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Cruel Summer, la rencontre croustillante entre Pretty Little Liars et This Is Us

Publié le

par Marion Olité

©Freeform

Un nouveau thriller américain séduisant mais un poil formaté.

Vous êtes en manque de "jolies petites menteuses" ? Son diffuseur aussi apparemment, du coup, il lui cherche une remplaçante. Et Freeform* a peut-être trouvé la nouvelle série qui va rendre accro les ados du monde entier. Bientôt disponible chez nous sur Amazon Prime Video (date non communiquée), Cruel Summer a démarré sur les chapeaux de roues le 20 avril dernier, devenant le plus gros succès de l’histoire de la chaîne en termes de lancement de série, avec 3,81 millions de personnes ayant visionné les deux premiers épisodes. Sur les réseaux sociaux aussi, ça s’enflammait sévère et commençait à théoriser sur les différents personnages du thriller. La série est-elle à la hauteur de son buzz ?

Créée par Bert V. Royal, produite par une certaine Jessica Biel et showrunnée par Tia Napolitano (Grey’s Anatomy: Station 19), Cruel Summer mélange les codes bien connus du teen drama avec ceux du thriller, tout en ajoutant une structure narrative divisée en trois temporalités. On suit la transformation de Jeanette Turner sur trois étés consécutifs : en 1993, 1994 et 1995. Trois petites années – une éternité en années adolescentes ! – durant lesquelles elle passe de weirdo attendrissante à fille ultra-populaire du lycée avant de devenir la jeune femme la plus détestée et rebelle d’Amérique. Comment ? Pourquoi ? Que s’est-il passé en plus d’une poussée d’hormones incontrôlable ? La série nous le raconte, façon puzzle temporel. Une chose est sûre : la petite ville de Skylin, au Texas, n’a plus été la même quand Kate Wallis, une fille populaire et très aimée par tous les habitant·e·s, a disparu en 1994 sans laisser de traces…

Avouez, vous êtes un peu hypés ! Ce pitch, qui semble tout droit sorti d’un roman young adult (ce n’est pas le cas, il s’agit bien d’une série originale pour une fois), donne envie de connaître le fin mot de l’histoire. L’époque n’a pas non plus été choisie au hasard : les années 1990 sont aux vingtenaires d’aujourd’hui ce que les années 1980 sont aux trentenaires, un shot de nostalgie fantasmée et rassurante. Les looks (ah les chouchous, les vestes en jean, les robes à bretelles fines sur tee-shirts blancs !) sont aussi divertissants que les rebondissements. Le réalisateur du pilote, Max Winkler, joue à merveille de tous ces atouts dans une mise en scène soignée et efficace, qui n’est pas sans rappeler les bon vieux slashers des années 1990 type Souviens-toi... l’été dernier.

Si la temporalité à la This Is Us ménage des effets un peu trop formatés, la série reste diablement efficace et s’accorde à la métaphore adolescente. C’est fou comme on peut changer physiquement et psychologiquement en trois petites années à cet âge-là, passer de fantôme à fille populaire, de bienveillante à égoïste…

Le poids du regard des autres

©Freeform

À ce jeu des identités instables, les deux actrices principales – Olivia Holt et Chiara Aurelia qui incarnent respectivement Jeanette et Kate – excellent à jouer les caméléons, nous faisant ressentir avec aisance des états émotionnels intenses. La justesse de leur interprétation nous permet de comprendre l’une des thématiques très importantes abordées par la série : la pression que la société et les parents placent sur les épaules de ces deux jeunes filles déjà en quête de leur identité (ce qui n’est déjà pas rien, parfois cela prend toute une vie). Jeanette et Kate se débattent pour exister au-delà du regard des autres et des médias. Les personnages secondaires (c’est un grand mot, chaque épisode adoptant le point de vue d’un des protagonistes de l’affaire) – Harley Quinn Smith dans le rôle de Mallory, l’amie délaissée de Jeanette, ou Froy Gutierrez dans celui d’un petit ami perdu – se révèlent un poil en dessous du duo de tête en termes de performance (dans les deux premiers épisodes du moins), sans pour autant complètement détonner. Ils sont finalement symptomatiques d’une série prometteuse, divertissante avec une pointe de nostalgie (ah les 90’s et les gros ordis à connexion modem, le début des forums…), mais un petit trop formatée pour remporter une adhésion totale. 

On peut reprocher à la série de faire son beurre sur les angoisses des jeunes femmes et d’aborder de façon soft et croustillante des crimes glaçants qui ont défrayé la chronique dans la vraie vie (le kidnapping de femmes, de potentiels viols, au bout de deux épisodes, l’histoire de Kate contient encore pas mal de zones d’ombre…). Sans compter un personnage de love interest (Jamie) qui assène un coup de poing violent à son ex-petite amie. Avait-on vraiment besoin de cette scène ? Non.

Il est encore trop tôt pour savoir si Cruel Summer, dont la première saison est composée de sept épisodes, nous réserve un twist aussi problématique que Mon amie Adèle ou non. Mais en 2021, le genre du thriller aussi doit se remettre en question et réfléchir au message qu’il fait passer, en particulier quand il s’adresse à un public adolescent, comme c’est le cas ici, qui va dévorer la série et s’identifier aux différents personnages.

*Anciennement ABC Family et rebrandée en 2016 avec ce nouveau nom, Freeform, cette chaîne appartient à Disney et vise un public jeune et les familles.

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