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Biohackers, ou les dangers du biohacking dans un thriller SF bancal

Publié le

par Adrien Delage

Ⓒ Marco Nagel/Netflix

Biohackers n'a pas le charme de Dark, mais propose toutefois une première saison haletante avec un concept ésotérique.

Depuis quelques années, les séries originales allemandes de Netflix prennent une place de choix dans le cœur des abonnés. Avec Le Parfum, How to Sell Drugs Online (Fast), Dogs of Berlin ou l’inévitable Dark, nos voisins d’outre-Rhin sont devenus de sérieux artisans sur le petit écran, créatifs et audacieux. La fiction germanique n’hésite pas à multiplier et piocher son inspiration dans les genres, et ce n’est pas la dernière sortie en date, Biohackers, qui viendra contredire cette tendance. Au contraire, le show s’annonce comme un pari qui croise les genres du teen drama, science-fiction et thriller conspirationniste en six épisodes.

L’histoire de Biohackers s’ouvre sur l’arrivée de Mia, une jeune étudiante en médecine brillante, dans la plus prestigieuse université du pays. L’adolescente s’intéresse principalement à la technologie du biohacking, une source exponentielle d’avancées majeures dans la compréhension et la transformation des êtres vivants. Le département d’expertise de l’établissement est dirigé par la professeure Lorenz, une érudite qui mène des expériences secrètes avec ses étudiants de confiance. Mia va tout faire pour rejoindre son équipe et enquêter sur le passé de sa famille, étrangement liée aux activités souterraines de sa mentor.

Des plantes fluo pour un scénario gris

Ⓒ Netflix

Biohackers nous plonge dès son premier épisode dans un monde de couleurs et d’émerveillement. Les possibilités illimitées offertes par la biotechnologie captivent à travers des expériences complexes mais fascinantes : la vision nocturne à l’œil nu, les plantes fluorescentes, la cure du cancer, les drogues récréatives aux effets décuplés… Au début de l’aventure, c’est surtout l’aspect teen drama de la série qui prend le dessus pour rendre cet univers sexy et proche du nôtre. Les scénaristes cochent méticuleusement tous les tropes du genre (le triangle amoureux, les soirées alcoolisées et désinhibées, la musique pop rock…), quitte à perdre en originalité mais gagner en références pop.

Au fil des épisodes toutefois, Biohackers dévoile ses nombreuses couches en même temps que les enjeux liés à l’arrivée de Mia dans l’équipe de la professeure Lorenz. On passe alors du thriller au drame familial en passant par des séquences d’insouciance adolescente. Si la série maintient ainsi un rythme haletant tout au long de la saison, elle nous perd aussi régulièrement en chemin. On ne sait jamais vraiment sur quel pied danser, ni même où l’histoire tente de nous emmener. Il en ressort parfois un léger sentiment de série fourre-tout, qui s’assure de plaire à tout le monde à travers son mélange des genres.

Si Biohackers n’a pas le charme et la puissance émotionnelle de Dark, elle lui ressemble dans son écriture via la balance faite entre high concept et traitement des personnages. Les auteur·e·s allemand·e·s s’appliquent à caractériser leurs protagonistes avant de bourrer le crâne des spectateurs avec des termes techniques plombants, pas toujours très compréhensibles pour les novices du biohacking. Finalement, la science est plus présente que la science-fiction dans la série, si bien que les créateurs prennent des risques minimisés (parfois un peu décevants) quand il s’agit d’exposer les prouesses de cette technologie révolutionnaire. Et en même temps, ils humanisent ainsi leurs jeunes héros en créant de l’empathie chez le spectateur.

Ⓒ Netflix

Par ailleurs, l’emploi de la science est décrit de façon manichéenne dans la série. On nous montre d’abord la face (littéralement) lumineuse du biohacking, avant de nous exposer le côté obscur de ces pratiques non éthiques sur des cobayes humains. Les scénaristes ne prêtent que peu d’intérêt à la mise en relation de la fiction avec la réalité, les spectateurs restant sur leur faim quant aux critiques potentielles sur les dangers et avantages de cette innovation. La série se met davantange au service du spectaculaire que de la réflexion, avec un pataquès d’expériences bien réalisées mais sadiques à la clé (bioterrorisme via des insectes génétiquement modifiés, espionnage à l’aide de puces RFID dans le corps…).

Le show souffre enfin de son arc narratif écrit en set up/pay off : l’histoire débute sur l’accident de train de Mia, trahie par l’un de ses proches, événement qui survient en réalité dans le futur. Petit à petit, on raccorde le puzzle sans vraiment sentir monter la puissance émotionnelle des enjeux. Couplée à du drama de seconde zone, cette intrigue ne tient pas la route et devient même ennuyeuse à la longue. Si la mise en scène reste spectaculaire et divertissante, l’idée du cold open à chaque épisode devient assez vite lassante.

Biohackers a tenté de mélanger les genres quitte à bâcler certaines parties, sans assurer une cohérence dans ses oscillations. Si la vie adolescente de Mia est plutôt fun et touchante à suivre, le thriller conspirationniste est complètement raté. Reste une distribution solide dans son ensemble, bien accompagnée par des personnages secondaires délirants (Ole et Chen-Lu en tête) qu’on croirait sortis d’une série britannique comme Skins ou Misfits. Deux séries qui jouaient avec bien plus d’élégance et de réflexion sur la limite entre réalité et fiction.

La première saison de Biohackers est disponible en intégralité sur Netflix.

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