© STALK Silex Films – FTV

Stalk, une série ado française addictive entre You et Mr. Robot

En faisant d'une tendance néfaste et invasive le cœur de son intrigue, cette nouvelle série ado réussit à surprendre et captiver.

Lorsqu’on a quelqu’un en vue, que ce soit notre dernier crush ou autre, impossible de résister à la tentation. Plutôt que d’échanger de vive voix, on se rue sur les réseaux sociaux afin d’amasser le maximum d’infos possible. Sur ces plateformes-là, on se livre sans préambule, on laisse notre trace. Notre vie est à découvert, libre à quiconque de venir la scruter. Cette tendance a un nom : le stalking. Signifiant peu ou prou "harcèlement", elle consiste grosso modo à traquer les faits et gestes d’une personne. C’est à travers cet anglicisme lourd de sens que naît l’histoire de Stalk, production 100 % française et originale.

Incarné par Théo Fernandez (croisé dans Les Tuche, bien plus remarquable dans Irresponsable), Lucas, surnommé Lux, est un prodige du code. Si les langages Python et C++ ne vous évoquent rien, lui, en revanche, les parle couramment. Son talent lui aura valu une place à l’ENSI, école prestigieuse sur laquelle il mise beaucoup. Mais tout change lorsque, humilié salement lors de son bizutage, Lucas décide de se venger de ses bourreaux. En hackant leurs smartphones, ordinateurs et autres tablettes, il va user de leurs pires secrets pour les faire chanter.

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Avec ses deux premières fictions maison (Skam France et Mental), France TV Slash prenait pour cible les adolescents. Ici, avec Stalk, la plateforme de streaming essaie clairement de happer les jeunes adultes avec un récit plus mature, plus sombre et à certains moments, plus graphique. Le gros changement d’une part, c’est que la série est portée par un antihéros.

Au fil des dix épisodes qui composent cette première saison, Lucas oscille entre victime et bourreau. Un temps poussé par sa soif de vengeance, il teste très vite ses propres limites morales, notamment quand il voit que ses actes interfèrent un peu trop dans la vie d’Alma, une nana arty et blasée qu’il porte dans son cœur, très justement incarnée par Carmen Kassovitz (oui, la fille d’un certain Mathieu). Loin des héros archétypaux qu’on croise dans les teen dramas, le protagoniste de Stalk témoigne d’une complexité bienvenue et se montre plus nuancé qu’il n’y paraît, à l’instar des personnages qui gravitent autour de lui.

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Au vu de ce pitch qui allie des thématiques telles que le hacking et le stalking, la corrélation avec d’autres cartons états-uniens – en l’occurrence, You et Mr. Robot – était inévitable. Bien qu’il utilise des méthodes à la Joe Goldberg, Lucas est bien moins névrosé (pour ne pas dire sociopathe) que ce premier. Si son héros collectionne aussi les choix moralement discutables, Stalk se montre bien moins problématique qu'une série comme You, dans le sens où elle ne sublime pas les faits et gestes de Lucas et prouve bien que ses actes ont des conséquences (parfois dramatiques, en témoigne la fin choquante du huitième épisode).

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Plus qu’un simple divertissement, la série tient un véritable propos, mettant en lumière le cyber-harcèlement et les formes pernicieuses que celui-ci peut prendre. On n’est pas dans une œuvre aussi didactique que 13 Reasons Why, mais la volonté de sensibiliser le public est néanmoins présente, notamment à travers la descente aux enfers graduelle de Lucas.

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Avec Stalk, France TV Slash s’implante toujours un peu plus fermement dans le monde des séries, inaugurant une fiction bien réalisée avec des dialogues qui, une fois n’est pas coutume dans notre Hexagone, sonnent justes. Élevé par son jeune casting au diapason, le bébé de Simon Bouisson, Jean-Charles Paugam et Victor Rodenbach s’impose comme un teen show léché qui aura su nous tenir en haleine de bout en bout, grâce à une intrigue crescendo.

La première saison de Stalk est disponible en intégralité sur France TV Slash depuis le 13 mars.

Par Florian Ques, publié le 18/03/2020