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Les meufs de Plan cœur font leurs adieux dans une saison 3 plus mature

Publié le

par Marion Olité

©Netflix

Il est temps de dire au revoir à Elsa, Charlotte et Milou.

Après un épisode "confiné", miroir de ce que nous vivions alors durant la première vague de Covid-19, la rom-com parisienne de Noémie Saglio et Julien Teisseire est de retour sur Netflix, pour une saison 3 en forme d’adieux, puisqu’elle est aussi la dernière. Souvenez-vous : on avait quitté Elsa (Zita Hanrot), Charlotte (Sabrina Ouazani) et Milou (Joséphine Draï) sur une révélation de taille, la deuxième ayant caché à ses amies qu’elle avait entamé une relation amoureuse avec Max (Guillaume Labbé), le beauf de la bande de potes et accessoirement l’ex d’Elsa.

On retrouve donc le trio en froid, qui va s’efforcer de recoller les morceaux d’une amitié vacillante, également mise à rude épreuve par les désirs, ou non, de maternité des unes et des autres. C’est ce qui frappe assez vite dans cette saison, qu’on pourrait qualifier de celle de la maturité. L’humour borderline, qu’on appréciera ou pas selon sa sensibilité (cette passion pour l’insulte "pute" nous échappera toujours…), est toujours présent, mais davantage en filigrane, au profit d’un ton plus dramédie que pure comédie.

Reste que six épisodes, ça fait court pour aborder tous les sujets de cette troisième saison : Noémie Saglio et Julien Teisseire réussissent plutôt bien leur coup concernant la thématique centrale de la saison, celle de la maternité, abordant l’infertilité d’Elsa et la difficulté de recourir aux méthodes de FIV, le non-désir d’enfant de Milou – personnage qui n’a jamais été aussi touchant – ou encore l’avortement.

L’adoption est, elle, seulement présentée comme une finalité, et n’est pas vraiment explorée dans la série. Le sujet permet aussi de créer quelques scènes comiques mémorables, notamment cette improbable cérémonie de la fertilité avec Elsa et Charlotte accoutrées en "fées des bois", séquence qui se moque gentiment d’une tendance liée aux nouveaux mouvements féministes, celle du "féminin sacré" et du retour à la nature. De son côté, Charlotte doit faire face à une maladie qui touche également beaucoup de femmes : un cancer du sein.

© Netflix

Cette dernière saison est de toute façon immanquablement influencée par la dernière vague féministe post-#MeToo. Là encore, le trait est très grossier : se rendant compte que sa relation avec Max la désempouvoire, Charlotte finit par le quitter. Notre bon gros mâle alpha, comme il se définit lui-même, va alors s’engager sur un chemin de rédemption en apprenant les rudiments du féminisme (la femme est l’égale de l’homme, toussa, toussa), mais aussi en s’intéressant à la cuisine et aux enfants. Oui, c’est assez binaire et caricatural, mais franchement, on ne voit pas si souvent des séries qui se moquent d’un personnage de "mâle alpha" qui, en plus, décide de changer. Donc on prend ! Les seuls protagonistes à prendre plus cher que Max dans cette saison sont les parents de nos héros et héroïnes, dépeints comme irresponsables, sexistes (pour les géniteurs de Max), jugeant ou gros boomers. On sent qu’il y a des comptes à régler de ce côté-là…

On regrettera en revanche que les personnages secondaires, les seuls LGBTQ+ d’ailleurs, soient réduits à leur portion congrue, avec seulement un mini arc narratif pour Chantal, la pote lesbienne de la bande, qui s’amourache de la boss d’Elsa, qui n’aime pas les étiquettes. Tout va très très vite pour elles, on a l’impression qu’il manque des épisodes pour véritablement s’y attacher, la série préférant s’attarder sur les scènes de sexe entre Elsa et Julio, tantôt comiques, tantôt sexy…

On note aussi la présence anecdotique mais plutôt cool de la queen Arielle Dombasle en cliente fantasque de Milou. Les hommes de la bande apprennent de leur côté à dire au revoir à leur masculinité toxique et à communiquer entre eux, notamment sur leurs émotions. On sent clairement une volonté de davantage coller à la société actuelle – l’inévitable référence aux "millénaires de patriarcat" est bien là –, mais sans froisser ces messieurs cis et hétéro. Et en même temps, Plan cœur ne comptait pas révolutionner le genre de la rom-com et de la série de potes auquel elle appartient, on le sait depuis la première saison.

Elle aurait certainement pu faire plus et mieux, mais on gardera en tête qu’elle a normalisé la présence d’héroïnes racisées – en se refusant toutefois à explorer des thématiques raciales et en gardant un sous-texte très universalisant. Et dans une télévision française très blanche, il faut le noter. Plus globalement, en revenant à ses racines – l’amitié à toute épreuve entre ces trois femmes trentenaires et l’histoire d’amour entre Elsa et Julio –, Plan cœur effectue une sortie de piste honorable. Ces derniers épisodes se dévorent facilement, et en ces temps très prise de tête, c’est parfois uniquement ce dont on a besoin !

Les trois saisons de Plan cœur sont disponibles sur Netflix. 

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