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Run, une fugue sexy et trépidante entre comédie romantique et thriller

Prenez un aller simple pour cette série !

"RUN." Lorsque Ruby, épouse et mère de famille à la vie plan-plan, reçoit ce SMS laconique, elle répond à son tour par "RUN", plaque tout, et saute dans le premier train pour Chicago. Il y a 17 ans, elle avait conclu un deal avec l’homme dont elle était amoureuse à l’époque, Billy, un gourou du développement personnel : si l’un des deux envoyait ces trois lettres ("COURS", en français), et que l’autre l’imitait, ils se retrouveraient à la gare Grand Central. Fuir son quotidien, sans regarder en arrière, avec l’amour de sa vie… qui n’a jamais rêvé de ça ? À défaut de pouvoir le réaliser, c’est en tout cas un scénario particulièrement tentant en période de confinement. 

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Vicky Jones, meilleure amie et disciple de Phoebe Waller-Bridge (la créatrice de Fleabag est aussi productrice exécutive sur Run), nous embarque dans cette folle échappée, créée pour HBO. Le premier épisode de Run, sur 7 au total (nous avons pu en voir 5), a été diffusé ce lundi en VOST sur OCS. L’idée de la série s’inspire d’ailleurs du pacte qu’ont un jour scellé les deux femmes. Alors qu’elles bossaient comme intermittentes et venaient de fonder leur compagnie de théâtre, Vicky Jones et Phoebe Waller-Bridge se sont promis que si un jour l’une d’elles se trouvait dans une situation dont elle voulait se dépêtrer, elle chuchoterait à l’autre "Run". Les deux se prendraient alors la main pour courir et fuir sans se retourner.

Avec une efficacité redoutable, la showrunneuse balise son récit comme on projetterait une évasion spectaculaire. Mais, et c’est là tout l’intérêt de Run, elle met aussi en place des "accidents de parcours" nous laissant dans un sentiment permanent d’insécurité quant à la suite. Une expérience que l’on partage avec les deux protagonistes, qui n’ont aucune certitude de ce qui les attend au prochain arrêt. Seul compte le moment présent et la jouissance de se redécouvrir après toutes ces années. La tension sexuelle, entre l’urgence de se toucher et l’impossibilité d’assouvir cette envie en public, est à couper au couteau. 

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Incarnés par les formidables Merritt Wever et Domhnall Gleeson, les deux amants ne se sont pas vus depuis 17 ans. Ils n’ont pris aucune valise avec eux, mais ça ne les empêche pas de se trimballer de sacrés bagages. On ne nous révèle pas tout de suite ce qui a poussé Billy, dont le succès professionnel semble incontesté, à tout lâcher. C’est l’un des mystères que la série se garde de côté pour plus tard, histoire de pimenter cette relation déjà très caliente.

Car le sujet de Run, au-delà de cette fugue trépidante à travers les États-Unis, c’est aussi l’éveil du désir de son héroïne, Ruby, dont on devine l’insatisfaction sexuelle après des années de vie maritale bien boring. L’alchimie et l’attirance entre les deux est indéniable. Pour Billy comme pour Ruby, il y a évidemment une part d’appréhension : est-ce que leurs corps seront toujours aussi "compatibles" après tout ce temps sans se voir ni se parler ? Celui de Ruby a changé, elle le sait. Comment l’oublier quand la cicatrice sur son ventre lui rappelle sans cesse qu’elle a eu une césarienne ?

A-t-on envie qu’ils couchent ensemble ? Oui ! Nous méritons autant qu’eux cette délivrance. Mais après, que leur restera-t-il ? C’est là qu’intervient le thriller, venant s’ajouter à la comédie et à la parade amoureuse que se livrent ces deux-là. Le mélange des genres bascule parfois de façon un peu cavalière, et les rares escales que le couple s’accorde ne sont pas toujours bien gérées tant la dynamique du duo, et du scénario, tient dans la fuite en avant. Or, quand ils s’arrêtent de courir, le soufflé retombe un peu. C’est là que Vicky Jones a choisi d’injecter des éléments empruntant au film noir ou d’espionnage – ce dont on se désintéresse un peu – avec l’introduction, notamment, de l’assistante/stalkeuse de Billy, incarnée par la néanmoins merveilleuse Archi Panjabi.

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Run n’est finalement jamais aussi bonne et palpitante que lorsqu’elle ausculte les lois de l’attraction entre Billy et Ruby, et se faufile entre les fissures et les silences pour nous aider à comprendre ce qui les effraie tant dans leurs quotidiens respectifs. On n’a alors plus qu’une envie : découvrir où cette course folle s’arrêtera.

La première saison de Run est à découvrir, à raison d’un nouvel épisode chaque lundi, sur OCS.

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Par Delphine Rivet, publié le 15/04/2020