AccueilCritique

Cobra Kai, saison 4 : duel au sommet pour la fin d’une ère réussie

Publié le

par Adrien Delage

La saison 4 de Cobra Kai clôt la mythologie de Karaté Kid pour mieux la relancer.

Cobra Kai, saison 4 : duel au sommet pour la fin d’une ère réussie

Ⓒ Netflix

Pour les amateurs des films Karaté Kid, chaque saison de Cobra Kai est un kick de nostalgie qui permet de plonger plus profondément dans la mythologie d’une œuvre qui a largement dépassé le cadre des arts martiaux. Les saisons du spin-off sont généralement reliées à un film en particulier. La saison 4 ne change pas la recette miracle avec le retour du terrible Terry Silver (Thomas Ian Griffith), qui avait torturé et poussé Daniel LaRusso dans ses derniers retranchements à l’adolescence, et qui va désormais réveiller un passé sombre et revanchard de sa personnalité.

La guerre des dojos est déclarée à All-Valley. John Kreese a pris le contrôle de Cobra Kai, ralliant Robby, Tory et les autres élèves du club à sa cause. Johnny Lawrence et Daniel LaRusso doivent désormais faire équipe, un pari impossible pour les deux rivaux, qui ont une vision opposée de la pratique du karaté. Le premier vise l’attaque tandis que le second opte pour la défense, créant des conflits entre eux et leurs élèves. Toutefois, ils vont devoir faire abstraction du passé et de leurs différends pour le bien de leurs dojos respectifs, menacés de fermeture s’ils perdent le prochain tournoi de karaté local.

La saison de Miyagi-Fang

Ⓒ Netflix

Il n’est pas simple d’expliquer le succès de Cobra Kai à un néophyte de la saga Karaté Kid, surtout depuis son arrivée sur Netflix qui a décuplé sa popularité. Le spin-off est une série très simple et classique sur le papier, avec du drama et des tensions qui tournent autour d’un tatami en paille de riz. Il y a évidemment le côté nostalgique qui joue pour les fans des films, de voir ces personnages grandir avec eux et désormais passer la relève à une jeune génération. La série est ainsi très méta dans ses messages et ses thématiques bienveillantes sur la passation, le don de soi et l’héritage.

Cobra Kai s’inscrit également dans la catégorie des séries feel good, capables de vous remonter le moral à chaque épisode. Sa naïveté émotionnelle, sa bienveillance et ses combats hyper fun enrobent une œuvre bonbon en apparence simple dans un sachet finalement très réaliste et émouvant. Par ailleurs, William Zabka et Ralph Macchio, les deux interprètes principaux qui reprennent les rôles respectifs de Johnny et Daniel, partagent une belle alchimie à l’écran et incarnent chacun une vision différente des adultes que celles et ceux sont devenu·e·s en regardant Karaté Kid. Le mix de ces différents éléments crée une osmose surprenante et touchante, qui ne cesse de se bonifier au fil des saisons.

Cette quatrième livraison est marquée par des arcs de rédemptions mais aussi d’interversion. En essayant de collaborer, non seulement les deux senseis fusionnent leur style de karaté auprès des élèves, mais se transmettent aussi entre eux certaines valeurs propres à Miyagi-Do et Eagle Fang. La saison dévoile ainsi un aspect plus sombre de la personnalité de Daniel, rattrapé par ses démons intérieurs lorsque Terry Silver revient en ville. A contrario, Johnny devient plus patient et attentionné à l’égard de ses proches, comme en témoignent sa romance avec la mère de Miguel et ses rapprochements (déchirants) avec son fils Robby.

Ⓒ Netflix

Ainsi, le message de la saison portant sur la camaraderie et la fusion de deux visions du karaté vient clore une ère pour la saga. Celle de la rivalité entre Johnny et Daniel, mais aussi de deux manières philosophiques d’envisager ce sport (et la vie plus largement) : l’équilibre et la zénitude de Miyagi-Do versus l’agressivité et la colère de Cobra Kai. Les deux senseis vont finalement en tirer parti après la perte du tournoi, Johnny pour faire la paix avec Robby, Daniel pour passer à l’attaque et récupérer son dojo. Nul doute que la prochaine saison continuera d’explorer la voie lumineuse du premier et à l’inverse le chemin obscur emprunté par le second.

Cette intrigue finalement très classique sur le papier (le héros qui devient anti-héros ou inversement est un trope assez récurrent dans les séries) fonctionne très bien dans cette saison de Cobra Kai grâce à l’intervention de Terry Silver. Le bras droit de John Kreese est un personnage vil et franchement terrifiant, capable de péter les plombs à la moindre occasion et de sombrer dans une violence gratuite. Il révèle ainsi les pires aspects de Daniel ou tout du moins les plus refoulés, comme si le passé ne cessait de se répéter dans l’univers de Cobra Kai.

Mais la thématique centrale de la saison, et de la série dans sa globalité, porte sur la vulnérabilité de chaque personnage. Terry Silver dit à ses élèves que "tout le monde possède une faiblesse", et qu’il suffit d’appuyer dessus pour prendre l’avantage sur son adversaire. Au-delà de la métaphore avec le karaté, cette phrase symbolise les questions passionnantes que pose Cobra Kai sur la masculinité. En effet, chaque personnage de la série est en réalité un homme en pleine reconstruction, comme Johnny qui passe de macho à gentleman, ou Daniel qui cherche justement plus de virilité et de courage en lui pour faire face à Terry.

C’est une thématique universelle qui concerne également Miguel, Robby, Eli et les autres élèves des dojos, qui apprennent à devenir des hommes en même temps que des karatékas confirmés. La série, basée sur une franchise assez niche des années 1980, est un reflet exemplaire de l’époque et de la middle class californienne, où chaque spectateur et spectatrice peut finalement s’identifier assez facilement. Cobra Kai est une série sur Monsieur Tout-le-monde, et c’est étrangement sa plus grande force pour toucher un public constitué à la fois de néophytes et d’aficionados.

Les quatre saisons de Cobra Kai sont disponibles en intégralité sur Netflix.

À voir aussi sur biiinge :