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Unorthodox est une formidable mini-série sur l'émancipation féminine

Inspirée d'une histoire vraie, la série germano-américaine de Netflix esquisse le portrait peu commun d'une ado en mal de liberté.

Le confinement a beau ralentir la production de moult séries, Netflix ne paraît pas préoccupée dans l’immédiat, continuant de nous inonder de contenu inédit chaque semaine. Dans son dernier arrivage, la plateforme de streaming nous a surpris avec Unorthodox, récit singulier qui entremêle des sujets comme la foi, les traditions, la féminité et l’envie irrépressible d’exister pour soi. Tout un programme, qui tient en quatre épisodes top chrono.

Librement basée sur l’autobiographie Unorthodox: The Scandalous Rejection of My Hasidic Roots, de Deborah Feldman, la mini-série narre les circonstances peu communes de la vie d’Esther Shapiro, une adolescente juive ayant grandi au sein d’une communauté ultra-orthodoxe de la Grosse Pomme. Dès les premières secondes de visionnage, cette dernière entreprend de fuir son quotidien pour élire domicile à Berlin, où réside désormais sa mère avec qui elle n’a plus de vrais contacts. Là-bas, elle essaiera de se créer un nouvel équilibre, mais son passé va vite la rattraper.

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Au niveau de la narration, chaque volet de Unorthodox est segmenté en deux lignes de temps : d’un côté, la jeunesse new-yorkaise d’Esther, rythmée par les impératifs du groupe hassidique auquel elle appartient et de l’autre, son présent plein de promesses en terres germaniques, alors qu’elle essaie d’intégrer une prestigieuse école de musique. Les deux dimensions du récit alternent avec une fluidité appréciable et aident à mieux comprendre les agissements de son héroïne.

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Comme nous l’apprend Making Unorthodox – un court docu de 20 minutes sur les coulisses, dispo sur Netflix également –, la série fait un effort notable pour représenter au mieux cette communauté méconnue de beaucoup. On sent une volonté d’éduquer, plutôt que de blâmer.

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Non, Unorthodox n’est pas là pour fustiger les personnes juives hassidiques et se contente de mettre en lumière une réalité qui n’est pas forcément la nôtre. Le personnage de Yanky, l’homme qu’Esther a dû épouser suite à un mariage arrangé, n’est pas diabolisé et jouit d’une représentation tout en nuances, montrant d’ailleurs que les hommes peuvent pâtir de cette éducation rigide.

Dans cette perspective d’authenticité, la série s’octroie un long épisode en grande partie centré sur l’union d’Esther et Yanky. C’est ici l’occasion de montrer les us et traditions de cette communauté juive, le port de shtreimels (les énormes couvre-chefs de fourrure que portent les hommes lors de grandes occasions) ou le fait de se raser le crâne lorsqu’on est une femme (une pratique facultative qui témoigne du zèle de certaines épouses, censées ne jamais dévoiler leurs cheveux en public). Par souci de crédibilité d’ailleurs, une majorité des dialogues sont en yiddish, un fait suffisamment rare pour qu’on le souligne.

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Là où le passé d’Esther fait état d’une photographie assez terne, comme symbolique de l’austérité de ce microcosme spécifique, les scènes du présent sont beaucoup plus vives et suscitent un sentiment d’espoir, de renaissance, impeccablement sublimé par Shira Haas. L’actrice israélienne réussit avec brio à insuffler une humanité poignante à son personnage, Esther donc, et nous fait ressentir en un regard la répression qui l’a longtemps rongée et le poids dont elle s’est enfin délestée. Clairement, ce serait un euphémisme de dire que la série repose sur ses épaules.

Captivante de bout en bout, Unorthodox est une exploration tout en finesse de l’émancipation féminine qui parvient à tirer son épingle du jeu avec une authenticité flagrante. Malgré une réalisation somme toute simple, cette mini-série dépaysante rayonne grâce à une démarche presque didactique et l’interprétation bluffante de son héroïne. On en viendrait à souhaiter une saison 2.

Unorthodox est disponible en intégralité sur Netflix à l’international.

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Par Florian Ques, publié le 01/04/2020