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Kaamelott : Premier Volet, le retour du roi est semé d’embûches

Publié le

par Delphine Rivet

© SND

Après douze ans d’attente, ce premier film d’une trilogie Kaamelott nous a autant ému·e·s que perdu·e·s

Fidèle à ses influences, d’Audiard aux Monty Pythons en passant par Star Wars et le drame shakespearien, Alexandre Astier a remis le pied à l’étrier, après douze ans d’interruption, pour nous raconter sa version de l’histoire des Chevaliers de la Table ronde. La gestation de ce Kaamelott : Premier Volet fut longue, et pas seulement pour les fans. Dès la fin du dernier épisode, en 2009, une suite au cinéma sous forme de trilogie est annoncée. L’excitation est à son comble, mais les dieux avaient d’autres plans. Après un conflit autour des droits entre Alexandre Astier et la société de production Calt, il a fallu trouver un financement à la hauteur des ambitions de l’auteur et réalisateur. Et enfin en 2020, alors que les astres semblaient enfin alignés, c’est la pandémie de coronavirus qui viendra jouer un dernier tour, cruel, à notre Don Quichotte lyonnais. Mais ça y est, l’heure est venue de retourner à Kaamelott. Enfin. 

On retrouve donc son héros, Arthur, qui a fui son royaume après avoir cédé le trône à Lancelot, aux prises avec des chasseurs de prime dans les environs de la Mer Rouge. Bien loin de sa Bretagne natale, il va pourtant être ramené malgré lui à ses obligations. Son destin est d’être roi et pour cela, il doit retirer une nouvelle fois Excalibur de son rocher, guider la résistance, vaincre Lancelot et reprendre sa place. Sur sa longue route du retour, il croise des visages familiers comme le Duc et la Duchesse d’Aquitaine (irrésistibles Alain Chabat et Géraldine Nakache), les impayables Perceval et Karadoc, qui ont pris du galon avec la résistance mais sont toujours aussi cons, et bien sûr Guenièvre, pour laquelle il nourrit toujours beaucoup d’affection même si elle lui en fait voir des vertes et des pas mûres (faut dire qu’il n’est pas commode non plus, le bonhomme). Ce retour à Kaamelott est aussi un retour à la vie pour celui que tout le monde ou presque croyait mort. Et au bout du tunnel, il le sait, c’est une terrible confrontation, redoutée, avec son ancien ami devenu traître, Lancelot, qui l’attend.

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Level up

Il ne fait aucun doute que Kaamelott est une série culte qui s’inscrit dans une pop culture française très timide dès qu’il s’agit d’œuvre de genre. À lui tout seul, ce premier volet ravira les fans qui ont trop attendu ce moment pour bouder leur plaisir. On doit bien leur reconnaître cette qualité : même après une décennie d’attente, et de faux espoirs, ils et elles ont répondu présent à l’appel de celui qu’ils et elles placent sur un piédestal. Alexandre Astier, c’est ce leader malgré lui, charismatique et intransigeant, d’un fandom un brin embarrassant parfois, mais toujours reconnaissant. En cela, il se confond beaucoup avec son héros, Arthur. Et le poids des responsabilités, quand on tient dans le creux de sa main les attentes d’une telle communauté, est énorme. La première quête du roi Astier depuis plus de douze ans a déjà rempli son contrat puisque à quelques heures de la sortie du film, plus de 200 000 places de ciné avaient déjà été vendues. Tels Perceval et Karadoc en embuscade dans les souterrains, les fans étaient tapis, attendant le retour de leur messie. 

Elle en a fait du chemin, la petite série de M6 qui inaugurait nos soirées avec ses sketches de quelques minutes ! C’est une sacrée consécration que de voir Kaamelott transposée sur grand écran, dans de très beaux décors extérieurs (des quatre coins de la France au Sultanat d’Oman), avec des costumes très travaillés (on a quelques réserves sur celui de Lancelot, même s’il crée indéniablement une silhouette marquante). Chaque euro dépensé  — on parle d’un budget confortable de 15 millions d’euros — se voit à l’écran. Et, comme pour la série, Alexandre Astier a également supervisé la bande originale, en grand mélomane (et control freak) qu’il est.

