Ⓒ Netflix

La pression explose dans la cabine du thriller haletant Into the Night

Malgré des gros défauts d'écriture, la première série originale belge de Netflix réussit son décollage. Attention, spoilers.

Depuis quelques années, Netflix multiplie les projets post-apocalyptiques : The Rain, Daybreak, The Society, Kingdom… Il est intéressant de noter que, la plupart du temps, ces séries de genre sont issues d’esprits créatifs non-américains. C’est le cas d’Into the Night, la première création belge originale de la plateforme, supervisée par le scénariste Jason George (Narcos, The Protector). Un thriller survivaliste, qui nous emmène en haute altitude alors que le soleil se transforme en astre meurtrier et dévastateur.

Into the Night raconte les péripéties d’un groupe de passagers qui tentent de survivre à cette catastrophe planétaire. Pour une raison inconnue, le soleil déploie des énergies gamma dont il est impossible de se protéger. La seule solution est de continuellement s’échapper vers l’ouest, afin de rester à l’abri dans la nuit. Mais dans ce petit espace confiné, les ego, les cultures et les langues différentes de chaque personnage entraînent des frictions qui pourraient bien les condamner à disparaître comme le reste de la population mondiale.

Publicité

Entre turbulences émotionnelles et trous d’air narratifs

© Netflix

La série de Jason George est une œuvre calibrée pour le visionnage boulimique. Avec une saison de six épisodes d’une quarantaine de minutes, Into the Night et ses nombreux cliffhangers imposent un rythme haletant et finalement assez prenant. Ses personnages, très archétypaux (le leader, le bad guy, l’homme à tout faire, la bimbo), fonctionnent sans grande originalité dans cette série chorale. À chaque épisode, on se demande quel passager finira par y passer, trahira sa communauté ou révélera ses bons côtés. Ainsi, le titre de la série fait autant référence à leur unique opportunité de survie qu’à la part sombre qui habite chaque individu face à une situation désespérée.

Le show s’inscrit dans une forme de "fast-paced" comme diraient les Anglos-Saxons, à comprendre une série au rythme effréné, palpitant. De fait, elle limite intelligemment ses flash-back sur les personnages, très inspirés de Lost, pour mieux se concentrer sur la situation présente. Les survivants sont ainsi davantage définis par leurs actes que par leur passé, ce qui les rend très humains, tantôt appréciables et tantôt détestables. Les séquences de huis clos au sein de l’avion, dont la mise en scène favorise une forme de tension constante, sont d’ailleurs plutôt réussies dans l’ensemble.

Publicité

Pour préserver ce dynamisme et garder en haleine les spectateurs, Into the Night sacrifie la réalité voire la crédibilité des bouleversements narratifs au profit du spectaculaire. On tombe régulièrement des nues face aux catastrophes délirantes inventées par les scénaristes, voire aux solutions complètement abracadabrantes entreprises par les personnages (faire atterrir un avion à l’aide d’un tuto trouvé sur YouTube, c’en est ridicule d’absurdité).

© Netflix

La série pèche aussi dans ses dialogues, où surviennent fréquemment des erreurs temporelles. C’est notamment le cas entre l’épisode 4 et 5, où les survivants ont droit à un sursis de 2 heures avant l’aube qui se transforme en 4 h 30 dans le suivant, comme si les scénaristes avaient subitement pris conscience qu’un peu de réalisme ne ferait pas de mal. Ces inepties narratives peuvent rapidement éjecter le spectateur de l’histoire, surtout quand le jeu des acteurs est assez inégal entre eux. On appréciera toutefois la diversité du cast et la beauté d’une série multilingue (belge, français, anglais, arabe, russe), qui donnerait presque envie de voyager à l’heure du confinement.

Publicité

L’écriture d’Into the Night s’appuie aussi sur un trope basique mais toujours efficace : faire d’un environnement, un avion dans le cas présent, un personnage à part entière. Ainsi, l’appareil qui transporte les passagers connaît ses hauts et ses bas pendant six épisodes. Le manque de carburant, la présence d’un clandestin dangereux, une vitre brisée ou encore des moteurs défectueux font partie des obstacles qui s’opposent à la survie des personnages et proposent donc encore une fois des situations de tension prenantes et divertissantes.

La série a peut-être aussi le défaut de ne pas jouer à fond la carte de l’énigme avec son fléau venu de l’espace. Elle tente de donner un semblant d’explications sur la raison du soleil tueur, pour finalement s’y perdre rapidement à travers de nouvelles incohérences (si le kérosène fond, pourquoi l’essence des voitures ne suit pas le même raisonnement ?). Pire, Into the Night perd ainsi en intérêt auprès des spectateurs amateurs de high concept et de scénarios façon "rabbit hole", en lâchant trop de réponses quand elle pourrait creuser son mystère et le faire tenir en haleine pendant plusieurs épisodes voire saisons entières.

En résumé, Into the Night reste un blockbuster contre-la-montre très efficace, et facilement consommable pour les abonnés de Netflix. Elle aurait pu prétendre à un peu plus d’ambitions narratives, notamment autour de la psychologie de ses personnages et de sa boîte à mystères, tout en étant plus rigoureuse sur ses nombreuses invraisemblances. Reste une saison très addictive, solidement produite et énergique, fortement déconseillée aux aviophobes.

Publicité

La première saison d’Into the Night est disponible en intégralité sur Netflix.

Par Adrien Delage, publié le 14/05/2020