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Tahar Rahim est le tueur en série Charles Sobhraj dans la glaçante The Serpent

Publié le

par Adrien Delage

Ⓒ Netflix

Après The Eddy et The Looming Tower, l’acteur français revient nous glacer le sang dans un thriller élégant.

D’Hannibal à Dexter en passant par Mindhunter et Killing Eve, la figure du tueur en série est devenue le nouvel anti-héros du petit écran. Qu’elle soit fictive ou basée sur des meurtriers réels, elle continue de captiver les spectateurs pour de bonnes mais parfois aussi de mauvaises raisons. On pense notamment à la glamourisation de certains serial killers, comme Joe Goldberg dans You, ou la manifestation d’une forme d’empathie à la manière de Dexter Morgan, qui défend ses crimes sous le prisme de la justice. L’intérêt d’un tel archétype repose donc à la fois sur l’origine du mal qui l’habite et, la plupart du temps, leur modus operandi, qui terrifie autant qu’il fascine.

On retrouve ces deux éléments chez Charles Sobhraj, un tueur en série français qui a sévi pendant les années 1970 en Indochine et en Asie de l’Est. Ses talents de manipulation et de dissimulation lui ont valu le surnom de "Serpent", un titre tout trouvé pour la série coproduite par la BBC et Netflix. Dans cette dernière, le rôle du meurtrier revient à notre frenchy Tahar Rahim, qui continue avec aisance de s’exporter à Hollywood depuis The Looming Tower et The Eddy, la mini-série de Damien Chazelle. Un rôle diabolique et profondément noir pour l’acteur césarisé, qui lui offre un nouveau terrain de jeu pour exprimer tout son talent.

The Serpent débute à Bangkok au début des seventies, alors que Charles Sobhraj réside dans la villa de Kanit House. Ce pseudo-expert en pierres précieuses est décrit comme élégant, sociable et altruiste, une couverture parfaitement trouvée pour tromper ses victimes et gagner leur confiance. C’est malheureusement un couple de jeunes hollandais qui va en faire les frais, après que Charles leur a ouvert les portes de sa villa paradisiaque. On découvre alors les méthodes macabres du tueur, qui consistent à séduire ses proies, les empoisonner lentement puis les détrousser à l’abri du regard des autorités.

Le Tahar Rahim show

Ⓒ Netflix

"Sobhraj, c’est une histoire qui me passionne depuis l’adolescence", nous confiait Tahar Rahim dans une interview à paraître, réalisée en amont de la série. À 16 ans, la star d’Un prophète a ouvert le livre La Trace du serpent de Thomas Thompson, une biographie minutieuse sur les faits et gestes du tueur en série. Son futur interprète, qui rêve alors d’une carrière d’acteur, se penche d’abord sur la capacité de transformiste du tueur : "Avec toute la naïveté du jeune garçon que j’étais à l’époque, je n’avais même pas réalisé qu’il tuait. Quelque part, je crois que j’étais plus dans le fantasme d’un dandy bandit." Cette idée de gentleman le jour, meurtrier la nuit, The Serpent l’a reproduite méticuleusement.

Le Charles Sobhraj de la série est représenté comme un homme élégant et amical, presque inoffensif, en apparence. C’est un individu cultivé, qui a voyagé et fait des rencontres pour mieux forger son discours de séducteur. Par cet aspect, il diffère grandement des serial killers habituels, plutôt solitaires et renfermés, dont la folie meurtrière survient la plupart du temps après un traumatisme parental. Mais ne vous méprenez pas : Sobhraj était un véritable démon, une sorte de diable incarné et insensible, que Tahar Rahim définit comme "une absence d’empathie", lui qui s’est interrogé pendant des mois avant le tournage sur comment incarner une figure, un monstre, que personne n’est capable de comprendre.

Il a bel et bien réussi. Avec son physique irréprochable, son regard détaché et imperturbable, ses mimiques lentes répétées de façon chirurgicale, Tahar Rahim incarne avec brio le tueur en série. Il tombe parfois dans la gravité et la dramaturgie abusives, deux clichés propres à cette figure sur nos écrans, mais qui nous rappellent aussi que The Serpent est avant tout une fiction et non un documentaire. Le show s’amuse pourtant à tromper les lignes avec une esthétique bluffante, notamment autour de la reconstitution de Bangkok dans les seventies, et les superbes costumes imaginés pour l’occasion. La mise en scène alterne d’ailleurs entre fausses images d’archives et séquences fictives, pour un rendu très plaisant à suivre et qui rend honneur au genre du true crime.

Ⓒ Netflix

Toutefois, il faudra s’accrocher pour "profiter" pleinement de la folie meurtrière de The Serpent. La série est un diesel en huit épisodes assez longs, plutôt verbeuse et finalement proche d’une narration de slow burner. L’histoire peine à démarrer et se démarquer des (très) nombreuses autres productions du genre, notamment à cause d’un ping-pong pas toujours évident à suivre entre passé et présent. Les fans les plus patient·e·s seront récompensé·e·s à la fin, tandis que leur visionnage sera ponctué de scènes sincèrement traumatisantes, cauchemardesques, à la vue des victimes empoisonnées et agonisantes de Sobhraj. Il est clairement déconseillé de s’enfiler les épisodes à la suite, et encore moins de nuit pour les plus sensibles.

Si The Serpent représente pour Tahar Rahim une consécration et un immense terrain d’expression, il faut tout de même rendre hommage à des personnages secondaires particulièrement intéressants. Il y a d’abord la complice de Sobhraj, Marie-Andrée Leclerc, incarnée par Jenna Coleman et son français impeccable. On pense également à Herman Knippenberg (Billy Howle, enquêteur drôle et émouvant), secrétaire de l’ambassade hollandaise à Bangkok, sans qui la traque du meurtrier n’aurait jamais eu lieu. Enfin, Mathilde Warnier donne vie à Nadine Gires, la voisine de Sobhraj qui a grandement participé à son arrestation, et transmet aux spectateurs une lueur d’espoir dans une œuvre résolument sombre, poignante et glaçante.

En France, la mini-série en huit épisodes The Serpent est disponible dès aujourd’hui sur Netflix.

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