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La saison 2 de Mental est solaire, poignante et pleine d’amour

Publié le

par Delphine Rivet

© France Tv

Les jeunes patient·e·s de la clinique des Primevères nous ont, une fois de plus, ému·e·s aux larmes. Et ça fait du bien !

Il est conseillé d’avoir vu les deux premières saisons de Mental avant de lire cette critique, qui contient des spoilers.

Avant Mental, les séries françaises évoquaient les troubles psychiatriques des jeunes à pas feutrés. Après tout, l’adolescence est une période traversée par le chaos. Les meilleurs comme les pires émois s’entrechoquent dans le cœur et la tête de ces êtres en construction, et les adultes, convaincu·e·s qu’il ne s’agit là que d’un passage à vide, restent à bonne distance.

Mental, elle, ose poser la question : comment ça va ? En saison 1, la série écrite par Marine Maugrain-Legagneur et Victor Lockwood posait les mots sur les maux. En saison 2, les jeunes patient·e·s de la clinique des Primevères nous montrent qu’ils et elles sont tellement plus qu’un diagnostic. Et, une fois de plus, on s’est laissés prendre dans le doux tourbillon qu’est Mental, la petite série de France.tv Slash qui a tout d’une grande.

Nous sommes quelques mois après le suicide de Mélodie (Alicia Hava). Estelle (Lauréna Thellier) a trouvé un petit job et est de retour chez ses parents. Simon (Louis Peres), égal à lui-même, est toujours à la clinique et il commence à développer un sérieux crush pour Harmattan (Julien Lopez), un ancien patient devenu animateur aux Primevères. Marvin (Constantin Vidal), enfin, ne va pas bien. Parce qu’il refuse de prendre son traitement, il voit Mélodie partout : dans ses bras, dans son lit, à ses côtés à chaque instant.

Nos trois âmes en peine vont se faire de nouveaux camarades au sein de la clinique. Il y a d’abord Hyppolite (Léo Grêlé), qui fait un retour aussi triomphant que bouleversant en saison 2. Jusqu’ici dans un état catatonique et ne se déplaçant qu’en fauteuil, le jeune homme tourmenté va peu à peu regagner le monde des vivants, mais à quel prix ? Ses pires angoisses, et un secret bien enfoui, vont peu à peu refaire surface chez lui. Lui qui était au second plan en saison 1 reprend ici toute sa place avec l’une des trajectoires les plus bouleversantes de ces dix épisodes.

On apprend aussi à connaître Max (Déborah Lukumuena), nouvelle venue dans la bande, et qui souffre de troubles alimentaires. Elle a bien du mal à trouver un mot qui la définisse, et c’est bien normal car elle est tant de choses à la fois : femme, féministe, intelligente, noire, en colère… Mais celui qui lui revient le plus souvent en pleine poire, c’est "grosse". De son corps, elle n’en voit que des bouts. Et ces bouts-là, elle a bien du mal à les aimer.

La série saisit ainsi l’occasion de pointer du doigt une discrimination qui fait des ravages, en particulier chez les plus jeunes : la grossophobie. Le personnage de Max est surprenant, à bien des égards, car il est plein de paradoxes. Cette jeune femme, qui se voit sans cesse renvoyer l’idée que sa silhouette serait "hors norme", exerce un contrôle maladif sur son corps. On (la société, les médecins, sa famille) lui a appris à gérer méticuleusement ce qu’elle ingérait.

Mais lorsqu’il s’agit de son désir, quand celui-ci ne concerne pas la nourriture, elle sait exactement ce qu’elle veut. L’assurance dont elle fait preuve devient enivrante pour certains des garçons. Marvin, au départ un peu déboussolé par son fort caractère, trouvera vite en elle une égale.

Le seul reproche que l’on pourrait faire à Mental cette saison, c’est d’être tombé, avec Max, dans le trope de la "angry black woman". Bien sûr, la jeune fille a des raisons d’être en colère, et parler de grossophobie et de troubles alimentaires chez les jeunes est un bel engagement. Mais il y avait d’autres façons de l’exprimer en évitant de tomber dans ce cliché qui a fait tant de mal à la représentation des femmes noires. Une écriture plus consciente de ce genre de tropes aurait grandement bénéficié à ce personnage, d’abord perçu comme très antipathique avant de se révéler hyper attachant. C’est sa colère qui la tient à distance des autres, mais aussi de nous. Heureusement, Max finit par nous toucher et devient l’un des atouts de cette saison 2.

© France.tv Slash

De son côté, toujours à jouer avec le feu, Simon s’éprend d’Harmattan. Quand ce dernier lui confie qu’il est asexuel (une première dans une série française !), notre jeune borderline, comme il aime à se définir, va avoir bien du mal à se canaliser. Son envie d’explorer sa sexualité va l’entraîner dans des recoins plutôt sombres, dont il ne sortira pas indemne. La série semble d’ailleurs faire quelques clins d’œil à Euphoria, ce qui n’est évidemment pas pour nous déplaire.

Mais Mental trace sa propre route, faite de douleur et de lumière, d’amour et de rejet. La réalisation toujours plus soignée et inspirée de Slimane-Baptiste Berhoun vient magnifiquement illustrer l’univers intérieur, réel ou fantasmé, de nos héros et héroïnes. L’épisode 7, en particulier, est un véritable exercice de style. Baptisé "Rewind", il est entièrement créé à partir des rushes filmés par la caméra que Simon trimballe partout avec lui. Dans cette fabuleuse collection d’instants volés, on retrouve des scènes déjà vues auparavant, mais en prise de vue subjective cette fois, et des extraits inédits, comme les bribes de pensées déclamées à voix haute par leur narrateur. Ce puzzle mental tout droit sorti du cerveau de Simon deviendra un court-métrage, lequel sera présenté au concours d’entrée d’une école de cinéma bruxelloise.

En saison 2, Mental a grandi. Elle rivalise sans rougir avec les plus belles séries estampillées "pour ados" de son époque. Plus solaire encore qu’à ses débuts, dans sa réalisation comme dans son écriture, elle peut compter sur un cast toujours aussi parfait qui s’approprie les dialogues et les fait siens. On ressort de ces dix épisodes comme d’une étreinte un peu trop forte : c’était beau, débordant d’amour, mais on est un peu cabossé à l’arrivée.

Les deux premières saisons de Mental sont disponibles sur France.tv.

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