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Une jeune Veronica Mars rencontre Les Goonies dans la séduisante Home Before Dark

Un thriller policier et familial bien pensé, qui doit beaucoup à sa jeune interprète principale.

Période de confinement oblige, Apple en a profité pour mettre à disposition l’intégralité des épisodes de Home Before Dark, une nouvelle petite série mise en ligne dans la plus grande discrétion. Loin du budget colossal de See ou du casting luxueux de The Morning Show, le drama signé Dana Fox (Célibataire, mode d’emploi) et Dara Resnik (Daredevil, Pushing Daisies) gagne pourtant à être connu avec son univers à la fois familial et mystérieux, mais aussi pour son interprète principale qui, du haut de ses neuf ans, reste l’atout majeur du show.

Home Before Dark s’inspire de la vie de la journaliste Hilde Lysiak, aujourd’hui encore la plus jeune membre de la Society of Professional Journalists aux États-Unis. La série s’ouvre sur le départ de sa famille de Brooklyn pour une petite ville lacustre, qui est en réalité le village originel de son père Matthew. Enfant précoce dotée d’une mémoire photographique hors du commun, Hilde bouleverse le quotidien tranquille des habitants lorsqu’elle publie un article sur le potentiel meurtre d’une riveraine.

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Une version enfantine et fantastique de Sherlock Holmes

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Fondamentalement, le pitch de Home Before Dark n’a rien de très original. On pense à un croisement entre Stephen King et Veronica Mars, comprendre un thriller policier à énigmes avec une touche de fantastique dans certains éléments de l’histoire. Mais la série d’Apple compte dans ses rangs un argument redoutable : la jeune actrice Brooklynn Prince, révélée dans le film The Florida Project. Du haut de ses neuf ans, la comédienne porte la série sur ses épaules avec une maturité de jeu tout simplement stupéfiante, et un talent hors norme pour les monologues et les dialogues ping-pong.

Si autour d’elle gravitent quelques acteurs connus (Jim Sturgess de Las Vegas 21, Louis Herthum de Westworld, Reed Birney de House of Cards), Brooklynn Prince leur vole la vedette dans chaque scène. La série réussit son tour de force sur cet aspect, puisque le personnage d’Hilde est écrit de cette manière. On pense à une version jeune de Sherlock Holmes, douée des mêmes talents de déduction et d’une capacité d’analyse hors du commun. Très attachante, la journaliste permet aussi une introspection d’un archétype dans les séries du genre : les enfants précoces.

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En effet, Home Before Dark propose un discours émouvant et plutôt juste sur les jeunes surdoués, dont le comportement se rapproche finalement des situations de handicap. Si les séries sont de plus en plus diversifiées sur le sujet, explorant le spectre de l’autisme (Atypical, The Good Doctor), les maladies mentales (Mental) et les handicaps moteurs (la saison 2 de Sex Education), le cas d’Hilde expose aux yeux des spectateurs les difficultés d’un enfant déjà un peu adulte. Que ce soit en termes d’éducation ou de sociabilité, Hilde pose problème à son entourage par son intelligence accrue et sa curiosité illimitée. 

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En revanche, Home Before Dark est plus irrégulière dans sa mise en scène. Malgré une BO séduisante composée en majorité de reprises lyriques de titres cultes (The White Stripes, Radiohead, The Doors), la réalisation de John M. Chu oscille entre de belles envolées poétiques et des moments assez lourds. On pense à cette scène de l’épisode 1, où Hilde est raillée après la publication de son article, et déambule comme une renégat au milieu de ses camarades d’école sur les coups de piano de "Creep" de Radiohead. En résumé, le contraste est assez déstabilisant entre la subtilité d’écriture et une réalisation maladroite, ou tout du moins balourde.

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La mise en scène se rattrape néanmoins grâce à une atmosphère inspirée des années 1980 et transposée dans le monde contemporain. Le cadre de la série évoque Les Goonies mais aussi une sorte de patchwork style Stranger Things, entre les gamins à vélo, la présence d’objets obsolètes (le lecteur VHS) et l’existence d’une étrange conspiration au sein d’une toute petite ville américaine. Là encore, le manque d’originalité est à déplorer, mais la série est bien produite et les couleurs chatoyantes de Vancouver rendent le tout très agréable à regarder.

En fin de compte, Home Before Dark est une série aussi mignonne qu’intelligente, dont le propos oscille entre (gentil) thriller pour adulte et fiction d’aventure pour enfant. Si on ne sait pas trop sur quel pied danser, la série possède une valeur pédagogique concernant le féminisme et notamment la place des jeunes filles à l’école, traitées différemment des petits garçons si elles s’écartent trop du système pernicieux et patriarcal toujours en place. Mais surtout, elle nous conforte dans l’idée que Brooklynn Prince est appelée à devenir une très, très grande actrice.

La première saison d’Home Before Dark est disponible en intégralité sur Apple TV+.

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Par Adrien Delage, publié le 08/04/2020