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Deputy, ou le Banshee archaïque et californien du pauvre

Stephen Dorff mène ce procedural à la sauce western, qui répète tous les clichés du genre avec efficacité, mais sans originalité.

Si nouvelle année rime avec nouveautés sur les networks américains, elle n’est pas forcément promesse d’originalité. Fox déclenche le début des festivités avec Deputy, un procedural musclé créé par Will Beall, déjà à l’origine de l’adaptation de Training Day en 2017 et du scénario d’Aquaman. Pour porter ce cop show saupoudré de western contemporain, il a fait appel à Stephen Dorff, de retour sur le devant de la scène après sa prestation remarquée dans la saison 3 de True Detective aux côtés de Mahershala Ali.

Contrairement au détective sudiste Roland West, Bill Hollister de Deputy est un flic tête brûlée de Los Angeles, entièrement dévoué à la protection de sa ville et de ses habitants. Suite au décès soudain de son shérif et partenaire de toujours, Bill récupère l’étoile dorée et les responsabilités de son prédécesseur. Désormais aux commandes des forces de l’ordre californiennes, le nouveau shérif va devoir faire son trou, appliquer sa vision de la justice et arrêter des criminels qui se croient de retour dans le far west du XIXe siècle.

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Pour mener à bien sa mission salvatrice, il pourra compter sur sa femme, une brillante chirurgienne de la cité des Anges campée par Yara Martinez (Jane the Virgin), sa garde du corps sévère et rigoureuse incarnée par Bex Taylor-Klaus (13 Reasons Why) et l’ex-Marine Cade Ward interprété par Brian Van Holt (John from Cincinnati). Mais quand les eaux troubles de la politique viennent se mêler à son travail sur le terrain, Bill ne pourra compter que sur son instinct et son sens aiguisé de la justice pour nettoyer ses quartiers de la corruption qui les gangrène.

Shérif, fais-moi (pas) peur

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Le pilote de Deputy a eu le privilège d’être réalisé par David Ayer, connu pour les bons films d’action Fury et End of Watch mais aussi pour la purge Suicide Squad. Forcément, la série s’ouvre sur une séquence de course-poursuite haletante, où le metteur en scène s’éclate à fracasser toutes les voitures mises à sa disposition pendant que Stephen Dorff joue les gros bras. En une scène, on obtient ainsi plus ou moins l’ADN très stéréotypé de Deputy : une dose d’action survitaminée, une photographie jaunie et urbaine, des personnages plus proches des rednecks vulgaires que d’héroïques cow-boys et une surenchère maladive de bons sentiments, bien trop familière dans les productions actuelles des networks.

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À travers cette description, on pourrait pourtant y voir une tentative intrigante sur le genre du pulp. Deputy commence d’ailleurs comme le modèle du genre, Banshee, où un personnage lambda est promu shérif à la place du shérif. Mais la série retombe très vite dans les poncifs sus-cités, enchaînant à toute vitesse ses plans d’exposition pour mieux se concentrer sur des discours patriotiques poussifs, des scènes d’action certes sanglantes pour une chaîne gratuite, mais qui frôlent souvent l’absurdité, et des allusions de très mauvais goût à un pseudo-progressisme féministe, exploité à travers des dialogues forcés (le terme mansplaining lâché de façon random) et des protagonistes féminins finalement relégués… comme soutiens du héros masculin blanc.

Heureusement, Deputy peut au moins s’appuyer sur une force : son interprète principal. Stephen Dorff, porté disparu depuis le premier volet de la trilogie Blade à la fin des années 1990, est de retour en grâce depuis son rôle émouvant dans la saison 3 de True Detective. L’acteur américain, élevé à Los Angeles, a clairement la gueule de l’emploi pour jouer les shérifs impertinents et droits dans leurs bottes. Si l’étoile et le chapeau en feutre lui vont à ravir, Stephen Dorff a un potentiel énorme pour les situations dramatiques, que la série ne prend pas assez le temps d’exploiter dans son premier épisode. Une touche lacrymale de This Is Us ne ferait pas de mal à ce procedural testostéroné qui se prend bien trop au sérieux.

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De l’autre côté, on peut difficilement reprocher à Deputy de manquer d’ambition dans son écriture et sa réalisation. Le show est une commande censée satisfaire un public ciblé, plutôt masculin et vieillissant devant la télévision linéaire. Mais elle ne fait aussi aucun effort quand il s’agit de moderniser son genre, le western donc, comme avaient su le faire l’incroyable Godless de Netflix ou la surprenante Warrior de Cinemax. Deputy en devient même parfois frustrante d’obsolescence, notamment en montrant que les flics noirs sont uniquement relégués à des postes de gardiens dans une prison, où se déroulera évidemment une violente émeute.

Oui, Deputy est un procedural solidement produit et incarné qui saura convaincre les fans du genre, habitués à zapper sur le premier programme explosif du jeudi soir. Mais dans l’offre exponentielle générée par la Peak TV et la multiplication des diffuseurs, la série n’apporte rien de nouveau et se complaît même dans des tropes poussiéreux, qu’on aimerait voir disparaître plutôt que prendre racine. Comme Bill Hollister, les networks américains ne sont décidément pas prêts à briser la tradition et renouveler leurs vœux de révolution.

En France, la première saison de Deputy est inédite.

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Par Adrien Delage, publié le 10/01/2020