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Avec un épisode XXL, Big Mouth honore la Saint-Valentin (et ses personnages)

La fête des amoureux transis est l’occasion pour Big Mouth de proposer ce qu’elle sait faire de mieux. Attention, spoilers.

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Ce n’est pas nouveau, chez Biiinge, on est raides dingues de Big Mouth. Ses moments méta, son humour parfois gras, son approche originale et bienveillante de l’âge ingrat… En deux saisons, la série animée de Nick Kroll et compagnie aura apporté un regard assurément neuf sur cette période épineuse qu’est l’adolescence. Bref, on n’a certainement pas tari d’éloges sur cette production Netflix. Alors, quand on a eu vent qu’un chapitre spécial Saint-Valentin était dans les tuyaux – et est depuis sorti sur la plateforme le 8 février dernier –, on ne pouvait que sauter au plafond.

La première bonne nouvelle, c’est que ce volet miracle s’étale sur une quarantaine de minutes, soit le double d’un épisode lambda. La seconde, c’est qu’il est aussi jouissif que ce qu’on a pu découvrir jusqu’ici, dans la droite lignée de ce que Big Mouth sait faire de mieux. C’est le 14 février, traditionnelle fête des amoureux, et les ados déjanté·e·s de la série n’y échappent pas. Tandis qu’Andrew est déterminé à célébrer son idylle naissante avec Missy, Nick, lui, doit apprendre à composer avec Connie, le nouveau monstre hormonal qui l’aidera à traverser la puberté pour les années à venir.

Toxic masculinity: Origins

Depuis ses débuts, Big Mouth met l’accent sur l’amitié qui lie Andrew à Nick. Une amitié essentiellement fondée sur leurs hormones on fire et leur besoin croissant de se rapprocher de la gent féminine coûte que coûte. Pourtant, avec cet épisode Saint-Valentin, un fossé semble se créer entre les deux personnages. Là où Nick apprend à accepter sa sensibilité (son côté féminin en somme, c’est ce qu’on est amené à comprendre), Andrew plonge du côté obscur de la force, se terrant dans une sorte de misogynie naissante que lui-même ne semble pas réaliser.

S’il y a une chose que Big Mouth met bien en valeur, c’est la dimension formatrice qu’a l’adolescence. Tout au long de l’épisode, Andrew fait une fixette sur Missy et la considère comme un acquis sans jamais se poser la question de son ressenti à elle. Pour lui, ils doivent passer le 14 février ensemble, c’est une évidence. Pour sa bien-aimée, ce n’est pas aussi simple. Plutôt que d’établir un dialogue, Andrew se retranche dans une jalousie notable et ne parvient pas à comprendre pourquoi Missy passe autant de temps avec un autre camarade de classe. Il n’y a absolument aucune remise en question de sa part, et c’est justement ça qui est intéressant.

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"Je ne suis pas à toi, je n’appartiens à personne", lâche Missy tandis que le ton commence à monter entre eux. Il tente d’ailleurs de la couvrir de cadeaux pour acheter son affection, en vain. Plutôt que de l’écouter, Andrew se braque et se positionne en tant que martyr. En vérité, on a l’impression d’assister à l’éclosion de la fameuse masculinité toxique, avec lequel l’irrespect des femmes va généralement de pair. Andrew est l’exemple parfait du "nice guy" qui croit que, parce qu’il est a priori gentil avec une femme, il est en droit d’attendre tout ce qu’il désire d’elle. Big Mouth serait-elle en train d’avancer que la masculinité toxique trouve sa source dans l’adolescence ? Ça en a tout l’air.

Fille hétéro, garçon homo : même combat

Tout d’abord très focalisée sur ses personnages hétéros, Big Mouth avait rectifié le tir en saison 2 en accordant davantage d’importance à Matthew, le collégien ouvertement gay à la repartie de feu. Cet opus spécial Saint-Valentin continue sur cette lancée. On croise le personnage dès les premières minutes, dans sa chambre, renonçant déjà à l’idée de célébrer cette fête éminemment commerciale. N’en déplaise à ceux qui ont encore des œillères, le 14 février est une célébration très hétérocentrée puisqu’elle encourage les démonstrations explicites d’affection – ce que les membres du spectre LGBTQ+ ne peuvent, eux, pas toujours se permettre.

Autrement dit, la Saint-Valentin peut être une journée marquée par la solitude pour un jeune homosexuel, comme c’est le cas avec Matthew. Il trouve heureusement du soutien auprès de Jessi, la rouquine rebelle de Big Mouth, ce qui crée une dynamique qui tient la route et s’avère étonnamment familière. Les deux ados avaient peu échangé durant les saisons précédentes, et c’est bien dommage. Leur alchimie est instantanée et, par ce biais, la série animée de Netflix tape dans le mille.

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L’amitié entre une fille hétéro et un mec homo est présente un peu partout dans la fiction, qu’elle soit littéraire, sérielle ou cinématographique. Souvent jugée banale, elle mérite ici d’être soulignée. En se rapprochant et en faisant plus ample connaissance, Jessi et Matthew trouvent du réconfort l’un dans l’autre. Pourquoi ? Tout simplement car il n’y a pas de compétitivité entre eux et il y a, en prime, une absence totale d’enjeux d’ordre sexuel. En clair, aucune ambiguïté ; on tient là l’exemple ultime d’une relation platonique qui fonctionne, basée sur une sécurité mutuelle – les concerné·e·s savent.

Du grand Big Mouth

Pour la fête où Cupidon est roi, Big Mouth nous sert un épisode brillant, moins porté sur le sexe qu’à l’accoutumée et davantage axé sur le relationnel et l’intime. Malgré cela, les scénaristes de la série n’oublient pas d’instiller une grosse dose d’humour qui fonctionne à coup sûr. Mention spéciale à la scène d’illustration du "gaydar" (néologisme familier qui désigne l’intuition que peuvent avoir les hommes homosexuels pour repérer un autre homme gay, ndlr), où le monstre hormonal de Matthew capte littéralement des signaux sur un moniteur. Frais et pertinent, ce chapitre Saint-Valentin est un succès : pas le choix, on délaisse le classique dîner aux chandelles pour un visionnage d’urgence.

Big Mouth est disponible en intégralité sur Netflix à l’international.

Par Florian Ques, publié le 13/02/2019