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Must see : Vampires, la nouvelle série française de Netflix qui a les crocs

Un sujet éternel remis au goût du jour.

À chaque génération, ses vampires. Aux héros romantiques des années 1990 et 2000 – Angel, Damon Salvatore, Edward Cullen pour ne citer qu’eux – ont succédé de nouvelles tendances dans la représentation des créatures de la nuit. Début janvier, Steven Moffat et Mark Gatiss réinventaient à leur sauce le classique fondateur du genre, Dracula de Bram Stoker, dans une mini-série gore et bavarde. La créature de la nuit y était alors dépeinte comme un monstre, incapable de la moindre empathie. Reprenant cette figure démoniaque , la série française Vampires, sortie sur Netflix ce vendredi 20 mars, emprunte un tout autre chemin, en recherchant l’humanité qui se cache en eux. 

Créée par Benjamin Dupas et Isaure Pisani-Ferry, en collaboration avec Anne Cissé, la série prend place de nos jours, à Paris. Cachés des humains, les vampires existent et vivent clandestinement dans des habitations cachées. L’histoire est centrée sur une jeune ado, Doïna, âgée de 16 ans, qui vit avec sa mère Martha Radescu et ses frères et sœurs. Jusqu’ici 100 % humaine mais sous médication pour pouvoir profiter de la vie en journée, elle va découvrir ses pouvoirs et une partie de sa nature, jusqu’ici enfouie. Jusqu’à se révéler un vampire d’un nouveau genre… 

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Si les différents codes et arcs narratifs évoquent immanquablement des œuvres précédentes (Doïna est l’enfant-miracle, comme la progéniture d’Edward et Bella dans Twilight), Vampires imprime rapidement sa patte personnelle et installe un univers propre. D’abord en ancrant son histoire dans un Paris contemporain, qui nous balade de Belleville – où vivent les Radescu – aux beaux appartements haussmaniens des quartiers riches, où vit une famille rivale plus aisée. La différence de classe est marquante jusque dans les looks urbains pour Doïna et les siens, et beaucoup plus chics pour la grande méchante de cette saison, Csilla Nemeth. Et une fois de plus, on applaudit des deux mains le fait qu’après Mortel, Netflix accueille une nouvelle série française qui fait preuve de diversité, à tous les niveaux. Notamment du côté des personnages ados, la plupart racisés. 

C’est Oulaya Amamra, César du Meilleur espoir féminin pour Divines, qui incarne l’héroïne de la série, Doïna. À mesure qu’elle change et accède à ses capacités de vampire, mais aussi à une soif de sang humain, la métaphore adolescence/visage démoniaque, sublimée par des œuvres comme Carrie ou Buffy, se fait évidente. Et en même temps, la série reste fraîche et retourne les clichés de genre : par exemple, c’est la jeune femme qui a l’ascendant sur son crush masculin, Nacer (un love interest en situation de handicap physique, voilà encore un choix de personnage inédit et inclusif, incarné par Dylan Robert) lors de leurs premiers ébats. La relation entre Doïna et sa mère, qui prend les traits de la si stylée et juste Suzanne Clément (mention spéciale à son look jogging velours), constitue aussi l’un des points forts de la série. 

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Avec un budget qu’on imagine bien restreint, les réalisateur·ice·s Vladimir de Fontenay et Marie Monge ont créé une mise en scène travaillée et esthétique, notamment sur les nombreuses  les scènes de nuit. La soirée chez la communauté vampire est illuminée de néons bleus et violets pour un effet des plus réussis. Elle ne lésine pas non plus sur l’hémoglobine, avec des scènes bien gores. Le contraste avec les journées, volontairement surexposées pour séparer le monde des humains lumineux et celui des créatures de la nuit, est saisissant. La série est moderne aussi bien dans le ton que dans sa cinématographie : la caméra se fait vive et naturaliste – façon film d’horreur à petit budget, proche d’un REC. On pense aussi à l’esthétique de Mortel, la précédente série ado fantastique française de Netflix. 

Le bât blesse un peu plus quand les vampires, notamment les deux sœurs ennemies Martha et Csilla, sont censées avoir des blessures qui vont guérir comme par magie. Les effets spéciaux sont réduits au minimum : parfois ça donne de bonnes trouvailles – comme ces vêtements, cagoules ou masques noirs que portent les vampires pour se déplacer en journée –, parfois on a du mal à y croire. Autre bémol, le casting s’avère inégal, entre des performances convaincantes (Oulaya Amamra et Suzanne Clément en tête) et des seconds rôles un peu plus laborieux, pas toujours justes. On note la présence marquante d’Aliocha Schneider (le jeune frère de Niels Schneider, si vous vous posiez la question, il y a comme un air de famille !), dans le rôle d’un vampire plutôt sexy, qui n’est pas sans rappeler les grandes heures de Spike dans Buffy

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Vampires partage plus d’un point commun avec la série culte de Joss Whedon : elle reprend l’idée d’une héroïne féminine (et de manière plus générale, les femmes mènent la danse dans la série), la métaphore des ados qui se transforment "en monstres" avec le changement hormonal et les premières fois et fait aussi dialoguer les générations entre elles. Et il y a cette même cette idée que le vampire représente ici la part monstrueuse de notre humanité. Il n’est plus un démon étranger comme le comte Dracula, mais un quasi être humain. En revanche, la petite frenchie adopte un ton sombre et bien sérieux par rapport à son aînée qui savait aussi être légère et hilarante. C’est un choix, parfois un poil pesant.

Il n’empêche que Vampires esquisse, en six épisodes, le début d’une mythologie (dans la série, les vampires sont le résultat d’une mutation humaine, résultant d’un virus agressif qui a sévit il y a 300 ans, Martha chercher un remède et elle n’est pas la seule…) et d’une aventure qui, on l’espère, se poursuivra sur plusieurs saisons. 

La saison 1 de Vampires est disponible sur Netflix depuis le 20 mars. 

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Par Marion Olité, publié le 20/03/2020