AccueilCritique

Audrey Fleurot s’improvise Sherlock Holmes dans la pétillante HPI

Publié le

par Adrien Delage

Ⓒ TF1

La star d’Engrenages offre un peu de fantaisie et d’humour à ce procedural très classique sur la forme.

De Kaamelott au Bazar de la charité en passant par Un village français et Engrenages, le parcours d’Audrey Fleurot à la télévision est aussi éclectique que réjouissant. Avec la conclusion de la série policière culte de Canal+ en octobre dernier, on avait peur de perdre une actrice française qui fait rayonner le petit écran national depuis plusieurs années. Mais Audrey Fleurot a vite rebondi là où on ne l’attendait pas, plus précisément dans la nouvelle série événement de TF1, HPI.

Dans cette comédie policière signée Stéphane Carrié, Alice Chegaray-Breugnot et Nicolas Jean, elle incarne Morgane, une mère célibataire de trois enfants qui enchaîne les petits boulots pour subvenir à leurs besoins. Mais cette trentenaire intrépide et insoumise est aussi extrêmement intelligente, une véritable surdouée qui lui vaut l’appellation de haut potentiel intellectuel (HPI). Après être venue par hasard en aide à la police lilloise, Morgane est recrutée par le commissariat en tant que consultante pour les aider dans leurs enquêtes. Mais sa personnalité explosive et son insubordination vont devenir un calvaire à vivre au quotidien pour ses collègues.

Une Sherlock Holmes féministe et lumineuse

Ⓒ TF1

Au premier abord, HPI convoque un concept de séries policières un peu poussiéreux, qui a explosé sur les networks américains à la fin des années 2000. La présence d’un ou d’une génie dans un groupe social est un trope qui s’est démocratisé avec la popularité de personnages comme Michael Scofield (Prison Break) et Gregory House (Dr House), puis dans le crime drama avec des shows comme The Mentalist, Intelligence avec Josh Holloway, Limitless ou encore Perception. Très convenues et formatées dans l’écriture et la mise en scène, ces séries ont rarement vécu plus d’une saison, ne trouvant pas leur public. Mais HPI a dans ses rangs un atout de poids pour prétendre au succès : Audrey Fleurot et sa générosité de jeu en tant qu’actrice.

Dans la forme, HPI est un procedural tout ce qu’il y a de plus classique. Les épisodes s’ouvrent avec un meurtre en cold open, puis Morgane et ses collègues mènent l’enquête pour arrêter le tueur. Comme dans toute série policière digne de ce nom, ils se trompent, font fausse route voire échouent à mi-parcours, ce qui favorise les rebondissements et met en avant les failles et les talents de leurs héro·ïne·s. Niveau réalisation et narration, HPI aurait pu être un spin-off des Experts sans qu’on s’en aperçoive. Mais avec Audrey Fleurot en tête d’affiche, une certaine science des dialogues pop voire vulgaires dans la bouche de Morgane et une touche d’auto-dérision bienvenue, la série de TF1 s’avère plutôt efficace et agréable à suivre.

Les audiences impressionnantes enregistrées par les quatre premiers épisodes confirment cette tendance : 11,55 millions de téléspectateurs avec les replays pour le premier épisode, selon Le Parisien, un record pour une fiction TF1 depuis le téléfilm Marie Besnard, l’empoisonneuse, diffusé il y a… 15 ans. La présence d’Audrey Fleurot y est sans doute pour beaucoup, d’abord par sa cote de popularité auprès du grand public mais aussi pour son jeu endiablé et provocateur. Morgane est un personnage pétillant, drôle et surtout désinhibé, qui n’a pas sa langue dans sa poche et s’impose dans un milieu masculin avec son franc-parler et son sens de la déduction hors du commun. Une véritable Sherlock Holmes au féminin, avec un côté maman punk des seventies des plus truculents.

Ⓒ TF1

Alors oui, son interprète en fait parfois des caisses dans certaines séquences, mais la justesse d’Audrey Fleurot évite un comportement hystérique qui pourrait être synonyme de cliché nauséabond. Si la série n’ose pas le citer directement, il est vraiment réjouissant de voir Morgane dans un archétype de mère célibataire plus moderne voire progressiste, où elle combat le mansplaining, cloue le bec à ses collègues masculins grâce à sa repartie acérée et épouse finalement quelque part le rôle d’une justicière féministe. TF1 n’a pas l’audace de l’imposer comme telle, mais on sent que le (haut) potentiel est là pour cette Julie Lescaut 2.0.

Dans la même idée, HPI fait allusion à des problématiques sociales contemporaines à travers ses investigations. Là encore, la chaîne manque de temps et de prises de risque pour explorer ces thématiques en profondeur, mais elle évoque dans ses épisodes les violences domestiques, les abus et violences policières ou encore l’homophobie agressive dont souffrent des couples lesbiens dans la société française actuelle. Certes, nous ne sommes pas encore au niveau des productions américaines woke signées Shonda Rhimes ou Marti Noxon, mais la visibilité offerte par une série grand public sur ce genre de causes est encourageante.

Avec ce rôle commun mais pas banal qu’elle redéfinit à sa sauce, Audrey Fleurot confirme son impact féministe positif et exemplaire sur la télévision française. L’actrice avait notamment signé le manifeste "Maintenant on agit", publié dans Libération en 2018, et continue de joindre le geste à la parole dans ses choix de carrière. Dans une interview accordée à RFM et relayée par Voici, Audrey Fleurot est revenue sur ses conditions imposées à TF1 pour incarner Morgane.

Ainsi, on apprend qu’elle a joué un rôle essentiel dans la création de la série, d’abord en demandant à la production de recruter Mehdi Nebbou (l’enquêteur Adam Karad dans la fiction) comme partenaire, mais aussi en mettant la pression pour que la dynamique du traditionnel duo de flics homme-femme soit renversée. Avec encore plus d’audace et d’engagement, HPI pourrait devenir bien plus qu’un simple procedural de prime time ; peut-être la première série féministe française et grand public, avec une héroïne lumineuse et tonitruante comme porte-parole. Une chose est sûre, elle rempilera d’ores et déjà pour une deuxième saison.

La première saison d’HPI est disponible en intégralité sur Salto.

À voir aussi sur biiinge :