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P'tit Quinquin : un premier épisode pour un génial pastiche policier en milieu rural

Publié le

par Théo Chapuis

On a adoré le premier épisode de la série de la rentrée d'Arte, P'tit Quinquin. Ce pastiche populaire quelque part entre Ken Loach et les Deschiens, se déguste les jeudi 18 et 25 septembre sur la chaîne franco-allemande.

Le commandant, "on l'appelle Le Brouillard"

Il ne nous a fallu qu'une bande-annonce, dévoilée à la fraîcheur de mai dernier, pour vouloir en savoir plus sur la série d'Arte diffusée à la rentrée, P'tit Quinquin. Cette parodie de série policière signée Bruno Dumont immerge le spectateur dans un Nord rural et touchant, et découvre une frontière inédite entre humour nonsense, pastiche de polar et délicatesse infantile à des lieues de la culture urbaine.

Quinquin est un petit garçon, pas très beau. Mais qu'importe. Quand on a dix ans, qu'on habite ce village de campagne niché aux confins du nord de la France et qu'on a des parents paysans, on a d'autres préoccupations. D'autres chats à fouetter... ou plutôt d'autres cadavres de souris à montrer aux filles pour leur faire peur. Ou bien pédaler à vélo sans but avec les copains, parmi les grandes routes désertes qui bordent les falaises grisâtres, faire exploser des pétards entre les crevasses de la plage... ou encore cultiver un amour infantile avec sa jeune voisine fille d'éleveur bovin.

Aussi, c'est comme un jeu que les gamins découvrent l'improbable "scène de crime", fil rouge de P'tit Quinquin : une vache retrouvée les quatre fers en l'air au fond d'un blockhaus désert, et pleine du corps découpé en morceau de Madame Lebleu... dont il manque la tête. Mystère.

Pour l'élucider, un duo de gendarmes, immédiatement attachant. De Miami Vice à True Detective, oubliez tout de suite vos références : c'est l'hyper-réalisme de ces personnages qui crève l'écran, pas leurs qualités d'enquêteurs. Le commandant, perclus de tocs, passe sa journée à gueuler sur les gosses qu'il rencontre.

Son second, lui-même lieutenant, plane à des lieues de la terre ferme et surprend, touchant, lorsqu'il cite Zola dans un éclair mystique afin de qualifier l'étrange affaire qui leur tombe sur les bras – avant de démarrer le véhicule policier n'importe comment, gag récurrent à la Monty Python. Improbable.

Rencontrez le duo de flics le plus cool à l'ouest de Dunkerque

Le secret de Bruno Dumont pour ces personnages si hauts en couleur ? Spontanéité. Comme nous le rappelle Télérama, le cinéaste aime à recruter des acteurs non-professionnels dans la région du tournage. Lorsqu'il ne joue pas son rôle, le commandant gagne apparemment sa vie comme jardinier, "et il n’est pas drôle du tout", témoigne Dumont au magazine culturel. Mince.

Plus vrai que nature

Elle est où, la clé du génie ? Ce jeune garçon au visage rondouillard et sa petite bande de potes un peu couillons, ça aurait pu être vos copains d'enfance à vous aussi. Pas de mystère. Si vous étiez né dans un environnement rural, vos après-midi d'été auraient été rythmés de balades à vélo sans but, de sessions pétards dans les bouses de vache et d'engueulades avec des flics qui s'emmerdent.

Votre vie à vous aussi aurait eu bien des points communs avec la fraîcheur et l'authentique de P'tit Quinquin – l'étrange enquête menée par ces véritables Deschiens de la gendarmerie française en moins. Car comme dans les souvenirs les plus honnêtes, les ellipses y sont inexistantes. C'est notamment ce qui fait la réussite de l'incroyable scène de cérémonie d'enterrement religieux, dont on coupe le malaise permanent de nos rires compulsifs. Séquence tournée quasi in extenso, c'est probablement le tournant de l'épisode. Cet instant-test où l'on sait si on bouffera les trois épisodes restants avec la même envie... ou si l'on retournera à d'autres amours cathodiques plus classiques.

En vacances, Quinquin a des préoccupations de gamin de son âge – principalement faire des conneries

Pour finir sur cet incroyable office catholique, on vous laisse découvrir par vous-même ce joueur d'orgue délicieux, musicien aussi médiocre que d'une sincérité à fleur de peau. Un petit morceau de sublime porté à l'écran, si absurde qu'il en devient réel.

Pourquoi ça marche

Après ce premier épisode ultra-convaincant, on fait confiance à Bruno Dumont ainsi qu'à Arte pour les trois prochains épisodes. On aime parce que même si grinçant à mort, moquant jusqu'aux travers les plus crasses de "la vie à la campagne", Dumont n'a pourtant jamais l'objectif condescendant. Il réussit, en un seul épisode, à nous faire oublier la beauferie dans laquelle une certaine comédie populaire à succès avait relégué la culture du Nord, mais pas seulement.

Avec elle, c'est une certaine idée de la France rurale et populaire qu'on remisait au rôle méprisant de peuple balourd et gaillard, sympathique mais limité – image dans laquelle la télé-réalité n'a pas hésité à s'engouffrer avec plus encore de pathos, élevant l'ignorance parisiano-parisienne et les clichés de classe sociale au rang d'expression artistique.