scène composée d’imageries lyriques, voire métaphoriques. On y trouve des séquences fortes qui rappellent la torture de l’aigle de sang, ainsi qu'une volonté narrative de mélanger fiction et histoire pour créer un drame percutant. La plupart des personnages présents sont des figures historiques (Varus, Arminius, Thusnelda) judicieusement choisies, puisque leur parcours symbolise une certaine image de la Rome antique sans user à foison d’outils pédagogiques. Comprenez ici que les récits des livres d’histoire sont respectés, sans pour autant que les scénaristes plombent leur série avec un trop-plein de didactisme. 

Ⓒ Katalin Vermes/Netflix

On appréciera aussi la force de Netflix pour révéler de jeunes talents à travers ses créations originales. On pense à Jeanne Goursaud, l’interprète de Thusnelda, qui (sans trop en dévoiler) se transforme en femme guerrière féroce et indépendante, militante de sa propre vision du monde. On y voit l’inspiration de personnages féminins puissants de ces dernières années, Lagertha et Daenerys en tête. Si Barbares reste avant tout une histoire de virilité et d’egos masculins, il se dégage une certaine forme de poésie et d’ode à la liberté dans son contexte de révolution.

Évidemment, Barbares n’est pas parfaite et souffre parfois de certains tropes liés au péplum. Dans certains épisodes en deçà, elle tombe dans des intrigues soapesques kitsch au possible, si bien qu’on s’ennuie en cours de route. D’autres spectateurs pourraient également lui reprocher une certaine hypocrisie vis-à-vis de l’utilisation de sa violence, parfois suggérée pour créer de la tension, d’autre fois explosive sans autre raison que de jouer la carte du spectaculaire. C’est comme si la série n’assumait pas pleinement son statut historique, oubliant que le terme "barbare" du titre s’applique autant pour les tribus germaniques que pour l’Empire romain.

En construisant avec réussite une dramaturgie shakespearienne, faite de trahisons et de revanches dans un péplum moderne, Barbares démontre encore une fois la richesse de la création allemande. Si la série ne restera pas aussi inoubliable et puissante que Dark, elle propose un récit intense et captivant, qui se termine sur un cliffhanger haletant appelé à se transformer en une deuxième saison. Barbares revisitera-t-elle par la suite le déclin puis la chute de l’Empire romain suite à la bataille décisive de Teutobourg ?

La première saison de Barbares est disponible en intégralité sur Netflix.

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