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À rattraper : Better Things, la meilleure série familiale que vous ne regardez pas

Armé d'un réalisme implacable, le bijou singulier de Pamela Adlon émoustille autant qu'il prend aux tripes. Ne passez pas à côté.

Quand on évoque le sujet des séries familiales, l’opinion commune veut qu’on pense à des titres mainstream larmoyants comme This Is Us ou à des sitcoms bien rétro, telles que La Fête à la maison ou encore Ma famille d’abord. Entre ces deux extrêmes trône Better Things. Une œuvre sur la famille, oui, mais qui réussit depuis 2016 à jongler habilement entre portrait émouvant et chronique désopilante. Elle affiche quatre saisons au compteur (la quatrième est actuellement en diffusion outre-Atlantique, en US+24 sur MyCanal) et il n’est pas trop tard pour la (re)découvrir.

Pensée par Pamela Adlon et Louis C.K. (qui, précisons-le, a pris ses distances avec la série suite aux accusations d’abus sexuels faites à son encontre), Better Things décortique les vicissitudes qui arrivent à Sam Fox, une mère célibataire, essayant tant bien que mal de concilier son job d’actrice avec l’éducation de ses trois filles. Il y a donc Max, l’aînée, ado en crise archétypale qui cherche un sens à sa vie. Frankie, la cadette au look androgyne, fascinée par les enjeux sociétaux et le monde dans son ensemble. Et enfin Duke, la petite dernière, adorable au possible.

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La spécificité de Better Things, là où elle se distingue d’emblée des séries classiques, c’est qu’elle n’a pas de storyline à proprement parler. Alors oui, il y a des thèmes généraux qui empreignent les épisodes, comme la sororité ou le vieillissement. Malgré ça, il n’y a pas d’arcs narratifs comme on peut en trouver dans bon nombre d’autres fictions du petit écran. La série s’apparenterait plutôt à une collection de vignettes, d’instants éphémères qui se juxtaposent les uns aux autres.

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De prime abord, c’est cette dimension désordonnée qui confère à Better Things une authenticité somme toute assez rare sur la petite lucarne. Rien n’est jamais trop gros, trop mélodramatique. Chaque scène est mesurée et paraît pourtant si spontanée. Sa force réside aussi dans l’écriture de ses personnages, qui héritent de nuances supplémentaires à chaque nouvelle scène.

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Ses meilleurs passages sont inexorablement ceux où Sam, la mère, est entourée de ses trois filles dans une même pièce. Elles se chamaillent, haussent le ton, s’insultent parfois et la seconde d’après, rigolent de bon cœur et partent dans des délires toujours plus fous. Bien que fabriqué grâce à un scénario, le lien qui les unit semble tout sauf artificiel. On aurait presque l’impression d’être face à un documentaire, grâce notamment à la caméra intimiste de Pamela Adlon – qui, en plus d’être cocréatrice et actrice principale, réalise tous les épisodes de la série depuis la deuxième saison.

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Better Things sait aussi être plus qu’une série sur quatre femmes vivant sous le même toit. C’est avant tout l’histoire de Sam, une comédienne sur le déclin, qui s’approche dangereusement de la ménopause. Son âge est une problématique récurrente en filigrane, influant aussi bien sur ses relations amoureuses (on précisera que la série ne se focalise pas là-dessus, un détail apaisant) que sur ses opportunités professionnelles. Loin du côté glamour qu’on accole facilement à l’industrie hollywoodienne, Pamela Adlon propose ici une alternative bien plus réaliste et crédible, montrant que tout n’est pas que paillettes et coupes de champagne lorsqu’on évolue en tant qu’actrice à LA.

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Toujours dans cette perspective hyperréaliste, Better Things fait ce que toutes les autres séries ne font pas : montrer que ses personnages ont un entourage qui n’est pas uniquement composé des trois mêmes personnes. Max a tout un tas d’ami·e·s, de connaissances, de collègues… tous se succèdent devant la caméra de façon aléatoire, sans forcément que le récit requiert leur présence. C’est dans ces instants-là que l’étiquette de "tranches de vie" colle au mieux à la série.

S’il lui arrive de nous faire glousser ou verser une larme, la série de Pamela Adlon fait surtout sourire. Sourire, parce qu’elle expose la famille dans son état le plus simple, surlignant ses meilleurs comme ses pires moments et suscitant, de fait, une identification quasi immédiate pour beaucoup. On aura rarement croisé une œuvre sérielle aussi singulière et exemplaire dans son unicité.

Better Things est disponible sur MyCanal en France.

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Par Florian Ques, publié le 28/04/2020