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Mais le plus touchant dans cette aventure, c’est sans conteste les retrouvailles avec ces personnages. Ils ont pris un coup de vieux, comme nous, et c’est beau de les voir vieillir. Astier a toujours été très pudique dans sa façon de raconter l’amour. Sa manière d’aimer Perceval nous a par exemple donné parmi les plus beaux moments de la série et le film ne déroge pas à la règle, avec notamment une scène touchante entre Arthur et Guenièvre. 

On retrouve immédiatement des éléments familiers qui ont fait le succès de la série en son temps (et lors de ses nombreuses rediffusions en vrac). Ce mélange d’humour et de mélancolie si caractéristique de la patte Astier, où Arthur est un roi au destin tragique entouré d’une ribambelle de comiques qui s’ignorent, trouve un bel équilibre dans un film qui en manque parfois. Les dialogues et saynètes qui en sont imprégnées concentrent l’essence de la série au fil de laquelle les aspects purement dramatiques ont pris de plus en plus de place à mesure que les épisodes (et les scénarios d’Astier) devenaient plus longs et plus complexes. Pourtant, malgré le plaisir de retrouver ces personnages qui nous avaient tant manqué, et une production visuellement très belle, l’histoire, ou plutôt sa construction, nous a laissé un sentiment d’inachevé ou de précipitation.

Miserere nobis

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C’est d’autant plus surprenant qu’Alexandre Astier a largement eu le temps de mûrir son projet de film et de concrétiser sa vision. Les fans se souviendront sûrement de "La Poétique I", partie 1, l’épisode 12 de la saison 3 où Perceval essaye de raconter sa dernière aventure, mais se perd dans ses "embellissements" à base de petits vieux. Arthur lui parle alors d’Aristote, que le chevalier connaît de nom, au grand étonnement du roi. D’après La Poétique, son fameux ouvrage, "un tout est ce qui est constitué de trois actes : un début, un milieu et une fin". On était donc en droit d’attendre, selon les préceptes d’Arthur lui-même, une histoire en trois actes avec le film (et, plus largement, quand la trilogie toute entière aura vu le jour). 

Malheureusement, on sent, en abordant la troisième partie de l’épopée, la confusion s’installer. Ce grand épisode de deux heures perd tantôt beaucoup de temps sur des scènes sans véritable enjeu ou avec des personnages insignifiants (la tentative d’escalade de la tour par exemple), tantôt se précipite sans nous ménager. On réalise alors qu’Astier a essayé de caser beaucoup de personnages, dont certains, comme la Dame du Lac, auraient mérité davantage de temps d’écran au lieu de ce passage furtif qui tient plus du caméo. Enfin, des ellipses inexpliquées rendent l’ensemble un peu dur à suivre.

Dans une interview, Alexandre Astier assurait que même les gens qui découvriront Kaamelott avec le film n’auraient aucun mal à suivre. Permettez-nous d’en douter. Si les grosses scènes et dialogues d’exposition alourdissent souvent la narration d’une œuvre, c’est aussi parfois un passage obligé. A fortiori quand on reprend une saga comme Kaamelott douze ans plus tard, que la série est connue pour sa mythologie conséquente et ses enjeux politiques pas toujours simples à suivre. On souhaite bien du courage à ces gens qui vont découvrir tout ça sans la fiche Wikipedia sous les yeux ! De toute façon, les fans historiques ayant pris d’assaut la billetterie, les néophytes vont devoir se lever tôt pour espérer trouver une place.

Kaamelott : Premier volet sort ce mercredi 21 juillet au cinéma.

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