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Avec Un homme ordinaire, l'affaire Xavier Dupont de Ligonnès est revue et corrigée

Publié le

par Delphine Rivet

© M6

Une mini-série peu convaincante sur l'une des enquêtes criminelles les plus brûlantes de la décennie.

"Librement inspirée de faits réels", comme nous le rappelle le générique de chaque épisode, la mini-série Un homme ordinaire s’attache à retracer l’affaire Xavier Dupont de Ligonnès, de la découverte des cadavres de la famille à la fuite du suspect numéro un. Le récit est méthodique et ultra-documenté, mais le thriller orchestré par Pierre Aknine et Anne Badel, pour des raisons juridiques et par respect pour les personnes impliquées, reste à distance réglementaire de la réalité. Nantes devient Lyon, Xavier Dupont de Ligonnès devient Christophe de Salin (Arnaud Ducret), et l’on entre dans cette histoire par le prisme d’Anna-Rose (Émilie Dequenne), une hackeuse dont la curiosité va vite tourner à l’obsession.

En quatre épisodes de 52 minutes, dont les deux premiers sont diffusés ce soir sur M6, l’ambition de la mini-série est donc à la fois de tenter une reconstitution des événements en s’appuyant sur des éléments, bien réels, du dossier, mais aussi d’apporter sa propre interprétation du mystère qui enveloppe surtout cette affaire : il est encore vivant.

C’est lors d’un léger mais impressionnant accident de voiture en plein centre-ville qu’Anna-Rose fait la rencontre de Christophe de Salin. Elle est en tort, mais pressée. Il lui propose gentiment de filer et lui tend sa carte de visite. Elle le recontactera plus tard pour faire le constat. La hackeuse découvrira, un peu plus tard, que cet homme si courtois et conciliant qu’elle a rencontré est le suspect numéro un dans une affaire de quadruple meurtre.

L’enquête s’oriente en effet sur Christophe de Salin après que les corps de sa femme et de ses quatre enfants ont été retrouvés ensevelis sous le cabanon de leur jardin. Très vite, Anna-Rose va s’engouffrer dans le labyrinthe d’indices, tous plus sordides les uns que les autres, qu’elle dégote en fouinant dans les tréfonds du Web. L’intérêt vire rapidement à l’obsession tandis qu’elle crée une page Facebook pour recueillir des témoignages et diverses pistes, et qu’un mystérieux informateur nommé Dédale nourrit sa nouvelle et morbide addiction.

Un thriller trop timide

© M6

On peut reconnaître un mérite à Un homme ordinaire : elle est très bien documentée, même si, pas de chance, le double numéro de Society sur l’affaire, ainsi qu’un épisode d’Unsolved Mysteries sur Netflix qui lui est consacré, sont passés avant. Pas sûr que ce soit suffisant pour les féru·e·s de true crime.

Mais l’ambition de cette mini-série est double. La valeur documentaire s’efface assez rapidement derrière le thriller, et, hélas, celui-ci ne parvient jamais à convaincre. Trop poussive et trop clichée, Un homme ordinaire est surtout plombée par des interprétations très inégales : celles d’Arnaud Ducret et d’Émilie Dequenne sont à peine au-dessus du lot. Le cast n’est certainement pas aidé par des dialogues et certaines scènes qui approchent du ridicule.

Comment ne pas sourire quand Anna-Rose, censée être une crack de l’informatique – la preuve, elle peut entrer sur le site de la police ou hacker des vidéos de surveillance en deux secondes –, dit à son copain qu’elle a créé "un site" alors qu’elle a juste ouvert une page Facebook. OK boomer. Les personnages qui correspondent via chat ou SMS ont aussi cette fâcheuse tendance à lire leurs messages pendant qu’ils les écrivent. Un tic rédhibitoire qui aurait dû être abandonné dès le premier essai.

Toujours de façon très didactique, Simon, le chéri d’Anna-Rose, nous explique aussi, à un moment, qu’elle s’est lancée dans le "web sleuthing", et de dérouler dans la foulée la définition Wikipédia de ce terme barbare. Ajoutez à cela un duo de flics qui peine à exister et vous obtenez un téléfilm tiède sur l’une des affaires criminelles les plus brûlantes de la décennie.

Si l’on peut saluer la tentative d’Un homme ordinaire de nous plonger dans la tête d’Anna-Rose, essayant de montrer comment ce genre d’enquêtes parvient à fasciner des millions de gens, le propos manque cruellement de subtilité. Et son Xavier Dupont de Ligonnès fictif n’est pas tellement mieux servi. La mini-série n’est pas avare en détails sur sa vie avant les meurtres, mais, noyé·e·s sous la masse de témoignages, de lettres envoyées aux proches et d’attitudes troublantes, le tout distillé dans une chronologie déroutante, on n’est pas plus avancé·e·s sur la question qui anime ces quatre épisodes : comment l’homme ordinaire du titre, le bon père de famille, a pu commettre l’irréparable et partir sans se retourner ? Là-dessus, la mini-série ne saisit jamais totalement son sujet pour se le réapproprier. Au lieu de ça, elle tâtonne, timide, comme si l’histoire de Dupont de Ligonnès était trop grande pour ce récit. C’est probablement le cas.

Les deux premiers épisodes d’Un homme ordinaire sont diffusés ce mardi 15 septembre, sur M6, à partir de 21 h 05.

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