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En engageant une "coordinatrice d’intimité", HBO est en train de changer la façon dont sont tournées les scènes de sexe

David Simon himself ne veut plus tourner une scène de sexe sans une coordinatrice d’intimité.

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Dans un passionnant papier, le magazine Rolling Stone est revenu sur la genèse d’un métier en voie de développement dans le monde des séries et du cinéma, celui de "coordinateur·rice d’intimité". Tout a commencé sur le tournage de la saison 2 de The Deuce. L’actrice Emily Meade incarne Lori, une prostituée, dans la série de David Simon qui explore la naissance de l’industrie porno dans le New York des seventies. Elle doit tourner des scènes de sexe, comme pratiquer une fellation sur une fausse bite en latex. En dix ans de carrière, ce n’est pas la première fois qu’elle joue dans de telles séquences, et pourtant, la comédienne a toujours des questions et ne se sent pas à l’aise.

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L’histoire se déroule l’hiver dernier, alors qu’Hollywood découvre avec le mouvement #MeToo l’ampleur des abus sexuels dont sont victimes les femmes de l’industrie. Emily Meade prend son courage à deux mains et décide d’aller voir les producteurs de HBO. Elle leur explique qu’elle a besoin d’une personne qui s’occupe d’elle pour mieux appréhender les scènes de sexe. Quelqu’un qui pensera à lui apporter un coussinet pour ses genoux, à la couvrir dès la scène achevée, qui l’aura vue elle et le réalisateur en amont, pour parler des implications physiques et émotionnelles de la séquence. Cette personne, c’est Alicia Rodis, la première "coordinatrice d’intimité" qu’ait jamais embauchée HBO.

"Sans coordinatrice d’intimité, au mieux, tu ne réussiras pas à raconter l’histoire comme tu le souhaitais. Au pire, tu te retrouves avec des personnes agressées sexuellement."

Ancienne actrice et cofondatrice de l’ONG Intimacy Directors International, elle apporte une protection physique, sociale et professionnelle aux acteurs et actrices qui font face au tournage d’une scène à caractère sexuel. Vous connaissez les cascadeurs et les chorégraphes, qui aident les interprètes durant leurs scènes de combat ? Ce nouveau métier de coordinateur d’intimité fonctionne de la même manière, avec un volet légal pour s’assurer du consentement de chacun au moment de tourner. Si la scène est modifiée ou allongée, c’est Alicia Rodis qui se chargera d’annoncer la nouvelle à l’actrice, et de faire de lien entre les équipes de tournage. "Ce qu’elle fait n’est pas radical, explique Emily Meade à Rolling Stone. Cela permet d’avoir une autre personne qui pense à cette scène, en dehors de vous-même. Ça ne devrait pas être considéré comme radical de donner à une actrice de quoi couvrir ses parties génitales sur un plateau. Avoir quelqu’un qui fait tout ça - ces gestes –, ça aide beaucoup."

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Emily Meade dans The Deuce (©HBO)

En tant que spectateur·rice·s, on a du mal à faire le distinguo entre les personnages d’un film ou d’une série, et les interprètes qui se cachent derrière. Quand Buffy et Angel s’embrassent passionnément à la fenêtre de la chambre de l’adolescente, tels des Roméo et Juliette des temps modernes, ce n’est pas Sarah Michelle Gellar et David Boreanaz qui s’embrassent passionnément. C’est un acteur et une jeune actrice qui travaillent sur un plateau, entourés d’une dizaine de personnes. Jusqu’ici, les scènes de sexe n’étaient pas du tout encadrées sur les tournages. Tout dépendait donc du réalisateur sur lequel vous tombiez, comme l’explique très bien Alicia Rodis :

"Pour les séquences intimes, qu’elles aillent du simple baiser aux scènes de sexe intenses, les réalisateurs disaient à leurs acteur·rice·s : 'Tant que tu es à l’aise, vas-y'. Mais si tu ne leur donnes aucun plan, aucune porte de sortie ou aucune voix, et que tu leur dis juste de se sauter dessus, tu leur demandes donc d’être travailleur·se·s du sexe, non ? Ou veux-tu que leurs mouvements racontent une vraie histoire ? Sans coordinatrice d’intimité, au mieux, tu ne réussiras pas à raconter l’histoire comme tu le souhaitais. Au pire, tu te retrouves avec des personnes agressées sexuellement."

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On entend d’ici les "anti-politiquement correct" entamer leur complainte préférée : "On ne peut plus rien dire, on ne peut plus rien faire", et certains réalisateurs pleurer la fin de la magie du cinéma, de l’improvisation (ou en réalité de leur toute-puissance malsaine ?). Grand bien leur face. En attendant qu’ils atterrissent au XXIe siècle, les artistes comme David Simon, père de The Wire et tenancier de séries ultraréalistes, à la précision parfois documentaire, qui est donc en train de tourner une série sur l’industrie porno, se félicite de l’arrivée d’Alicia Rodis. Tant et si bien qu’il a assuré à Rolling Stone qu’il ne travaillerait plus jamais sans une coordinatrice d’intimité. De son côté, HBO a déjà engagé Rodis sur les séries Crashing, Watchmen, sur le film Deadwood ou encore sur Euphoria, une série sur le quotidien d’ados désœuvrés.

Nul doute que ce métier de coordinateur d’intimité, déjà présent dans le théâtre, va se développer dans les prochaines années, autant dans le monde du cinéma que des séries. En particulier chez ces dernières, où les scènes s’enchaînent à un rythme effréné, et où l’on a tôt fait, dans le rush des tournages et des heures qui s’accumulent, de ne pas écouter les interprètes, féminines en particulier, ou de leur faire comprendre subtilement que ce n’est pas le moment de l’ouvrir parce que tout le monde aimerait terminer avant 3 heures du matin. "Je suis là pour donner une voix aux acteur·rice·s, surtout à ceux et celles qui ont l’impression de ne pas en avoir. Je suis aussi là pour que les producteur·rice·s soient sûr·e·s qu’il·elles font tout ce qu’ils·elles peuvent pour que le plateau soit le plus sûr possible."

Elle ajoute : "Un an après #MeToo, Brett Kavanaugh siège à la Court suprême. Donald Trump est notre président. Maintenant, ne me dites pas que nous n’avons pas besoin de changer la culture dans laquelle nous baignons."

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À l’heure actuelle, on ne sait pas si d’autres chaînes ou plateformes ont emboîté le pas à HBO, mais cela ne saurait tarder tant l’arrivée de ce métier apparaît comme une nécessité. On se souvient que Netflix a pris des mesures post-mouvement #MeToo de son côté il y a quelques mois, offrant à ses équipes des formations anti-harcèlement.

Par Marion Olité, publié le 29/10/2018

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