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Entre GoT et Spartacus, Cursed est une relecture divertissante des légendes arthuriennes

Publié le

par Marion Olité

©Netflix

Portée par une Katherine Langford en forme.

Après le succès de The Witcher, Netflix mise une nouvelle fois sur un genre qui rapporte gros depuis le succès de Game of Thrones : la fantasy. Comme à son habitude, la plateforme a produit une série qui coche toutes les bonnes cases de ses algorithmes. Cette adaptation d’un comic book (une grosse tendance, qui dépasse la bataille des géants Marvel/DC) signé par l’un des dieux incontestés du 9e art, Frank Miller, est une relecture des très populaires légendes arthuriennes (de nombreuses versions ciné et séries ont vu le jour, en France comme aux US ou en Angleterre), portée par l’une de ses jeunes stars maison, Katherine Langford.

Exit Hannah Baker, l’inoubliable ado traumatisée de la première saison de 13 Reasons Why. L’actrice est la "rebelle" mentionnée dans le complément de titre français de la série et aussi la tête d’affiche de cette histoire centrée sur les origines de la Dame du Lac, fidèle alliée du roi Arthur, qui devient ici la protagoniste. L’histoire débute alors qu’elle n’est encore que Nimue, l’une des représentantes des Faë. Persécutée par un groupe de religieux extrémistes, les Paladins Rouges, qui bénéficient de la complicité silencieuse du roi Uther Pendragon, ce peuple pacifique aux pouvoirs magiques et de guérison est menacé d’extinction. À la suite de l’attaque de son village, Nimue va se retrouver en possession d’une épée (oui, Excalibur) qui pourrait changer la donne. Son chemin croisera celui d’un certain magicien et d’allié·e·s inattendu·e·s, dont vous avez forcément entendu parler…

Cursed : La Rebelle a plus d’une corde à son arc pour nous séduire en cette période de désert sériel. Qui dit fantasy dit combats à l’épée et effets spéciaux à soigner. De ce côté-là, la série réalisée par Zetna Fuentes, Daniel Nettheim, Jon East et Sarah O’Gorman opte pour un style graphique et sanglant des plus réjouissants, à grands coups de ralentis et de bande-son épique, qui évoque par moments la très décomplexée Spartacus.

Les scènes de guerre et les affrontements en duel ont tout ce qu’il faut pour divertir le·a spectateur·rice, chaque protagoniste ayant son style de combat particulier, de Nimue l’apprentie qui apprivoise ses pouvoirs et dont la force est liée aux émotions, au moine Larmoyant et ses gestes d’arts martiaux, en passant par l’épique Merlin ou le plus agile Arthur. La dose de grand spectacle, entre pillages, feux de camp et magie à tous les étages, est donc assurée avec brio, la série ayant visiblement bénéficié d’un confortable budget FX. Frank Miller et Tom Wheeler, auteurs du roman graphique mais aussi showrunners de cette version sérielle, se sont amusés à proposer des scènes dessinées, rappel au matériel d’origine, qui servent de transition entre les séquences. Une façon de ne pas renier ses origines et un clin d’œil qui devrait plaire aux fans.

Remix arthurien

Côté casting, Katherine Langford relève le défi de porter la série sur ses épaules. Si on la sent parfois engoncée dans ses grandes robes et en peine pour soulever sa colossale épée dans les premiers épisodes, ce récit initiatique de passage à l’âge adulte permet à l’actrice de faire joliment évoluer son personnage, qui va prendre conscience de son pouvoir et faire face à des responsabilités (pour le moins tétanisantes, puisqu’on parle de la survie de son peuple). Ses choix auront des conséquences immédiates. Il y a, dans les yeux de Katherine Langford, une mélancolie adolescente et un rapport à la mort qui fonctionnait déjà dans 13 Reasons Why et fait mouche à nouveau dans cette série aux thèmes plutôt lourds : la persécution des minorités, la notion de destin et de sacrifice ou encore, la terreur religieuse.

© Netflix

Aux côtés de la star (particulièrement mise en avant, elle dévoile même son grain de voix sur le single "I Could be Your King"), on retrouve quelques acteurs chevronnés et bien utilisés, à commencer par Gustaf Skarsgård. Le Floki de Vikings se glisse sans peine dans les habits déchirés de Merlin, magicien fatigué et alcoolique, tandis que Peter Mullan enfile les habits rouges d’un des grands méchants de cette première saison, le père Carden. La jeune garde n’est pas en reste : Shalom Brune-Franklin dans le rôle de Morgane, Lily Newmark (Pym, notre comic relief) ou encore Devon Terrell (Arthur) tirent chacun·e leur épingle du jeu.

Tout n’est pas parfait dans Cursed : l’une des malédictions des séries Netflix récentes (Warrior Nun en fait partie), c’est de ne pas savoir nous convaincre dès le pilote. Il faut attendre quelques épisodes avant de plonger réellement dans l’univers du show, qui pèche un peu trop souvent par manque de subtilité dans l’écriture des dialogues et dans certaines scènes surlignées (la mort de la mère de Nimue, certaines réactions molles de l’héroïne, des love stories pas franchement convaincantes, excepté une relation lesbienne rapidement… maudite – évidemment).

Reste que le remix pop est l’un des exercices les plus plébiscités du public ces dernières années. Ce n’était qu’une question de temps avant que la légende du roi Arthur renaisse une fois de plus de ses cendres bretonnes. Le plaisir de retrouver des figures connues, inscrites dans l’inconscient populaire, auxquels Miller et Wheeler apportent un twist moderne – le recentrage sur un personnage de magicienne et guerrière, un Arthur métis (c’est peut-être un détail pour vous, mais il s’agit probablement d’une première), un discours sur les conséquences de la destruction de la nature, de véritables identités et des liens qui se révèlent au fur et à mesure des dix épisodes – adoucit les défauts bien visibles de la série. Son final assez réussi prend la forme d’un cliffhanger inquiétant. Il annonce, on l’espère, une deuxième saison (pas encore officialisée par Netflix) à l’image de son héroïne : plus sûre d’elle.

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