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On a testé les séries de Quibi, la nouvelle plateforme de streaming sur mobile

Au programme : thriller en haute montagne, anthologie horrifique de série B et chasse à l'homme musclée.

La bataille du streaming fait rage depuis quelques années, d’autant plus en période de confinement où les sériephiles sont enclins à passer des heures devant leur écran. Paradoxalement, ce n’est pas vraiment le moment opportun qu’espérait Quibi pour se lancer. Cette nouvelle plateforme, dédiée aux jeunes et aux programmes courts à voir dans les transports en commun, est pourtant arrivée sur nos smartphones et tablettes le 6 avril dernier.

Quibi a été créée par le magnat des médias Jeffrey Katzenberg et est dirigée par l’ancienne présidente d’eBay, Meg Whitman. En seulement quelques mois, le tandem a convaincu plusieurs grands studios américains (Disney, WarnerMedia, Sony) d’investir dans son contenu, tout en attirant dans son giron de grands noms de l’industrie et de la pop culture : Steven Spielberg, LeBron James, Zac Efron, Chance the Rapper, Justin Timberlake…

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L’application se découpe en quatre fonctionnalités : une partie recherche, votre liste à voir, un algorithme de recommandations personnalisées et la possibilité de télécharger directement les épisodes. Une présentation traditionnelle, pour un service de streaming, mais plutôt intuitive grâce au système de swap offert par les tablettes et smartphones actuels. Le point fort de Quibi est la vitesse d’adaptation du vertical à l’horizontal et inversement, qui n’accuse aucun problème de latence, d’affichage ou de perte de qualité en passant d’une orientation à l’autre.

En seulement quelques jours, la plateforme aurait déjà été téléchargée près de 2 millions de fois, selon sa présidente. En France, elle est (discrètement) disponible sur nos mobiles, même si son utilisation est pour le moment réservée aux anglophones et aux hispanophones. Si la barrière de la langue n’est pas un problème, Biiinge vous donne son avis sur ses quatre premières séries originales : Survive, 50 States of Fright, Most Dangerous Game et When the Streetlights Go On.

Survive

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Survive marque déjà le retour de Sophie Turner sur le petit écran, un an seulement après la fin de Game of Thrones. Cette fois, l’actrice incarne Jane, une adolescence dépressive et à tendance suicidaire, depuis la mort de son père. Soignée dans un centre psychiatrique, elle y passe plusieurs années avant d’obtenir son droit de sortie, mais lors de son voyage en avion pour retrouver sa mère, l’appareil s’écrase sur une montagne enneigée, avec elle et un passager inconnu comme seuls survivants.

La série de Richard Abate et Jeremy Ungar (Ride) est un thriller en situation de survie qui prend son temps à décoller (ou, dans le cas présent, à se crasher). Le show passe plusieurs épisodes à introduire le personnage de Jane, campée par une Sophie Turner impeccable et très émotive. Son duo passif agressif avec Corey Hawkins (24: Legacy) tiendra davantage en haleine les spectateurs que leurs péripéties catastrophiques. Malgré une mise en scène inspirée, les effets de dramaturgie (musique lourdingue, plans très serrés) sont un peu trop appuyés pour ressentir pleinement la détresse de nos deux héros.

50 States of Fright

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Deux ans après la fin d’Ash vs. Evil Dead, Sam Raimi et son frère Ivan reviennent pour une nouvelle production horrifique sur le petit écran. Cette fois, le réalisateur ne pioche pas dans sa franchise culte, mais dans les mythes et folklores américains pour s’inspirer, adaptant ses histoires dans une anthologie découpée géographiquement. Ainsi, chaque triptyque raconte une fable cauchemardesque selon l’État où elle se déroule (le Michigan, le Kansas, l’Oregon, le Minnesota, etc.).

L’ambiance glauque et poisseuse qui se dégage des premiers épisodes de 50 States of Fright ne plaira pas à tout le monde. Tout simplement, car il faut apprécier le style gore emprunté aux séries B, si chères à Sam Raimi, qui tourne à plein régime dans cette anthologie au casting luxueux : Travis Fimmel, Rachel Brosnahan, Ming-Na, Asa Butterfield… Si vous supportez les gerbes de sang dégoulinantes, les personnages hystériques, les contes tirés par les cheveux et un soupçon d’humour noir sur l’Amérique d’aujourd’hui, alors 50 States of Fright pourrait bien vous séduire.

Most Dangerous Game

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Dodge est un investisseur immobilier au bord du gouffre. Ses affaires vont mal, les factures s’empilent et il attend un enfant avec sa femme. Pour couronner le tout, il apprend qu’il souffre d’une tumeur cérébrale inopérable. Face à cette situation tragique, l'homme accepte auprès d’un parrain louche de participer à une chasse à l’homme au cash prize de 25 millions de dollars. Lorsque la partie est lancée, il est déjà trop tard pour se rendre compte qu’il n’est pas le chasseur, mais la proie de ce jeu macabre.

Écrit comme un film en plusieurs chapitres, Most Dangerous Game est l’appel d’offres spectaculaire et explosif de Quibi. La présence de Christoph Waltz (Inglourious Basterds) en grand méchant et de Liam Hemsworth (Hunger Games) en Apollon héroïque ne sauve pas ce thriller musclé, enchaînement de clichés narratifs et deus ex machina insipides supposés nous tenir en haleine pendant une dizaine d’épisodes. Une proposition aussi rapidement binge-watchée qu’oubliée.

When the Streetlights Go On

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Colfax, Ohio, milieu des années 1990. La petite ville pastorale est frappée par une vague de chaleur estivale, mais surtout par un double meurtre sanglant et pervers. Les deux victimes sont un professeur et une étudiante du lycée du coin, qui entretenaient une relation amoureuse secrète. Charlie, journaliste en herbe et camarade de Chrissy, qui a trouvé les cadavres, décide de mener sa propre enquête, alors que le tueur court toujours.

Si Riverdale avait été un peu plus mature et rigoureuse dans sa narration, elle aurait donné When the Streetlights Go On, à comprendre une série policière et mystérieuse, avec des touches de teen drama. Soutenue par un casting de jeunes acteurs brillants, When the Streetlights Go On est très clairement la proposition la plus originale et efficace de Quibi. Sa très belle mise en scène, lancinante, voire hypnotique par ses lumières appuyées en arrière-plan, nous ferait presque regretter le petit format de l’écran. Si l’intrigue policière reste très classique, ses personnages attachants et l’ambiance nostalgique de la série invitent au visionnage boulimique.

En France, l’application Quibi est disponible sur smartphone et tablette via l’Apple Store et Android.

Par Adrien Delage, publié le 17/04/2020