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En saison 2, The Boys continue d'éviscérer le capitalisme et la politique US

Publié le

par Delphine Rivet

© Prime Vidéo

Les "supes" et la team Butcher font un retour jouissif sur nos écrans, ça va saigner !

La saison 2 de The Boys, toujours showrunnée par Eric Kripke, reprend plus ou moins là où on avait laissé la série un an auparavant. Après la mort de Madelyn Stillwell, ex-vice-présidente de Vought, c’est le CEO Stan Edgar (Giancarlo Esposito, toujours dans les bons coups) qui entre en piste. Butcher, quant à lui, doit faire profil bas depuis qu’il a été accusé du meurtre de l’ancienne patronne des "supes". Bon, la discrétion, ça n’est ni son genre ni celui de The Boys, qui nous revient avec trois premiers épisodes explosifs et gores à souhait.

De son côté, l’ego fragile de Homelander est mis à rude épreuve avec l’arrivée, au sein des Seven, d’une nouvelle recrue au moins aussi puissante que lui. Stormfront, campée par la géniale Aya Cash (vue dans You’re the Worst), maîtrise bien mieux les réseaux sociaux que ce boomer et, surtout, elle n’en fait qu’à sa tête. Si cette nouvelle super-héroïne est loin (très loin) d’être une bonne personne (mais aucun·e des Seven ne l’est tout à fait), elle est une alliée bienvenue pour Starlight, mais surtout pour nous, spectateur·rice·s, car cette agente du chaos va encore davantage remuer ce fabuleux bordel qu’est The Boys. Entre l’intégration de Stormfront dans la team "supes" et la poigne de fer de Stan Edgar, Homelander a du souci à se faire. Cette bombe à retardement est à deux doigts de perdre la face et, contrairement à celles et ceux qui se mettront en travers de son chemin, on a hâte de voir le résultat.

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En faisant de Homelander un dieu psychopathe au-dessus des lois et une figure de l’homme blanc à l’apogée de sa domination, c’est l’image d’un patriote tout-puissant, celui que l’Amérique a rêvé sous tous les angles, de Superman à Captain America, que la série traîne dans la boue – et avec lui, le besoin d’une certaine frange chrétienne et nationaliste des USA de vénérer un dieu, quel qu’il soit et quels que soient les dommages collatéraux laissés sur son passage. Tant que ce héros se bat pour une cause séduisante aux yeux des masses, so be it. Le parallèle avec l’actuel occupant de la Maison-Blanche n’est évidemment pas fortuit, mais la métaphore peut s’étendre bien au-delà du 1600 Pennsylvania Avenue.

Il y a forcément quelque chose de jouissif à désintégrer des icônes, surtout à une époque où l’on questionne ces figures estampillées par l’histoire comme des héros et où l’on déboulonne leurs statues. Pour celles et ceux que leur présence rassure, c’est un naufrage de toute la société, une société qui s’agenouille pendant que les "vrai·e·s" Américain·e·s entonnent l’hymne national la main sur le cœur. Pour les autres qui voient clair dans cette forme de manipulation du récit héroïque au profit d’une catégorie dominante, c’est une révolution. Alors certes, Butch et ses gars ne sont pas des Robespierre modernes, mais ils représentent un contre-pouvoir non négligeable cherchant à exposer les puissants.

Bien sûr, The Boys est avant tout un formidable divertissement (ce n’est pas un gros mot), un énorme défouloir où malaise et hémoglobine font bon ménage. Cette série s’aventure aussi sur le terrain politique. Elle est un gros "fuck you" adressé à l’establishment (et dans une certaine mesure, au genre des super-héros mainstream). Tout comme ses "supes", The Boys avance à peine masquée : la saison 1 dessinait un portrait peu flatteur de l’héroïsme made in USA et démontrait sans détour, et avec beaucoup de cynisme, les ravages du capitalisme.

© Prime Video

La deuxième continue sur cette lancée et montre toujours la façon dont sont créés les super-héros (au sens propre, grâce au "Compound V", comme au figuré, avec de coûteuses campagnes de marketing rappelant celles des candidats à la Maison-Blanche). Elle éviscère au passage une Amérique, berceau du suprématisme qui lave plus blanc que blanc, qui sentant le vent tourner, s’adapte aux nouveaux usages et tente de se refaire une virginité aux yeux du public. On assiste ainsi au recrutement par Vought d’un remplaçant à Transluscent axé sur la "diversité". Comprendre : une personne noire, une femme ou encore mieux pour gagner des points de wokeness, les deux !

Les vrais super-pouvoirs de Vought (et du gouvernement américain par extension) résident dans cette capacité inépuisable à façonner des dieux et déesses. Le rebranding, les réseaux sociaux et des stratégies de communication de haute volée sont les armes privilégiées dans cette guerre de l’image. À l’instar de Donald Trump, la firme est celle qui injecte le poison, avant de convaincre la population qu’elle est l’unique antidote à ce même poison. Plus cynique, tu meurs. Si les gens ont peur, c’est bon pour les affaires. C’est la stratégie de Homelander, qui a volé le Compound V pour le distribuer à des organisations terroristes à travers le monde… celles-là mêmes qu’il est chargé de combattre.

La force de cette satire échappe pourtant à certains, si l’on en croit les quelques commentaires lus ces derniers jours sur les réseaux sociaux, se réjouissant de l’uppercut donné par The Boys à tous les artisans du "politiquement correct" et du "progressisme". C’est pourtant la réflexion inverse que la série assène : l’hypocrisie d’une caste dominante, personnifiée par Vought et en tête de gondole, Homelander et sa propension à vouloir planquer son racisme et son sexisme sous un vernis plus enjôleur. Le tout, évidemment, sans risquer de braquer sa base électorale… pardon, ses fans.

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La machine à créer des idoles en lesquelles la nation se reconnaît va bon train, entre son symbole ultime du patriotisme et de la masculinité hégémonique incarnés par Homelander, sa figure de la Vierge qui n’en est pas une avec Starlight, sa guerrière amazone qui doit cacher au monde qu’elle est lesbienne, Queen Maeve, ou encore le pathétique The Deep, vitrine écolo de la firme, tombé en disgrâce après avoir agressé sexuellement une de ses collègues. Vought collectionne les "supes" comme autant de vertus de façade. La multinationale n’est pas guidée par des valeurs chrétiennes, elle se fout royalement de la propreté des océans et ne verse pas une larme pour les victimes de violences sexuelles. Mais tant que le peuple y croit et boit son opium, l’illusion perdure.

Fidèle à ses principes posés en saison 1, The Boys en a toujours autant dans le slip, mais ce ne serait pas lui faire honneur que de la réduire à ça. Car sous ses airs de série bourrine (qu’on adore !), elle est un pur produit de son époque : ultra-violente, irrévérencieuse, engagée, et à contre-courant de la culture mainstream — tout en étant, ô ironie, produite par une multinationale qui donne le pouls du capitalisme en Occident et dont le cynisme n’est plus à démontrer, Amazon. À une époque où l’on a pris l’habitude d’avoir tout, tout de suite et où Netflix a donné le tempo avec des sorties par blocs, on se réjouit que Prime Video ait opté pour une diffusion hebdomadaire de cette saison 2. Créer l’envie et l’attente entre deux épisodes, c’est aussi la raison d’être des séries. On a donc particulièrement hâte de savourer les prochains de The Boys, surtout s’ils sont du même acabit que les trois premiers déjà sur la plateforme.

Outre les trois premiers épisodes de The Boys déjà disponibles sur Prime Video, la plateforme en lâchera un nouveau chaque vendredi.

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