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Reality Z, la nouvelle série de zombies de Netflix, a l’encéphalogramme plat

Publié le

par Delphine Rivet

© Netflix

Le remake de Dead Set, mini-série du créateur de Black Mirror, pâtit sévèrement de la comparaison avec l'originale.

Créée par Cláudio Torres, Reality Z est un cas d’école. A priori, en adaptant presque mot pour mot (dans les 5 premiers épisodes sur dix) la mini-série Dead Set, du créateur de Black Mirror Charlie Brooker, elle était assurée d’offrir aux abonné·e·s Netflix une œuvre captivante, cynique à souhait et maîtrisant parfaitement les codes de son époque tout en dénonçant ses travers. Sauf que de la théorie à la pratique, il y a un gouffre. Un océan, même. Celui qui sépare l’Angleterre de 2008 où a été diffusée l’originale, et le Brésil de 2020 qui a donné naissance à cette pâle copie.

Les concepts les plus simples sont parfois les meilleurs, et Dead Set l’a prouvé en centrant son histoire sur une poignée de candidat·e·s d’une téléréalité type Big Brother et la production qui la supervise, dont le plateau est soudain pris d’assaut par des hordes de zombies affamés. Le loft, dont les habitants ignoraient tout de l’apocalypse qui se jouait hors de ces murs, devient alors le dernier refuge d’une humanité aux abois. Reality Z reprend plan par plan l’idée de Charlie Brooker, et place ses protagonistes dans le jeu Olimpo, ersatz de Big Brother dans lequel les participant·e·s sont grimés en dieux et déesses grec·que·s et dont chaque élimination est pompeusement rebaptisée "sacrifice". Une relative fantaisie qui ne sert pas à grand-chose, mais c’est bien là le moindre de ses défauts.

Ironiquement, dans la vraie vie, pendant que le monde affrontait l’épidémie de Covid-19, les dernières personnes à en être informées étaient les candidats et candidates de Big Brother. L’émission est en effet toujours en activité un peu partout dans le monde. Celles et ceux des versions suédoise, allemande et brésilienne ont appris la nouvelle en direct, quand aux participant·e·s canadien·ne·s, l’aventure s’est arrêtée prématurément à cause du confinement général. Le moment était donc plus qu’opportun (et le timing de Netflix est soit parfait, soit de très mauvais goût). Pourtant, Reality Z ne se saisit pas de l’occasion qui lui est donnée.

On pourra lui trouver pour justification le fait que l’écriture de la série s’est faite bien avant que la pandémie ne se déclare. Une vague allégorie sur la répression de Bolsonaro au Brésil, avec des images, entre sublime et terreur, de Rio à feu et à sang, mais guère plus. Son casting pourtant inclusif (une femme trans dénonce la transphobie d’un autre candidat dès les premières minutes sous le regard indifférent du producteur) n’est là que pour faire joli. Si on peut difficilement lui reprocher de ne pas avoir vu venir la pandémie, on aurait toutefois pu espérer une critique du contexte socio-politique brésilien.

Le genre s’est toujours prêté, avec plus ou moins de succès, au commentaire socio-politique, qu’il soit question de xénophobie, d’immigration, de l’intervention de l’armée ou de l’inaction d’un gouvernement face à un virus mortel se propageant vitesse grand V. Pas la peine d’être devin pour savoir que si une crise sanitaire devait frapper le pays, Jair Bolsonaro, le président, prendrait ça à la légère (comme son homologue américain). Et dans les faits, c’est ce qu’il s’est produit puisque celui-ci a qualifié le coronavirus de “petite grippe” (là encore, comme son homologue américain).

Alors ok, il est encore permis de faire des divertissements bien bourrins, sans arrière-pensée et sans positionnement idéologique marqué. Mais dans ce cas, pourquoi choisir un remake de Dead Set, qui épinglait avec cynisme la machine à broyer qu’est la téléréalité et la société voyeuriste qui l’a vu naître ? La métaphore et le discours critique se sont-ils perdus en cours de route ? Reality Z tenait là une occasion rêvée de regarder la culture brésilienne, et son amour immodéré pour ce genre d’émissions et leur superficialité, droit dans les yeux.

© Netflix

Dépourvue de la substance vindicative de l’originale, Reality Z est une coquille aussi vide que la boîte crânienne de ses zombies, errant de scène gore en scène gore (et même là, elle ne parvient pas à être à la hauteur de ce qu’il se fait actuellement en série d’horreur), le tout entrecoupé de séquences au ralenti aussi interminables qu’inutiles. Pire que ça, elles viennent en parfaite contradiction avec le sentiment d’urgence et le rythme impulsés par le récit nerveux de Charlie Brooker.

Elle paye aussi le prix d’arriver douze ans après l’originale, sans avoir compris ce qui en faisait une grande (mini)série. La différence avec Dead Set c’est qu’à l’époque, en 2008, il n’y avait pas de série de zombies (The Walking Dead est arrivée sur AMC deux ans après). C’était donc un vrai pari, fait avec très peu d’argent, mais la réalisation fauchée et la caméra tremblante collaient parfaitement à la tension dramatique. Là, avec Reality Z, on sent que Netflix a été un peu radin : c’est cheap, mal joué, et ça arrive après une décennie de séries sur les zombies.

Des séries qui, pour les plus audacieuses, ont repoussé les limites du genre ou ont tenté de le réinventer. Comme la coréenne Kingdom par exemple. On a donc bien du mal à comprendre pourquoi on aurait besoin d’une série comme celle-là aujourd’hui. On ne peut donc que vous conseiller de revoir Dead Set (disponible sur Canal+ et Prime Video) au lieu de perdre votre temps avec Reality Z.

La première saison de Reality Z est disponible sur Netflix.

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